Terre Sainte: le pape réclame l’évacuation des territoires occupés

Rome: Voeux de Jean Paul II au corps diplomatique

Rome, 10 janvier 2002 (APIC) Le pape Jean Paul II a reçu jeudi le corps diplomatique, à qui il a présenté ses v?ux. Le pape s’est particulièrement arrêté sur la question de la Terre Sainte, «une terre de feu et de sang». II a dénoncé les injustices dont est victime le peuple Palestinien, ainsi que la logique de la loi du talion, peu propice à préparer les voies de la paix. Il a en outre réclamé un statut spécial «internationalement garanti pour les parties les plus sacrées de Jérusalem», l’application du droit international et l’évacuation des territoires occupés, avant de faire un vaste tour d’horizon de la situation dans le monde.

«L¹humanité se trouve dans une situation de violence, de détresse et de péché», a déclaré Jean Paul II dans son discours annuel au corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège. Le pape a ainsi décrit la Terre Sainte comme «une terre de feu et de sang» puis a évoqué «l’injustice» dont est victime le peuple palestinien et «le droit à la sécurité» du peuple israélien. Jean Paul II a par ailleurs souligné la «lutte légitime contre le terrorisme» en demandant à la communauté internationale d’encourager le nouveau gouvernement Afghan. Enfin, après avoir évoqué la situation de l’Argentine, il a stigmatisé «la marginalisation des religions» en Europe, «une injustice et une erreur de perspective».

«En ce début d’année, nous constatons hélas que l’humanité se trouve dans une situation de violence, de détresse et de péché», a commenté Jean Paul II au corps diplomatique en grand apparat, réuni dans la salle Royale du Palais apostolique. Soulignant «les ambiguïtés et les échecs» des entreprises humaines, il a regretté que la Terre Sainte soit toujours, «par la faute des hommes, une terre de feu et de sang».

«Personne ne peut rester insensible face à l’injustice dont le peuple palestinien est victime depuis plus de cinquante ans», a-t-il poursuivi. «Personne ne peut contester le droit du peuple israélien à vivre dans la sécurité. Mais personne ne peut oublier non plus les victimes innocentes qui, de part et d’autre, tombent tous les jours sous les coups et les tirs». Pour lui, «les armes et les attentats sanglants ne seront jamais des instruments adéquats pour faire parvenir des messages politiques à des interlocuteurs. La logique de la loi du talion n’est pas non plus adaptée pour préparer les voies de la paix».

Les conditions

Le pape a alors rappelé les conditions à réunir pour que les israéliens et les palestiniens puissent «gagner la paix», à savoir, «le respect de l’autre et de ses légitimes aspirations, l’application du droit international, l’évacuation des territoires occupés et un statut spécial internationalement garanti pour les parties les plus sacrées de Jérusalem». Il a par ailleurs souligné le «rôle irremplaçable» de la communauté internationale et qui doit être «accepté par toutes les parties».

Jean Paul II a poursuivi son discours sur le thème de la «lutte légitime contre le terrorisme dont les odieux attentats du 11 septembre dernier sont l’expression la plus effroyable et qui a redonné encore la parole aux armes». «Face à l’agression barbare et aux massacres, a-t-il dit, se pose non seulement la question de la légitime défense, mais aussi celle des moyens les plus aptes à éradiquer le terrorisme, de la recherche des facteurs à l’origine de telles actions, des mesures à prendre pour engager un processus de ’guérison’ afin de vaincre la peur et d’éviter que le mal s’ajoute au mal, la violence à la violence».

Le pape a alors demandé à la communauté internationale d’encourager le nouveau gouvernement installé à Kaboul, puis a invité l’Inde et le Pakistan à donner une «priorité absolue au dialogue et à la négociation».

Après avoir enfin répété une nouvelle foi que «tuer au nom de Dieu est un blasphème et une perversion de la religion», il a insisté sur le fait que «Dieu n’est pas au service d’un homme ou d’un peuple, et aucun projet humain ne saurait prétendre se l’approprier».

De L’Afrique à l’Amérique latine

Jean Paul II a ensuite demandé que ces événements n’occultent pas les situations en Afrique ou en Amérique latine. Concernant l’Afrique, il a salué la naissance d’une «Union africaine» qualifiée de «bonne nouvelle». Elle devrait selon lui, contribuer à «relever des défis majeurs tels que la prévention des conflits, l’éducation et la lutte contre la pauvreté». Pour ce qui est de l’Amérique latine, le pape a fait une allusion particulière à l’Argentine. Le pape a ainsi invité les Argentins à «maintenir vive leur espérance au milieu des difficultés actuelles, en demeurant conscients que, avec tant de ressources humaines et naturelles, la situation présente n¹est pas irréversible et qu’elle peut être surmontée avec l’apport de tous. Pour cela, a-t-il précisé, il est nécessaire de laisser de côté les intérêts privés ou partisans et de promouvoir, par tous les moyens légitimes, l’intérêt du pays.»

Jean Paul II a par ailleurs consacré une partie de son discours à l’Europe et s’est réjoui de son «union progressive, symbolisée récemment par l’adoption d’une monnaie unique de la part de douze pays». Le pape a cependant fait allusion au projet d’une «constitution de l’Union» et a fait part de sa «tristesse» en constatant que «les communautés de croyants» n’avaient pas été mentionnées parmi les partenaires qui devront contribuer à la réflexion.

La marginalisation des religions, une injustice et une erreur de perspective

«La marginalisation des religions, qui ont contribué et contribuent encore à la culture et à l’humanisme dont l’Europe est légitimement fière, a-t-il ainsi affirmé, me paraît être à la fois une injustice et une erreur de perspective. Reconnaître un fait historique indéniable ne signifie pas du tout méconnaître l’exigence moderne d’une juste laïcité des Etats, et donc de l’Europe!»

En conclusion, Jean Paul II a résumé «les priorités qui doivent être au coeur des préoccupations des responsables politiques». Il a ainsi cité en premier lieu la «défense de la vie humaine en toute circonstance», puis «la promotion de la famille», «l’élimination de la pauvreté», «le respect des droits de l’homme», «le désarmement», «la lutte contre les grandes maladies», «la sauvegarde de l’environnement» et enfin, «l’application rigoureuse du droit et des conventions internationales».

172 Etats et des représentations

Auparavant, le doyen du corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, l’ambassadeur de la république de Saint-Marin, Giovanni Galassi avait adressé un discours d’hommage à Jean Paul II. Dans la soirée du 10 janvier, l’ensemble du corps diplomatique présent devait se retrouver pour un dîner organisé par le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, à l’hôtel Hilton de Rome.

Le corps diplomatique est actuellement constitué de 172 états. A ceux-ci doivent être ajoutés l’Union européenne et l’Ordre de Malte ainsi que deux missions à caractère spécial, celle de la Fédération russe, guidée par un ambassadeur et celle du Bureau de l’Organisation pour la Libération de la Palestine, guidée par un directeur. (apic/imed/pr)

10 janvier 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
Partagez!