Rome: Voyage de Benoît XVI en Bavière
L’Allemagne accueille «son pape» pour la deuxième fois.
Rome, 6 septembre 2006 (Apic) C’est le 9 septembre 2006 que Benoît XVI s’envolera de Rome pour le quatrième voyage à l’étranger de son pontificat qui le mènera en Bavière jusqu’au 14 septembre. Malgré la baisse de fréquentation des églises du pays, l’élection d’un pape allemand au trône de Pierre en avril 2005 y a provoqué un certain regain d’intérêt pour l’Eglise.
Les jeunes étaient environ un million, en majorité des Allemands, lors des Journées mondiales de la jeunesse à Cologne, en 2005, et les organisateurs tablent sur des chiffres similaires concernant l’affluence des fidèles pour ce nouveau voyage.
Un tiers de la population allemande se déclare catholique, un autre tiers protestant et le dernier tiers appartient à des religions non-chrétiennes ou se déclare non-croyant. En Allemagne, le rapport avec les autres confessions chrétiennes – l’oecuménisme – et le dialogue interreligieux ont donc toute leur importance.
Le statut de l’Eglise catholique d’Allemagne est fixé par un concordat. Ce dernier a été signé le 20 juillet 1933 entre le Saint-Siège, représenté par le cardinal secrétaire d’Etat Eugenio Pacelli (ancien nonce en Allemagne et futur Pie XII), et le Reich allemand, représenté par Adolf Hitler. Le concordat, reconnu ensuite par le gouvernement fédéral en 1949, est toujours en vigueur. Des accords sont aussi passés directement entre le Saint-Siège et les Länder, comme l’accord de 1975 avec le Land de Sarre, modifié en septembre 2001, ou celui avec le Brandebourg, Etat de l’ancienne RDA, entré en application en mai 2004. Chaque Land allemand possède un accord avec le Saint-Siège. Ces concordats réglementent différents aspects de la vie de l’Eglise dans les régions d’Allemagne, en particulier la liberté religieuse, la condit ion juridique de l’Eglise et son action dans les domaines culturels, éducatifs, pastoraux et caritatifs, ainsi que l’enseignement religieux dans les écoles publiques.
De son côté, la chancelière actuelle, Angela Merkel, a beaucoup insisté pour qu’une référence à l’héritage chrétien de l’Europe soit inscrite dans la constitution de l’Union européenne. Venue rencontrer le pape à Rome le 28 août dernier, la chancelière a affirmé que «le christianisme a formé l’Europe de manière décisive», et souhaité que «cet échange se poursuive à Munich» lors du voyage officiel du pape.
Conflit sur les centres de consultation pour femmes enceintes
Les relations entre l’Allemagne et le Saint-Siège ont été marquées, en 1999, par un conflit portant sur les centres de consultation pour femmes enceintes, desquels l’Eglise allemande a dû se retirer sur injonction de Jean Paul II. Certaines critiques avaient été émises sur la cohérence de l’Eglise catholique qui, en délivrant à l’issue des consultations des certificats aux personnes souhaitant avorter, accordait des ’permis de tuer’. Après des débats au sein de la Conférence épiscopale, les évêques se sont finalement rangés derrière la ligne du pape, soutenu par le cardinal Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.
Un autre conflit est survenu, en août 2002. Après un ultimatum lancé par la Congrégation pour la doctrine de la foi, le Vatican a excommunié sept femmes catholiques allemandes, autrichiennes et américaines, ordonnées prêtres un mois plus tôt au sein d’une communauté schismatique.
En outre, en 2004, la Congrégation pour la doctrine de la foi a confirmé la décision de l’évêque de Trêves de priver de droit de célébrer et d’enseigner Gotthold Hasenhüttl, professeur de théologie et prêtre catholique qui avait offert publiquement la communion aux protestants lors de la journée oecuménique nationale de Berlin le 29 mai 2003.
