L’homme d’aujourd’hui manque d’assurance concernant l’avenir

Rome: Voeux du pape à la curie romaine

Rome, 22 décembre 2006 (Apic) Benoît XVI a regretté le manque d’assurance de l’homme d’aujourd’hui face à l’avenir de l’humanité, lors de ses voeux à la curie romaine le 22 décembre. Revenant sur l’année écoulée, le pape a relevé les menaces qui pèsent sur le monde, dont l’affrontement entre cultures et religions, le bannissement de Dieu de la société, la relativisation de la différence entre les sexes. Il a aussi réaffirmé la valeur du célibat sacerdotal et indiqué les défis auxquels l’Islam fait face aujourd’hui.

«L’année qui touche à sa fin reste dans notre mémoire avec l’empreinte profonde des horreurs de la guerre qui s’est déroulée en Terre Sainte ainsi qu’en général le danger d’un affrontement entre cultures et religions», a affirmé le pape devant les cardinaux et les responsables de la curie romaine. Il s’agit, a confié Benoît XVI, d’un danger «encore aujourd’hui menaçant» et «le problème des voies vers la paix est devenu ainsi un défi de première importance pour tous ceux que l’homme préoccupe».

Les voyages du pape comme fil rouge de son bilan

Puis, au cours de sa longue intervention, dans la salle Clémentine au Vatican, le pape est revenu sur les quatre voyages à l’étranger effectués en 2006. Ainsi, évoquant sa visite en Pologne, en mai dernier, sur les traces de Jean Paul II, le pape allemand est revenu sur son étape à Auschwitz-Birkenau, «dans le lieu des barbaries les plus cruelles», condamnant «la tentative d’effacer le peuple d’Israël, de rendre vaine ainsi également l’élection de la part de Dieu, de bannir Dieu lui-même de l’Histoire». «Ce fut pour moi un motif de joie de voir apparaître un arc-en-ciel alors que j’avais devant moi l’horreur de ce lieu», a encore confié le pape.

La famille et l’Europe, ainsi que les menaces qui pèsent sur elles, ont fait l’objet de l’intervention du pape sur son voyage à Valence, en Espagne, en juillet dernier. «L’esprit moderne a perdu le sens de l’orientation», a estimé le souverain pontife, pour qui «l’homme d’aujourd’hui manque de sécurité concernant l’avenir».

Benoît XVI a regretté que l’Europe «semble ne plus vouloir d’enfants», qu’elle semble être «fatiguée» et vouloir «prendre congé de l’histoire». Il a alors remercié les parents qui, en Europe, «disent ’oui’ aux enfants et acceptent le travail que cela comporte».

«Je ne peux pas taire ma préoccupation concernant les lois sur les unions de fait», a également confié le pape alors que le gouvernement italien entend suivre certains de ses voisins européens et légiférer sur la reconnaissance juridique de ces ’unions de fait’, hétérosexuelles et homosexuelles. «Lorsque de nouvelles formes juridiques qui relativisent le mariage sont créées, le renoncement au lien définitif obtient pour ainsi dire un sceau juridique», a noté Benoît XVI, regrettant «la relativisation de la différence entre les sexes» par laquelle «il devient équivalent de mettre ensemble un homme et une femme ou deux personnes du même sexe». Le pape a alors fustigé «les théories funestes qui enlèvent toute importance à la masculinité et à la féminité de la personne humaine, comme s’il s’agissait d’un fait purement biologique». A la question de savoir si «l’Eglise ne devrait pas ingérer dans ces affaires», Benoît XVI a répondu qu’il était du «devoir» des croyants «de hausser le ton pour défendre l’homme».

L’urgence d’un dialogue entre foi et raison

Revenant sur son voyage en Bavière, en septembre dernier, le pape a affirmé une nouvelle fois que «le grand problème de l’Occident» était «l’oubli de Dieu». «L’urgence d’un dialogue entre foi et raison» pour le monde, a-t-il constaté, «devient toujours plus évidente». Mais, a-t-il noté avec regret, «le pouvoir de l’homme, qui a grandi dans ses mains grâce à la science, devient toujours plus un danger qui menace l’homme lui-même et le monde» et «la raison orientée totalement à accaparer le monde n’a plus de limites». Pour Benoît XVI, en outre, «notre connaissance augmente, mais, on enregistre en même temps un aveuglement progressif de la raison sur ses propres fondements».

Le pape est plus précisément revenu sur son désormais célèbre discours de Ratisbonne, affirmant que le dialogue entre les religions y avait été traité uniquement de deux manières. Selon un premier point de vue, a-t-il rappelé, «la raison sécularisée n’est pas en mesure d’entrer dans un véritable dialogue avec les religions» et «si elle demeure fermée à la question de Dieu, cela conduira à un choc des cultures». «L’autre point, a expliqué Benoît XVI, concernait l’affirmation que les religions doivent se rencontrer dans leur tâche commune de se mettre au service de la vérité et, donc, de l’homme».

L’islam doit accueillir les conquêtes des Lumières

Evoquant enfin son dernier voyage de l’année, en Turquie, fin novembre et début décembre, Benoît XVI a réaffirmé la nécessité «d’intensifier» le dialogue avec l’Islam, tout en sachant que «le monde musulman se trouve aujourd’hui avec grande urgence face à une tâche équivalente à celle qui fut imposée aux chrétiens à partir de l’époque des Lumières». Ainsi, d’une part, l’Islam doit «s’opposer à une dictature de la raison positiviste qui exclue Dieu de la vie de la communauté et de l’ordre public». Il lui est aussi nécessaire, a expliqué le pape, «d’accueillir les véritables conquêtes des Lumières, les droits de l’Homme et spécialement la liberté de la foi et de son exercice». Le monde islamique, a encore jugé Benoît XVI, doit trouver «des solutions adaptées».

Le célibat des prêtres, a aussi expliqué Benoît XVI, ne s’explique pas seulement par des raisons «pragmatiques» en référence à la «plus grande disponibilité» des clercs. En effet, cette disponibilité pourrait facilement devenir «une forme d’égoïsme, en s’épargnant les sacrifices et les fatigues requises par le fait de s’accepter et de se supporter réciproquement dans le mariage», pouvant mener à «un appauvrissement spirituel et à une dureté de coeur». «Le véritable fondement du célibat», a expliqué le pape, «peut être seulement théocentrique». Ce célibat, a-t-il souligné, «doit être un témoignage de foi», il est «tellement important à notre époque (.) même si son accomplissement est continuellement menacé et remis en question à notre époque».

Benoît XVI est intervenu devant l’ensemble des cardinaux, prélats et responsables laïcs de la curie romaine et du gouvernorat de la Cité du Vatican, dans la salle Clémentine au Vatican. Au terme de son intervention, le pape a salué les participants l’un après l’autre. (apic/imedia/ami/bb)

22 décembre 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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