Jean Paul II fait mémoire des victimes du communisme
Roumanie: Arrivée de Jean Paul II àà Bucarest
De notre envoyée spéciale à Bucarest Caroline Boüan
Bucarest, 7 mai 1999 (APIC) Pour son 86ème voyage hors d’Italie, le premier dans un pays à majorité orthodoxe, Jean Paul II a été accueilli vendredi peu après midi sur l’aéroport national de Bucarest situé à une dizaine de kilomètres du centre-ville. Dans son premier discours, le pape a évoqué la mémoire des martyrs du communisme, en particulier les gréco-catholiques et les horreurs des systèmes totalitaires. Le pape accompagné du patriarche orthodoxe a ensuite rejoint la cathédrale dans sa papamobile.
Jean Paul II a été reçu à sa descente d’avion par le président de la République roumaine, Emil Costantinescu, puis par le patriarche orthodoxe Teoctist, le président de la Conférence épiscopale catholique, Mgr Lucian Muresan, et l’archevêque de Bucarest, Mgr Joan Robu.
Le pape qui est apparu très affaibli physiquement et qui a traversé péniblement le tarmac a commencé par baiser un morceau dela terre roumaine présenté dans une coupe par un enfant en costume national avant de saluer ses hôtes, échangeant le baiser de paix avec le patriarche orthodoxe.
Jean Paul II a évoqué en roumain la visite faite par le patriarche Teoctist au Vatican en janvier 1989 comme une étape importante des «rapports ecclésiaux amicaux» entre le Saint-Siège et l’Eglise orthodoxe roumaine. Parlant de sa propre visite en Roumanie comme d’un moment «historique», le pape a exprimé le souhait qu’elle «contribue à cicatriser les blessures» entre catholiques et orthodoxes, et à «ouvrir une saison de collaboration confiante et réciproque».
Honneurs aux martyrs du communisme et appel à l’Union européenne
Le pape a enchaîné alors sur les «les horreurs de durs systèmes totalitaires connus par la Roumanie au XXème siècle. Jean Paul II a cité explicitement la suppression de l’Eglise gréco-catholique par le régime communiste roumain, en 1948, et rendu hommage, sous les applaudissements, au cardinal Alexandru Todea, archevêque émérite de Fagaras et Alba Julia. Le cardinal toujours vivant mais malade, a passé 16 ans de sa vie en prison, puis 27 ans assigné à résidence. Un peu plus tard dans la journée, le pape devait exprimer le souhait de pouvoir le rencontrer. En évoquant les victimes du communisme, Jean Paul II a également élargi sa reconnaissance «aux membres de l’Eglise orthodoxe roumaine et d’autres Eglises et communautés religieuses», qui «ont subi des persécutions analogues, et de graves entraves».
Enfin, Jean Paul II a parlé du «rétablissement de l’Etat de droit» en Roumanie depuis les événements de 1989. Face aux «obstacles» que connaît aujourd’hui la progression démocratique du pays, le pape a exprimé le souhait que la Roumanie puisse bénéficier du «soutien politique et financier de l’Union européenne», «à laquelle elle appartient par l’histoire et par la culture», a-t-il ajouté sous les applaudissement des Roumains. De son côté, a précisé Jean Paul II, l’Eglise catholique est prête à offrir sa contribution pour la formation de citoyens attentifs aux vraies exigences du bien commun.
Désir sincère d’unité des orthodoxes
Le patriarche Teoctist, quant à lui, a souligné le «signe affirmatif» que représente cette visite de Jean Paul II en Roumanie, une visite essentiellement oecuménique, a-t-il insisté, qui est l’expression d’un désir sincère d’unité. «L’Eglise orthodoxe de Roumanie, a-t-il affirmé, assume avec responsabilité le travail qui lui revient dans le contexte des efforts que font toutes les Eglises pour se rapprocher et refaire l’unité des chrétiens».
Le président roumain pour sa part a parlé des dissensions entre chrétiens comme des «exemples les plus gênants de mésentente européenne». Evoquant plus précisément les tensions entre la majorité orthodoxe et la minorité catholique, Emil Costantinescu a exprimé le souhait que la visite de Jean Paul II puisse contribuer à une réconciliation qualifiée de possible et de nécessaire.
Accueil à la cathédrale orthodoxe
Après cet accueil, Jean Paul II a alors rejoint le centre de Bucarest, en parcourant les 12 kilomètres qui le séparaient de la cathédrale orthodoxe dans la papamobile, accompagné du patriarche Teoctist. Les Roumains s’étaient mobilisés assez nombreux sur l’essentiel de leur parcours, et ont donc pu recevoir ainsi la bénédiction à la fois du pape et du patriarche, tous deux vêtus de blanc. Arrivés à la cathédrale patriarcale, le pape a assisté à une prière en rite byzantin, avant de s’adresser à la foule rassemblée sur la place adjacente. Avant de leur parler en roumain, le pape a prononcé quelques mots en français, que le patriarche Teoctist traduisait au fur et à mesure. «Si je me trompe en parlant roumain, vous me corrigerez !», a lancé Jean Paul II en souriant, après avoir raconté qu’il avait fait la même réflexion le jour de son élection pontificale, en s’adressant aux italiens réunis sur la Place Saint-Pierre. (apic/cb/mp)



