Sous les feux de la critique israélienne
Rome: Visite au Vatican du président syrien, Bachar el Assad
Rome, 21 février 2002 (APIC) Le président syrien Bachar el Assad, a été reçu jeudi 21 février par le pape Jean Paul II, au terme d’une visite de 3 jours en Italie. Fait inhabituel, le pape a interrompu pour l’occasion ses exercices spirituels de carême. Le président syrien a offert au pape un livre du Coran. Cette visite, qui s’est déroulée dans le calme, à provoqué la colère des milieux juifs de Rome. Ceux-ci avaient planifié de manifester jusqu’aux portes du Vatican.
La visite du président syrien n’a en effet pas eu l’heur de plaire à l’ambassadeur d’Israël en Italie, qui s’est exprimé ouvertement contre cette visite, en Italie et au Vatican. Avec d’autant plus de véhémence que Bachar el Assad, lors des différents colloques, a demandé à l’Europe de s’engager de manière plus radicale pour résoudre la crise du Moyen-Orient, déconseillant de plus ouvertement les Etats-Unis de s’attaquer à l’Irak. Autant de positions soutenues par le Saint-Siège.
Un bref communiqué signé par le vice-directeur de la salle de presse du Saint-Siège, le père Ciro Benedettini, souligne que Bachar el Assad, a eu un «l’entretien cordial» avec Jean Paul II, et qu’il a pu «procéder à un échange d’opinion sur les rapports entre la Syrie et le Saint-Siège, après la visite historique effectuée par le pape en mai 2001, ainsi que sur les moyens qui peuvent ramener la paix au Moyen-Orient, et spécialement en Terre Sainte, sur les bases des résolutions de l’ONU».
Une forte délégation accompagne le résident syrien, composée de plus de 160 personnes dont une grande partie chargée de la sécurité.
Sa rencontre avec Jean-Paul II, dans la bibliothèque privée, a été brève environ 10 minutes et les deux hommes se sont salués très cordialement, le président syrien remerciant longuement le pape d’être venu visiter la Syrie. Bachar el Assad a ensuite offert au pape un exemplaire du coran – «un signe de coexistence», a-t-il affirmé, ainsi qu’un livre consacré à l’art syrien. Pour sa part, Jean Paul II, souriant et qui semblait en forme malgré une difficulté habituelle à se lever – lui a remis les traditionnelles médailles du pontificat.
Bachar el Assad accompagné du vice-Premier ministre et du ministre des Affaires étrangères syrien, Farouk Al-Shara, ont ensuite rencontré le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Saint-Siège et Mgr Jean-Louis Tauran, secrétaire du Saint-Siège pour les rapports avec les Etats.
Attentif aux propos du pape
De source diplomatique vaticane, on souligne que Bachar el Assad a été «réellement attentif» aux paroles de Jean Paul II, et que le voyage en Syrie a été très important pour l’évolution des relations entre les chrétiens et les musulmans en Syrie. Les mêmes sources insistent enfin sur le fait qu’il est nécessaire de connaître la rhétorique arabe éloignée du pragmatisme politique pour analyser les discours du président syrien, souvent agressifs.
Le fils du «lion de Damas» est venu en Italie son principal partenaire commercial afin de signer trois accords : sur la protection des investissements, sur le tourisme et sur une aide pour la protection de l’environnement. Après le 11 septembre, en effet, le nombre d’étrangers en visite en Syrie a diminué de près de 60%. Le gouvernement italien a alors globalement demandé au président de clarifier la position de son pays dans le domaine des droits de l’homme. Si Bachar el Assad a ainsi promis d’autoriser prochainement en Syrie, les émissions de quelques radios privées et la parution de journaux non gouvernementaux, il a aussi affirmé que l’on «ne peut séparer les droits d’une personne de ceux d’une société».
La réponse du berger à la bergère
Dans une interview accordée au quotidien italien «Corriere della Sera» en date du 17 février, il a en outre ajouté à propos des Etats-Unis et des reproches faits à la Syrie d’ignorer les droits de l’homme: «Comment peut- on parler des droits de l’homme dans les pays arabes et ignorer Israël? Que dit-on des peuples qui ont leurs territoires occupés en Syrie, au Liban ou en Palestine?».
«S’ils n’avaient pas été nourris par les Etats-Unis, a affirmé Bachar el Assad, le 19 février, devant le président de la République italienne, Carlo Azeglio Ciampi, les Talibans n’existeraient pas et les frères musulmans ne poseraient pas non plus de problèmes si leurs parents n’avaient pas reçu l’appui des Anglais dans la première moitié du XXème siècle». Le président syrien, lors des différents colloques avec les autorités italiennes, a ensuite demandé une plus grande présence de l’Europe sur la scène du Moyen- Orient. «Un rôle qui ne plaît pas à Israël», a-t-il précisé, tout en mettant en garde les Etats-Unis contre «l’hypothèse d’une attaque contre l’Irak».
De son côté, l’ambassadeur israélien en Italie, Ehud Gol, s’est exprimé très fortement dans un communiqué officiel contre la venue en Italie de ce «chef d’un régime inhumain» et a souligné que «la visite d’Assad rappelle trois aspects importants de la réalité syrienne : le terrorisme, l’antisémitisme et la violation des droits de l’homme». Réponse du berger à la bergère, comme le rapporte la presse italienne, le quotidien «Syrian Times» affirmait récemment que «suivant les pas des nazis, les leaders sionistes israéliens ont étendu leur règne de terreur jusqu’à des proportions de génocides». Radio Damas allant même jusqu’à comparer «Sharon à Hitler». Des propos «habituels» dans la rhétorique syrienne, mais qui font dire à Ehud Gol que «ni la communauté juive, ni Israël ne sont prêts à oublier qu’au mois de mai dernier, Bachar à accueilli Jean Paul II à Damas en accusant les juifs d’avoir trahi Jésus». Suite à la publication du communiqué israélien, le gouvernement italien a ouvertement manifesté sa «désapprobation». (apic/imed/pr)



