Le pape exprime sa préoccupation pour l’Irak et le Proche-Orient

Rome: Voeux de Jean Paul II au corps diplomatique

Rome, 12 janvier 2004 (Apic) Le pape Jean Paul II a exprimé lundi sa préoccupation sur la situation en Irak et au Proche-Orient, lors de la cérémonie traditionnelle de voeux au corps diplomatique au Vatican. «La paix est toujours menacée. Ces derniers mois, elle a été mise à mal par les événements qui se sont succédé au Proche-Orient, qui apparaît encore une fois comme une région d’affrontements et de guerres», a déclaré le pape qui s’exprimait en français.

La reconstruction de l’Irak, le «problème» israélo-palestinien, la violence en Afrique, le terrorisme international, tels sont quelques-uns des sujets brûlants sur lesquels Jean Paul II a souhaité s’arrêter devant les ambassadeurs accrédités auprès du Saint-Siège reçus le 12 janvier 2004 en audience pour le traditionnel échange de voeux. Mais le pape a également longuement parlé de l’Europe afin de leur proposer une réflexion sur le sens profond du principe de laïcité qui ne doit pas être confondu avec le laïcisme.

C’est sur le Proche-Orient que Jean Paul II s’est tout d’abord arrêté. Qui «apparaît une fois encore comme une région de contrastes et de guerre». Estimant que «les nombreuses démarches entreprises par le Saint- Siège pour éviter le pénible conflit survenu en Irak sont déjà connues», le pape a plutôt insisté sur le rôle de la communauté internationale pour aider les Irakiens, «débarrassés d’un régime qui les opprimait, afin qu’ils soient mis en condition de reprendre les rênes de leurs pays, d’en consolider la souveraineté, de déterminer démocratiquement un système politique et économique conforme à leurs aspirations et que l’Irak redevienne ainsi un partenaire crédible dans la communauté internationale».

Le pape a ensuite abordé la question de «la non-résolution du problème israélo-palestinien» qui continue d’être «un facteur de déstabilisation permanente pour toute la région, sans compter les indicibles souffrances imposées aux populations israéliennes et palestiniennes». «Je ne me lasserai jamais de la redire aux responsables de ces deux peuples: le choix des armes, le recours, d’une part au terrorisme, d’autre part aux représailles, l’humiliation de l’adversaire, la propagande haineuse ne mènent nulle part», a-t-il ainsi déclaré. Pour lui, «la paix véritable et durable est surtout le fruit d’une action morale et juridique».

Le péril de la fabrication et du commerce des armes

Concernant l’Afrique, il a souhaité rendre hommage à Mgr Michael Courtney, nonce apostolique assassiné le 29 décembre au Burundi. Il a salué «son courage et son souci de soutenir le peuple burundais dans sa marche vers la paix», et condamné «le péril que représentent toujours la fabrication et le commerce des armes, qui alimentent abondamment ces zones à risque».

Faisant par ailleurs mémoire de Sergio Veira de Mello, le représentant spécial de l’ONU en Irak assassiné à Bagdad, Jean Paul II a insisté sur l’urgence de «revenir à une sécurité collective plus effective qui donne à l’ONU la place et le rôle qui lui reviennent. Plus que jamais, il faut apprendre à tirer les leçons du passé lointain et récent. En tout cas, une chose est certaine : la guerre ne résout pas les conflits entre les peuples !».

Globalement, le pape a répété sa condamnation du «terrorisme international qui, en semant la peur, la haine et le fanatisme, déshonore toutes les causes qu’il entend servir». «Toute civilisation digne de ce nom, a-t-il dit, suppose le refus catégorique des rapports de violence». «Nous ne pourrons jamais nous résigner à accepter passivement que la violence tienne la paix en otage !».

La foi comme force pour bâtir la paix

Abordant ensuite la dimension religieuse de son discours et soulignant que «la foi est une force pour bâtir la paix», il a relevé que «les croyants attendent légitimement de pouvoir participer au dialogue public», mais que «malheureusement on doit observer qu’il n’en est pas toujours ainsi».

Jean Paul II a ainsi dénoncé cette attitude constatée «dans certains pays d’Europe» pouvant «mettre en péril le respect effectif de la liberté de religion». «Si tout le monde s’accorde à respecter le sentiment religieux des individus, a-t-il expliqué, on ne peut pas en dire autant du ’fait religieux’, c’est-à-dire de la dimension sociale de la religion, oubliant en cela les engagements pris dans le cadre de ce qui s’appelait alors la Conférence sur la coopération et la sécurité en Europe».

