Tentative d’empêcher l’expansion du catholicisme en Russie
Russie: Eglise orthodoxe russe et nationalistes unis contre la venue du pape en Ukraine
Moscou, 15 mai 2001 (APIC) D’importants secteurs de l’Eglise orthodoxe russe ont rejoint le courant ultranationaliste de Vladimir Jirinovski pour s’opposer à la visite du pape Jean Paul II en Ukraine fin juin prochain. Jirinovski a manifesté à plusieurs reprises son inquiétude concernant «l’expansion du catholicisme’’ en Russie.
C’est dans une ambiance «patriotique» que le chef du Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR) a convoqué samedi dernier une marche de protestation contre la visite du pape dans l’artère principale de Moscou menant au Kremlin. Un millier de personnes ont répondu à l’appel du leader nationaliste et la marche bénéficiait de l’aval de l’Eglise orthodoxe russe. Unis par la menace commune – le fantôme de la renaissance de l’Eglise catholique sur le «territoire canonique» et historique de l’Eglise orthodoxe – , des membres du secteur conservateur du clergé orthodoxe, des Cosaques et des laïcs orthodoxes ont suivi Vladimir Jirinovski. Le politicien ultranationaliste est l’un des vice-présidents du parlement.
Le leader d’extrême droite est intervenu récemment à la Douma, la chambre basse du parlement russe, pour demander au gouvernement russe d’étudier les moyens de mettre un terme à l’expansion catholique dans l’ancienne Union soviétique. Jirinovski s’est dit inquiet en particulier pour l’Ukraine, où l’on assiste depuis la chute du communisme à la renaissance de l’Eglise gréco-catholique ukrainienne. L’Eglise catholique de rite byzantin, dite uniate, avait été dissoute par Staline et intégrée de force dans l’Eglise orthodoxe russe en 1946. Certains manifestants ont vivement dénoncé l’Eglise catholique, une institution qualifiée d’instrument politique aux mains des gouvernements occidentaux pour fomenter dans l’ex-URSS des troubles ethniques comme en Yougoslavie.
Le fantôme du catholicisme et le spectre yougoslave
«Si le pape vient, il y aura davantage de sang versé’’, estime le Père Stefan, un moine orthodoxe russe. Invoquant le spectre yougoslave, le moine considère que «le pire genre de guerre est la guerre religieuse». Le Père Stefan affirme que l’éclatement du cadre religieux depuis 1991 et l’arrivée de nouveaux courants depuis la fin de l’URSS relèvent de la sécurité nationale russe: cette invasion «fait partie d’un plan général de l’Occident visant la domination économique, spirituelle et politique’’ de la Russie.
Au début de l’année, les responsables de l’Eglise orthodoxe russe en Ukraine ont écrit au Vatican pour demander d’annuler la visite de Jean Paul II. Ils craignent notamment que le pape rencontre – leur donnant ainsi une légitimité qu’ils n’ont pas – les leaders de deux autres Eglises orthodoxes ukrainiennes rivales de l’Eglise orthodoxe russe et non reconnues canoniquement par les autres Eglises orthodoxes. (apic/cns/be)



