A nouveau des reproches de prosélytisme
Russie: Alexis II attend un changement radical des catholiques envers son Eglise
Moscou, 27 août 2004 (Apic) Alexis II, le patriarche de l’Eglise orthodoxe de Moscou et de toutes les Russies, continue de reprocher à l’Eglise catholique son «prosélytisme» et en attend un changement radical d’attitude. C’est ce qu’il a affirmé dans un long entretien publié le 27 août par Il Corriere della Sera, où il aborde l’état des religions, notamment chrétiennes, en Europe et en Russie.
Une délégation du Saint-Siège dirigée par le cardinal Walter Kasper, le président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, est arrivée le 27 août à Moscou afin de remettre le lendemain à Alexis II l’icône de Kazan.
«Nous attendons que l’Eglise catholique romaine change radicalement sa politique envers les orthodoxes et qu’elle cesse ses actions préméditées peu amicales», a lancé celui qui est à la tête de l’Eglise orthodoxe russe depuis 1990. «C’est seulement à ces conditions que la plénitude du dialogue orthodoxe-catholique est possible», a-t-il poursuivi, soulignant que son Eglise y était, par essence, «ouverte et prête».
De son vrai nom Alekseij Mikhailovich Ridiger, Alexis II s’est dit auparavant convaincu qu’il était «nécessaire de rejeter au plus vite le prosélytisme qui n’est autre qu’une poursuite indécente d’avantages momentanés, dommageable pour la vérité et la bonne nouvelle du Christ». «Malheureusement, nous rencontrons assez souvent cette attitude dans le clergé et chez des moines catholiques qui oeuvrent sur le territoire russe et sur celui de la Communauté des Etats indépendants (CEI)», a-t-il encore ajouté. De façon générale, l’Eglise orthodoxe russe reproche aux catholiques leur «prosélytisme», notamment depuis l’érection des quatre diocèses en 2002.
Prosélytisme des communautés protestantes
Le patriarche orthodoxe, âgé de 75 ans et qui souffre de problèmes cardiaques, a également dénoncé le «prosélytisme déchaîné de beaucoup de communautés protestantes sur le territoire de l’Eglise orthodoxe russe», ainsi que leur perte – «pour une part notable» – des valeurs chrétiennes, manifestée par leur approbation de l’avortement, du divorce, du mariage homosexuel et de l’ordination de prêtres homosexuels.
Alexis II a en outre regretté «la division du monde chrétien», qu’il a qualifiée de «profondément tragique». Son résultat en est «l’appauvrissement de l’amour, l’inimitié, une méfiance réciproque», a-t-il expliqué.
Pour la plus haute autorité orthodoxe russe, «il est plus que jamais nécessaire aujourd’hui que toutes les Eglises traditionnelles rassemblent leurs efforts pour témoigner du Christ au monde». Pour lui, la réponse des chrétiens aux défis du monde moderne ne pourra être «efficace et convaincante» qu’au moment «où la coopération entre nous sera réalisée avec un esprit d’amour et de respect fraternel réciproque», principe devant être à la base solide des rapports interconfessionnels.
Cohabitation pacifique des orthodoxes avec les musulmans
Interrogé par ailleurs sur une possibilité de dialogue pacifique entre le christianisme et l’islam, Alexis II a répondu que cela «ne suscitait aucun doute dans l’Eglise orthodoxe». «Je pense que notre expérience de coexistence pacifique pourrait être utile au monde entier, et que l’Eglise orthodoxe russe serait heureuse de partager cette expérience positive», a-t-il déclaré, rappelant qu’au cours des siècles les orthodoxes en Russie avaient su vivre pacifiquement avec les musulmans.
Alexis II a davantage mis en garde contre les idéologies en contradiction avec la religiosité, avec et entre lesquelles «il est plus difficile de trouver une entente, qu’avec les religions traditionnelles».
Une délégation composée de différents représentants du Saint-Siège remettra le 28 août à l’Eglise orthodoxe l’icône de Kazan, icône dite miraculeuse et à la longue histoire, détenue depuis 1993 par Jean Paul II. «Cette image a de la valeur pour les prières qu’elle a reçues: de générations d’orthodoxes, de fidèles qui se sont recueillis devant elle à Fatima, de celles du pape», a déclaré le patriarche de l’Eglise orthodoxe, malgré le fait que l’icône soit une copie de l’originale.
Après avoir été vénérée ces derniers jours par le pape et par les fidèles au Vatican, l’icône sera transmise aux orthodoxes à l’occasion de la fête mariale orthodoxe de la Dormition de la Vierge, le 28 août 2004. (apic/imedia/bb)