«On invoque souvent le principe de la laïcité, en soi légitime, s’il est compris comme la distinction entre la communauté politique et les religions», a poursuivi le pape. «Mais distinction ne veut pas dire ignorance ! La laïcité n’est pas le laïcisme, elle n’est autre que le respect de toutes les croyances de la part de l’Etat qui assure le libre exercice des activités cultuelles, spirituelles, culturelles et caritatives des communautés de croyants». Pour lui, la relation Eglise-Etat doit donner lieu «à un dialogue respectueux, porteur d’expériences et de valeurs fécondes pour l’avenir d’un pays». «La difficulté à accepter le fait religieux dans l’espace public s’est vérifiée de manière emblématique à l’occasion du récent débat sur les racines chrétiennes de l’Europe», a-t-il constaté.

Appel à l’unité des chrétiens

«Sans sous-estimer les autres traditions religieuses, il reste que l’Europe s’est affirmée en même temps qu’elle est évangélisée», a encore une fois souligné le pape en regrettant une relecture de l’histoire «à travers le prisme d’idéologies réductrices, oubliant ce que le christianisme a apporté à la culture et aux institutions du continent». Il a ainsi mis en valeur l’action récente des chrétiens qui, «en promouvant la liberté et les droits de l’homme, ont contribué à la transformation pacifique de régimes autoritaires, ainsi qu’à la restauration de la démocratie en Europe centrale et orientale».

Il a enfin lancé un appel à l’unité des chrétiens, une «impérieuse nécessité» qui pourra être utilisée pour «indiquer aux responsables des sociétés les ressources qu’ils sont susceptibles de puiser dans le patrimoine chrétien comme auprès de ceux qui en vivent».

En raison de sa fatigue et d’une élocution difficile, Jean Paul II n’a pas lu l’intégralité de son discours rédigé en français. A la fin de la rencontre qui s’est déroulée dans la salle royale du Vatican, il a cependant longuement salué les ambassadeurs en tenue officielle, accompagnés de leurs épouses et de leurs collaborateurs.

174 états entretiennent des relations diplomatiques pleines avec le Saint-Siège, auquel il faut ajouter l’Ordre de Malte et la Communauté européenne ainsi que la fédération de Russie et l’OLP. PR

Encadré

Discours du doyen du corps diplomatique accrédité auprès du saint-Siège

Dans son adresse au pape, Giovanni Galassi, doyen du corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège et ambassadeur de la République de Saint- Marin a dit son regret que, malgré tous les efforts, «notre voeu le plus cher n’ait pas pu être exaucé», celui du «non à la mort, du non à l’égoïsme, du non à la guerre».

L’ambassadeur a cité «les opérations militaires en Irak, «les nombreux conflits se poursuivant sur le continent africain», «les tensions dans le Caucase et dans de nombreux pays d’Asie et d’Amérique latine», «la situation en Terre Sainte et dans d’autres pays du Proche-Orient», ainsi que «l’assassinat du nonce apostolique au Burundi», comme preuves de distance avec «notre idéal de créer une véritable famille humaine, capable de garantir une existence pacifique entre les divers peuples».

«Ce constat de violence grave et réaliste devra stimuler la diplomatie internationale, dans ses tentatives déterminées d’inventer des voies nouvelles et de trouver des solutions de manière à rechercher avec davantage de dialogue, plus d’audace et de créativité, le bien commun, à construire de nouveaux ponts entre individus entre peuples et cultures, et à endiguer la spirale néfaste d’égoïsme, de haine, de soif de domination et de désir de vengeance, semblant envahir l’humanité entière», a espéré le représentant du corps diplomatique présent autour du pape.

Selon lui, tous engagés dans une situation aussi complexe, «nous vous sommes reconnaissants, Sainteté, de votre message pour la paix cette année, par lequel, vous nous exhortez de nouveau à considérer que la paix est possible et qu’elle est même un devoir, nous montrant que certains des fondements sur lesquels construire notre avenir sont l’éducation à la paix, la promotion d’une véritable démocratie, le respect réciproque du droit international qui refuse le recours unilatéral et sans discrimination à la force, un rôle de l’ONU plus actif, plus compétent et plus adapté à la période actuelle pour être davantage en mesure de faire valoir le respect de ses propres finalités institutionnelles», a-t-il déclaré au pape. (apic/imedia/pr)

12 janvier 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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