L’Allemagne, un pays à tradition chrétienne gagné par l’esprit laïc
Rome: Voyage de Benoît XVI à Cologne
Propos recueillis à Rome par Ariane Rollier
Rome, 15 août 2005 (Apic) Les JMJ se sont ouvertes dans les diocèses d’Allemagne le 11 août 2005. I.Media, l’Agence partenaire de l’Apic à Rome, fait le point sur la situation religieuse du pays avec Mgr Lucian Lamza, un prélat allemand travaillant depuis le diocèse de Fulda pour les missions et oeuvres caritatives allemandes, après avoir passé une trentaine d’années à la Congrégation pour les Eglises orientales, au Vatican.
Q.: Quelle est la proportion de catholiques et de catholiques pratiquants en Allemagne?
Mgr Lamza: La population allemande n’est pas très uniforme. Avant le communisme, la moitié était catholique, l’autre protestante. Maintenant, près d’un tiers de la population n’est plus baptisé. Cela concerne surtout l’est du pays. Le nord reste plutôt protestant et le sud – notamment la Bavière et les régions du Rhin – plutôt catholique. Sur une population de 82,4 millions d’Allemands, 50 à 60 millions sont chrétiens, dont 26,6 millions catholiques. Ceux-ci représentent donc 32,4% de la population, à peu près comme les protestants. Le niveau de pratique, quant à lui, varie en fonction du lieu, certaines régions étant très pratiquantes, d’autres moins.
Q.: Comment se caractérise l’archidiocèse de Cologne ?
Mgr Lamza: Situé en Rhénanie du Nord-Westphalie, le land le plus peuplé d’Allemagne avec 18 millions d’habitants, le diocèse de Cologne compte 5’400’000 habitants et représente le plus grand des 27 diocèses allemands. Sa situation est assez traditionnelle. Avec 2’200’000 fidèles, les catholiques forment près de la moitié de la population de la région de Cologne. L’autre moitié est composée de protestants et de quelques non baptisés.
Q.: Et les autres religions en Allemagne ?
Mgr Lamza: Comme troisième force, il y a l’islam, avec 3,4 millions de musulmans, soit 4% de la population. Composée pour sa part de greco- orthodoxes, de russes-orthodoxes, de serbes-orthodoxes et d’autres communautés, l’Eglise orthodoxe est aussi assez forte, avec 1,2 million de fidèles. Quant aux juifs, ils sont moins nombreux, même si on peut compter quelques communautés bien représentées venant de la Russie et de l’Europe de l’Est.
Q.: Un mot sur les relations entre l’Etat et l’Eglise catholique
Mgr Lamza: L’Etat et l’Eglise sont séparés, mais des droits ont été accordés à l’Eglise par le biais de concordats établis entre l’Etat fédéral et le Saint-Siège, ainsi qu’entre les Länder et le Vatican. De façon générale, l’Eglise est en bonne relation avec l’Etat et il y a une bonne collaboration entre les gouvernements régionaux et l’Eglise. Des représentants officiels se rendent par exemple aux fêtes religieuses. L’Eglise jouit aussi d’une reconnaissance certaine pour son engagement en matière sociale, notamment dans les hôpitaux et auprès des personnes âgées.
Q.: L’Eglise semble avoir perdu de l’argent ces dernières années en Allemagne.
Mgr Lamza: L’Eglise allemande, en partie financée par les impôts, est en effet moins riche à cause de leur réduction d’1%. Il y a quelques années, 9% des impôts lui étaient versés, contre 8% maintenant. L’Eglise est aussi moins riche qu’autrefois parce qu’un nombre considérable de personnes la quittent chaque année. Il est vrai aussi que la laïcité gagne du terrain. Et comme dans tout pays occidental, la mentalité en Allemagne est assez matérialiste. On dit aussi que l’Allemagne de l’Est n’a pas d’abord voulu la démocratie mais plutôt des marks. Dans cette partie du pays, notamment à Berlin, le pourcentage de croyants est très faible. Il y a aussi une certaine nostalgie des formes de la pseudo religion du monde communiste. Et le new age, qui peut séduire des gens peu enracinés dans leur famille ou dans la pensée chrétienne, gagne les grandes villes, tout comme la drogue et l’alcool malheureusement.
Q.: Benoît XVI est le premier pape allemand depuis plusieurs siècles. Qu’attendent les Allemands de son voyage dans leur pays ?
Mgr Lamza: L’Eglise catholique d’Allemagne, mais aussi les chrétiens en général, attendent beaucoup de la visite de Benoît XVI en Allemagne. Si 10% ou 20% de la population lui étaient défavorables avant son élection, à cause de la vision qu’on avait de sa personne et de son opinion sur certains sujets, il est désormais mieux accepté. L’opinion publique a un peu changé et j’ai l’impression que, dans l’ensemble, on le reconnaît comme une figure extraordinaire, très cultivée et ouverte au monde. De façon générale, on est aussi content d’avoir un Allemand comme pape. A soixante ans de la fin de la seconde guerre mondiale, le pape est un représentant positif de la nouvelle Allemagne, celle du présent et du futur et non pas celle du passé. Les évêques allemands, quant à eux, apprécient le pape actuel. (apic/imedia/ar/pr)