Baisse des entrées financières
Sur le plan financier, l’Eglise d’Allemagne est souvent présentée comme l’une des plus riches du monde. Chaque Allemand, qui déclare volontairement son appartenance à une Eglise, doit payer un impôt, le ’Kirchensteuer’. Mais avec la diminution du taux d’imposition versé à l’Eglise ainsi que du nombre de ses fidèles, elle est dans une position de moins en moins favorable.
Ainsi, en septembre 2004, réunis pour leur assemblée plénière d’automne, les évêques allemands n’ont pas caché les difficultés financières de certains diocèses. Le Comité central des catholiques allemands, le ZdK, a aussi lancé un appel aux évêques afin de trouver des moyens de sortir de la crise financière qui frappe les diocèses, dont certains devaient même se séparer de personnel.
On trouve, en Allemagne, de très nombreuses institutions hospitalières et sociales catholiques : jardins d’enfants, hôpitaux, cliniques, etc. L’Eglise en Allemagne est donc un gros employeur de main-d’oeuvre, et ses institutions caritatives (Caritas, Missio, Adveniat) constituent une force impressionnante. AR/PAD
Encadré:
L’Eglise allemande en chiffres
Benoît XVI effectuera son quatrième voyage international du 9 au 14 septembre 2006 en Allemagne, un pays où un tiers des habitants se disent catholiques. La proportion de catholiques est largement plus importante en Bavière où s’apprête à se rendre le pape.
L’Allemagne compte plus de 82 millions d’habitants. Selon les chiffres du Bureau central des statistiques de l’Eglise au 31 décembre 2004, le pays réunifié en 1990 dénombre quelque 26 millions de catholiques, soit près de 32% de la population. Mais les catholiques pratiquants ne représenteraient que 18% de la population. L’Eglise d’Allemagne compte 29 circonscriptions ecclésiastiques, dont 27 diocèses, pour 12’310 paroisses.
Au 1er juin 2006, on comptait 108 évêques en Allemagne. Près de 18’570 prêtres sont répartis dans les diocèses du pays avec un prêtre en moyenne pour 1’400 fidèles. On dénombre parmi eux 14’163 prêtres diocésains, 4’407 prêtres appartenant à des congrégations religieuses, mais aussi 2’554 diacres permanents, 1’634 religieux non-prêtres, 33’214 religieuses, quelque 2’000 membres laïcs d’instituts séculiers, 816 missionnaires laïcs et plus de 22’000 catéchistes. Il y a aujourd’hui en Allemagne quelque 1’200 séminaristes.
Dans le domaine éducatif, on compte 9’360 écoles maternelles ou primaires catholiques, 823 collèges et lycées, et enfin 33 universités ou instituts d’études supérieures. Concernant les institutions caritatives et sociales catholiques, on dénombre 557 hôpitaux, 1’612 dispensaires, 2’626 maisons de retraite ou de repos, 1’552 orphelinats, 2’385 centres pour la famille et pour la protection de la vie, 2’028 centres spéciaux d’éducation ou de rééducation sociale ainsi que 115 autres institutions oeuvrant dans le domaine.
La Bavière est sensiblement plus catholique que l’ensemble du pays, avec un héritage culturel de plus de mille ans d’histoire. Ainsi, en Basse-Bavière, le diocèse de Munich compte 53% de catholiques, celui de Passau 90% et celui de Ratisbonne 83%. Benoît XVI se rend sur sa terre natale au moment où celle-ci fête le 200e anniversaire de la fondation du royaume de Bavière et les 60 ans de la constitution de l’Etat de Bavière.
En mars 2006, selon un sondage de l’institut Forsa pour le journal Neue Bildpost, 59% des catholiques, 54% des personnes sans confession et 52% des protestants jugeaient que l’élection de Benoît XVI avait bénéficié à l’Eglise allemande. 37% des Allemands voyaient dans Benoît XVI un réformateur modéré et prudent contre 45% qui l’estimaient très conservateur. (apic/imedia/pad/ar/bb)




