Russie: Administrations apostoliques de la Fédération de Russie transformés en diocèses

«Acte inamical», dénonce le Patriarcat de Moscou

Rome, 11 février 2002 (APIC) Malgré l’opposition publique du Patriarcat orthodoxe de Moscou., qui a dénoncé lundi un «acte inamical» et du prosélytisme de la part de Rome, le Saint-Siège a décidé de transformer en diocèses les quatre administrations apostoliques existant actuellement dans la Fédération de Russie. Rome a annoncé officiellement lundi 11 février l’érection en Russie de trois diocèses (Novosibirsk et Irkoutsk en Sibérie, Saratov en Russie méridionale) et d’un archidiocèse pour la Russie européenne septentrionale, avec siège à Moscou.

Le porte-parole du patriarche russe Alexis II, Igor Vyzhanov, cité par l’agence russe Itar-Tass, a estimé que ce geste «ne fait qu’éloigner un rencontre possible entre le patriarche et Jean Paul II’’

Dans une déclaration accompagnant l’annonce, Joaquin Navarro-Valls, porte-parole du Saint-Siège, signale qu’il s’agit d’un «acte administratif normal» et que l’érection des diocèses a été motivée par «des préoccupations pastorales identiques à celles qui ont motivé les orthodoxes de Russie à créer des diocèses à part entière en dehors de leur territoire traditionnel». Une longue note dresse enfin un portrait de l’Eglise catholique en Russie, son histoire, son actualité, récusant les arguments de prosélytisme lancés par l’Eglise orthodoxe russe et appelant à l’unité pour une plus grande force de l’Evangile.

Les mêmes évêques restent en place

Pour remplacer les 4 administrations apostoliques de la Fédération de Russie, 1 archidiocèse et 3 diocèses ont été érigés et les 4 anciens administrateurs apostoliques ont été nommés à la tête de ces diocèses. Il s’agit de l’archidiocèse de la Mère de Dieu à Moscou (Russie européenne septentrionale) avec Mgr Tadeusz Kondrusiewicz pour archevêque, le diocèse de Saint-Clément à Saratov (Russie européenne méridionale) avec à sa tête Mgr Clemens Pickel, le diocèse de la Transfiguration à Novosibirsk (Sibérie occidentale) avec pour évêque Mgr Joseph Werth et le diocèse de Saint- Joseph à Irkoutsk (Sibérie orientale) confié à Mgr Jerzy Mazur.

Une nuance a été introduite dans l’appellation de ces diocèses dans la mesure où il ne s’agit pas, par exemple, de l’archidiocèse catholique de Moscou, mais de l’archidiocèse de la Mère de Dieu à Moscou. Une Province ecclésiastique a, en outre, été créée avec son siège dans l’archidiocèse de la Mère de Dieu à Moscou et dont dépendent les trois autres diocèses.

Une simple normalisation ?

Dans sa déclaration, Joaquin Navarro-Valls affirme que «cette disposition normalise l’existence de l’Eglise catholique en Russie selon l’ordonnance canonique. Il s’agit, précise-t-il, d’un acte administratif normal motivé par la nécessité d’améliorer l’assistance pastorale aux catholiques présents dans cette vaste région, ainsi qu’ils l’ont demandé avec insistance».

«Les administrations apostoliques, peut-on lire, sont des structures de nature provisoire et extraordinaire, motivées par des situations particulières et destinées à se transformer naturellement en diocèses. La décision du Saint-Siège, poursuit Joaquin Navarro-Valls, ne fait rien d’autre que de d’organiser la communauté catholique de la Russie et celles présentes dans les autres parties du monde, ainsi que le prévoit le droit canonique».

Main tendue à l’Eglise orthodoxe russe

«Concrètement, explique-t-il, l’élévation au rang de diocèses est motivée par des préoccupations pastorales identiques à celles qui ont motivé les orthodoxes de Russie à créer des diocèses à part entière en dehors de leur territoire traditionnel». Le porte-parole du Saint-Siège donne alors l’exemple de l’Europe où l’Eglise orthodoxe russe a créé des diocèses à part entière à Vienne, à Berlin, à Bruxelles.

Selon nombre de spécialistes, le statut de «territoire canonique» de l’Eglise orthodoxe que le patriarcat de Moscou réclame pour les anciens territoires orthodoxes de l’URSS, qui lui seraient réservés, ne tient pas. Un haut responsable du patriarcat a ainsi déclaré que le «territoire canonique» du patriarcat était là où vivaient les fidèles orthodoxes russes.

L’Eglise orthodoxe russe s’organise librement en Occident

Ce qui vaut pour lui devrait également valoir pour l’Eglise catholique, qui doit avoir le droit d’offrir des soins pastoraux à ses fidèles dispersés – souvent déportés de force sous Staline – sur le territoire russe. A l’instar de ce que fait Moscou en Occident, l’Eglise romaine devrait pouvoir fonder librement ses paroisses et ses diocèses pour répondre aux besoins des fidèles.

Joaquin Navarro-Valls souhaite ensuite qu’avec cette nouvelle organisation l’Eglise catholique puisse «améliorer le dialogue et la collaboration avec l’Eglise orthodoxe russe» et souligne que l’Eglise catholique «n’a jamais manqué de les soutenir». Il donne ainsi l’exemple de l’organisation catholique «Aide à l’Eglise en Détresse» (AED) qui a versé «plus de 17 millions de dollars à l’Eglise orthodoxe russe au cours des 10 dernières années».

La Fédération de Russie n’a rien trouvé à redire

Le porte-parole du Vatican précise enfin que «le gouvernement de la Fédération de Russie n’a pas soulevé de problèmes à cette décision, d’autant plus qu’en qualité de membre de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), elle a souscrit au Document de Vienne qui affirme que les Etats participants respecteront le droit des communautés religieuses à s’organiser selon leur propre structure hiérarchique et institutionnelle».

Un texte intitulé «les diocèse catholiques en Russie» présente ensuite l’historique de la présence catholique en Russie et la situation actuelle. On peut y lire que la présence catholique s’est accrue au XXème siècle en raison des déportations de masse et s’élève aujourd’hui à environ 1’300’000 fidèles. «L’accroissement du nombre de catholiques, est-il écrit, n’est pas le fruit d’un passage de l’Eglise orthodoxe à l’Eglise catholique».

Récusant ainsi le «prosélytisme», «basé sur une lecture des faits non appropriée et partielle», le Saint-Siège tient à préciser que «les nouveaux catholiques proviennent plutôt de milieux éloignés de toute religion. Ces derniers entrent en contact avec l’Eglise catholique, demandent à être baptisés et à en faire partie». «On ne peut, poursuit le Saint-Siège, considérer comme équivalent, ainsi que l’affirment certains, le phénomène du prosélytisme et l’obligation missionnaire de l’Eglise».

Signalant ensuite que la Russie «peut tirer des bénéfices de la présence sur son territoire de communautés catholiques numériquement modestes, mais religieusement motivées», le Saint-Siège précise que ces communautés n’ont «nullement l’intention ­ et ne seraient pas en mesure ­ de transformer l’identité culturelle d’un pays traditionnellement orthodoxe». (apic/imed/tass/be)

11 février 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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