Roumanie: Tensions lors de rencontre européenne de l’Alliance reformée mondiale
Des méthodes d’élections qualifiées de «communistes»
Oradea, 28 août 2002 (APIC) Le rassemblement des Eglises réformées européennes dans la ville d’Oradea, en Roumanie, s’est mal terminé. Des délégués craignent même pour l’avenir de l’organisation. Des responsables de l’Eglise réformée de Roumanie, l’Eglise hôte de la rencontre, se sont plaints de manipulations et des méthodes non démocratiques au cours de l’élection des membres du comité, rappelant la période communiste.
Un incident a éclaté au dernier jour de l’assemblée de la zone européenne de l’Alliance Réformée Mondiale (ARM), qui s’est tenue du 18 au 23 août à Oradea, en Roumanie. Les tensions sont survenues au cours des élections concernant la composition du nouveau Comité de la zone européenne qui est responsable des relations entre les Eglises réformées d’Europe. La présence de l’évêque Laszlo Tökés, une figure nationaliste de la minorité hongroise de Roumanie qui a joué un rôle important dans la chute de la dictature de Ceausescu à Timisoara en 1989, a été l’élément déclencheur des tensions. Certains délégués ont craint que les tensions mettent en péril l’existence même du groupe.
Mgr Geza Pap, évêque de l’Eglise réformée de Roumanie, qui s’exprimait à l’issue du vote, avant l’annonce des résultats, a déploré le fait que le bulletin de vote ne porte qu’une seule liste de candidats. Cette méthode n’est pas «du tout démocratique», a-t-il dit, en rappelant le mode d’élections en vigueur sous le régime communiste.
Des méthodes de l’époque communiste
Des délégués d’Eglises parmi les membres de langue hongroise, ont fait objection du fait que seule l’Eglise réformée de Hongrie a des membres au sein du Comité, et que les autres Eglises minoritaires n’auraient pas de représentants. Parmi ces Eglises sans candidats sur les bulletins de vote figurait l’Eglise hôte. Ce qui a provoqué la colère de Laszlo Tökés, évêque d’Oradea, lieu de la rencontre. Ces dernières années, l’évêque Tökés est devenu le héraut des minorités de langue hongroise – en majorité de tradition réformée comme lui – dans les pays d’Europe centrale et orientale.
La gravité de la situation a été déplorée par le délégué irlandais, John Kirkpatrick. «Si nous rentrions chez nous maintenant, nous ne nous rencontrerions jamais plus», s’est-il inquiété. Henk Vroom, président du Comité des nominations, et membre des Eglises protestantes unies des Pays-Bas, n’a pas tenu compte de cet accès de colère, et a qualifié cette attitude de «puérile et peu démocratique».
Crise de confiance
Le président du Comité de la zone européenne de l’Alliance Réformée Mondiale, le Suédois Krister Andersson, a reconnu que «nous sommes arrivés au stade où nous n’avons pas confiance les uns dans les autres». Le Père orthodoxe Mihail Spatarelu, de l’organisation d’entraide oecuménique roumaine (AIDROM), invité à la rencontre, a quant à lui rappelé aux délégués le rôle de premier plan joué par l’Eglise réformée de Roumanie dans le rétablissement de la démocratie en Roumanie.
Tökés réclame une prise de position vis-à-vis du passé communiste
Admiré pour son rôle durant le soulèvement de 1989 ayant provoqué la chute du gouvernement de Nicolae Ceausescu, l’évêque Laszlo Tökés est considéré par d’autres comme trop ambitieux. Durant une session plénière, il a critiqué le processus électoral et déclaré que «certains services devaient être rendus au pays hôte». Invité à justifier cette accusation de manipulation, il n’a pas réitéré sa plainte. Lors d’un deuxième tour d’élections, boycotté par la plupart des délégués de langue hongroise, les participants ont élu cinq responsables, entre autres le pasteur suisse Gottfried Locher à la présidence.
Presque toutes les autres propositions soumises à l’Assemblée ont été présentées par les Eglises de langue hongroise. Dans l’une de celles-ci, l’évêque Tökés a appelé l’Assemblée à «adopter une position claire vis-à- vis du passé communiste».
Si elle n’adopte pas une position claire concernant le passé communiste, l’Assemblée de la zone européenne sera «en quelque sorte complice», a-t-il averti. Mais les délégués ont seulement décidé de soumettre la question au nouveau Comité de la zone européenne. Ces dernières années, Mgr Laszlo Tökés est devenu le porte-parole des minorités de langue hongroise, dont la plupart sont membres, comme lui, d’Eglises réformées dans les pays d’Europe centrale et orientale. Tökés était pasteur d’une paroisse de Timisoara lorsqu’il est devenu la figure de proue du soulèvement populaire qui a conduit à la chute de Nicolae Ceausescu. Les Eglises membres de l’Alliance Réformée Mondiale en Europe représentent plus de 11 millions de chrétiens réformés dans 27 pays. (apic/eni/cm)



