Les Irakiens ont besoin du soutien du Saint-Siège
Rome: Visite au Vatican du ministre irakien des affaires étrangères, Hoshyar Zebari
Rome, 26 août 2005 (Apic) Le ministre irakien des affaires étrangères, Hoshyar Zebari, a exprimé au secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le cardinal Angelo Sodano, «le besoin» des Irakiens à être soutenus par le Vatican dans le processus politique en cours dans leur pays. C’est ce qu’il a rapporté lors d’une conférence de presse donnée à Rome dans la soirée du 25 août.
Le ministre Zebari avait rencontré dans la matinée Benoît XVI et ses collaborateurs à Castel Gandolfo, où ils s’étaient entretenus sur «les derniers développements politiques et constitutionnels en Irak», «la protection de la liberté religieuse» et des «droits de la communauté chrétienne» en Irak, ainsi que sur la nécessité de lutter par «le dialogue» contre le terrorisme et l’extrémisme.
«C’était un grand honneur pour moi et pour l’Irak de participer à cette première visite officielle» avec Benoît XVI, a tout d’abord déclaré le ministre irakien des affaires étrangères, qui a été reçu le 25 août par le pape et le cardinal Sodano. Hoshyar Zebari avait rencontré Jean Paul II en décembre 2004 au Vatican.
Le ministre a expliqué à Benoît XVI «les derniers développements politiques et constitutionnels en Irak, ainsi que les dernières discussions sur le texte qui a été soumis à l’Assemblée nationale il y a trois jours». «Avec le pape, j’ai soulevé un certain nombre de questions qui sont importantes pour nous et pour l’Irak, particulièrement la protection de la liberté religieuse dans la nouvelle constitution et la protection des droits de la communauté chrétienne là-bas», a encore affirmé le ministre. Il a aussi assuré le souverain pontife que ces droits «seraient établis sur des bases égales sans aucune discrimination» et que les chrétiens «auraient toute la liberté de pratiquer leur religion sans avoir peur d’être intimidés ou harcelés par quelque autre groupe».
Lutter contre le terrorisme et l’extrémisme
«Nous avons aussi vraiment parlé du besoin de lutter contre le terrorisme et l’extrémisme, en soulignant cette vision d’un dialogue entre les religions que le pape a invoquée», a renchéri Hoshyar Zebari. En effet, pour lui, «ce mal ne se limite pas à l’Irak ou à certains pays», il est maintenant «répandu et peut avoir lieu n’importe où». «Après le rendez-vous avec le pape, j’ai aussi rencontré le secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le cardinal Sodano», a poursuivi le ministre irakien. «Avec lui, nous avons aussi parlé de la constitution» ainsi que «du besoin des Irakiens du soutien du Vatican» pour l’avancée du «processus politique».
Hoshyar Zebari s’est montré optimiste quant à l’avancée de la ratification de la constitution irakienne, encore discutée devant l’Assemblée. «Nous pensons qu’elle apportera plus de stabilité», a-t-il estimé. Il aussi ajouté que «le point clef de cette constitution est qu’elle doit être approuvée par consensus». C’est parce que les autorités irakiennes ne veulent «pas imposer des idées aux autres» que son adoption a été reportée à plusieurs reprises, a-t-il expliqué.
Malgré tout, le ministre souhaite que la constitution soit bientôt votée parce que, selon lui, «l’approbation de cette constitution contribuera beaucoup à la sécurité», notamment contre le terrorisme. Si les échanges sont «nécessaires pour donner à toutes les parties l’opportunité d’exprimer leur point de vue et d’apporter leur contribution» à la constitution, «certains principes sur lesquels l’Irak doit être établi ou fondé», soit «la démocratie, le fédéralisme, le pluralisme et l’unité», sont pour Hoshyar Zebari «des éléments clefs» de la constitution. «Il n’y a aucun compromis possible sur aucune de ces questions», a-t-il estimé.
Garantie du respect des droits e la femme
Interrogé sur la façon de concilier les droits des différentes religions et des femmes avec l’islam, reconnu comme une source «importante» de la constitution et sachant «qu’aucune loi» ne doit s’y opposer, le ministre a répondu que la version finale de la constitution «protège le droit des femmes» et «leur participation à la vie publique, sociale et culturelle sur des bases égales à celle des hommes». Ces idées ont été «votées par la majorité des négociateurs» de la commission pour la constitution, a-t-il argumenté. La constitution «dit que l’islam est la religion officielle de l’Etat», qu’il «est une ressource première de la législation» et «qu’aucune loi ne doit compromettre ses principes», «mais ce n’est pas la seule source», et «elle ne doit pas contredire les principes démocratiques, les principes des droits de l’homme et les droits établis dans la constitution», a poursuivi le ministre.
Des heures cruciales pour la constitution
Ces heures «sont cruciales pour que la constitution soit approuvée et soutenue par toutes les communautés, particulièrement pour les représentants des arabes sunnites, qui ont des réserves et des objections» sur certains points, a conclu Hoshyar Zebari. D’après lui, le vote de la constitution mettrait «en place un nouveau système gouvernement en Irak (.) démocratique, fédéral, parlementaire et pluraliste et un Irak uni».
Une fois que cette douzième ou treizième mouture sera adoptée, alors elle devra être «rendue publique pour que tout Irakien puisse la lire et la comprendre», avant sa ratification par référendum le 15 octobre prochain, a encore rapporté le ministre irakien des affaires étrangères.
Suite aux tractations en vue d’un consensus sur la constitution irakienne qui n’ont pas abouti comme prévu dans la soirée du 25 août, de nouvelles négociations étaient prévues pour le lendemain. En effet, des divergences persistent notamment sur le fédéralisme, sur le statut du parti Baas du président déchu Saddam Hussein et sur l’étendue des pouvoirs du premier ministre. (apic/imedia/ar/bb)



