Le fossé continue à se creuser entre l’Orient et l’Occident
Roumanie: Dans l’attente de la visite historique du pape Jean Paul II du 7 au 9 mai
Rome/Bucarest, 2 mai 1999 (APIC) Tandis que le monde orthodoxe, focalisé par la guerre en Yougoslavie, scrute les gestes et les discours Jean Paul II à propos de la crise des Balkans, la Roumanie s’apprête à recevoir en fin de semaine le premier pape à avoir jamais foulé le sol d’une nation orthodoxe. «Il est encore impossible d’imaginer les répercussions de cette visite extraordinaire», commente Mgr Pamfil Carnatiu, un prélat roumain qui a travaillé durant quatre décennies au Vatican.
A la veille de la visite historique du pape Jean Paul II du 7 au 9 mai à Bucarest, Mgr Carnatiu relève que c’est la première fois qu’un pape est reçu par l’Eglise orthodoxe depuis le schisme de 1054. Le vieux prélat – il a 80 ans – a connu cinq papes. Dans une interview à l’agence romaine Zenit, il détaille la complexité de la situation roumaine: «Il y a 75 % d’orthodoxes, 5 % de catholiques de rite gréco-catholique unis à Rome (les uniates, en conflit plus ou moins ouvert avec les orthodoxes, ndr.) et 5 % de catholiques de rite latin».
Des catholiques suspects, car considérés comme partisans de l’empire
L’Eglise orthodoxe, à la fin du XVIIIème siècle, s’est divisée en deux branches, dont l’une, la gréco-catholique, s’est unie à Rome. La Transylvanie, où se sont concentrés les catholiques, a été annexée à l’empire austro-hongrois. Ils n’étaient pas bien vus des autres roumains car ils étaient considérés comme des partisans de l’empire et surtout parce qu’ils étaient à 90 % d’origine hongroise. En 1948, le régime communiste décréta qu’environ 2’000 lieux de culte de l’Eglise gréco-catholique – dissoute et intégrée de force dans l’orthodoxie, notamment pour la couper de son centre romain – devaient passer à l’Eglise orthodoxe. Les persécutions ont beaucoup affaibli l’Eglise catholique qui n’a retrouvé sa liberté qu’en 1989. Les vocations augmentent beaucoup depuis. Il y a plus de 100 étudiants roumains qui se préparent au sacerdoce à Rome.
L’invitation du président Constantinescu
En raison de toutes ces difficultés, il n’a pas été facile d’organiser la visite du pape, commente Mgr Carnatiu: «Il y a deux ans, le pape avait déjà manifesté son désir de se rendre en Russie, mais l’Eglise orthodoxe lui a répondu par un non catégorique. Il a alors pensé se rendre en Roumanie, où la communauté orthodoxe est la plus importante après la Russie. Mais la réponse fut la même. Alors que tout espoir semblait perdu, le président roumain Emil Constantinescu, fervent chrétien orthodoxe, a invité le pape à se rendre dans son pays. L’Eglise orthodoxe s’est alors vue obligée d’envoyer elle aussi une invitation au Saint Père. Constantinescu a une grande admiration pour le pape qu’il définit comme le symbole de la lutte infatigable pour la défense de la dignité humaine, promoteur irremplaçable de la paix et du message évangélique, une figure exemplaire de cette fin de millénaire».
Certes, la visite sera limitée à la capitale – le pape ne verra pas les hauts lieux du catholicisme en Transylvanie – et le programme ne prévoit pas que le pape se rende dans les régions où les catholiques sont majoritaires. «C’est pour cela que les évêques roumains sont venus à Rome. Ils voulaient tenter de modifier le programme, mais les autorités roumaines ont déclaré clairement qu’elles ne pouvaient garantir la sécurité du pape qu’à Bucarest. Un voyage en Transylvanie serait très dangereux. Le pape recevra donc les évêques de rite gréco-catholique et de rite latin dans la nonciature de Bucarest.»
Grande signification œcuménique
«Si l’Eglise orthodoxe roumaine s’ouvre, cela pourrait changer radicalement les relations entre les deux Eglises. Il n’y a pas de différences entre les rites de l’Eglise orthodoxe et ceux de l’Eglise gréco-catholique. La messe est célébrée de la même manière», conclut Mgr Carnatiu. Mais au-delà de l’amélioration entre «uniates» et orthodoxes en Roumanie même, la visite du pape slave dans un pays majoritairement orthodoxe revêt une signification œcuménique d’une importance considérable en vue de résoudre le fossé qui s’est creusé entre chrétienté occidentale et orientale il y a près de 1000 ans, et dont on mesure actuellement la profondeur à l’occasion de la crise des Balkans. (apic/zenit/be)




