Bien loin de la conception traditionnelle de cette période
Russie: Fêtes gastronomiques et concours de cuisine pendant le jeûne du Carême
Moscou, 6 avril 2007 (Apic) L’observance du Grand Carême, la période de jeûne et de réflexion spirituelle qui précède la Semaine Sainte et Pâques, est devenue un élément important dans la vie de la Russie post-soviétique et se manifeste parfois sous des formes qui peuvent paraître bien éloignées de la conception traditionnelle de cette période de quarante jours.
Il y a plusieurs années, un nouveau biscuit de Carême, sans matière animale, est apparu sur le marché. Sur le papier d’emballage étaient représentés une très ancienne église ainsi que le logo de la société qui le fabrique: l’usine de biscuits Bolchevik, maintenant propriété de Danone, la multinationale alimentaire basée en France.
Même s’il peut paraître étrange qu’une société portant le nom du parti responsable de l’assassinat et de la persécution de millions de croyants et de la destruction de milliers d’églises ait décidé d’investir dans la cause du Carême, il n’en demeure pas moins que la pratique du jeûne est solidement établie en Russie.
Dans la Russie des tsars, les théâtres fermaient pendant le Carême, exception faite des représentations à caractère religieux, et le jeûne était strictement observé tandis que la plupart des produits carnés et laitiers étaient retirés des magasins.
«La société moderne est différente», a confié à l’Agence oecuménique ENI le Père Sergei Zvonaryov, du département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou. «Elle n’est pas prête à faire de tels sacrifices. L’Eglise aide ceux qui sont prêts, pour qu’ils trouvent leur voie dans la société. Ils sont capables de faire abstinence».
A Anapa, une station balnéaire au bord de la Mer Noire dans le sud de la Russie, des chefs de restaurants et de complexes hôteliers se sont réunis le 20 mars pour un concours de recettes de Carême qui a lieu chaque année sur le thème «Jeûnons agréablement!» Un porte-parole de la ville a déclaré à l’agence de presse Regnum que la manifestation attirait «un grand nombre d’amateurs de produits diététiques».
On trouve partout des offres spéciales pour faire Carême: que ce soit dans les compagnies aériennes russes comme Aéroflot et Ural Airlines, dans les voitures-restaurants des chemins de fer russe où les passagers peuvent dîner de pommes de terre bouillies accompagnées d’oignons et de champignons, ou encore dans les salles à manger de la Douma et du Kremlin.
Pour les magazines tendance et les revues féminines, le Carême est une excellente occasion de perdre du poids.
Les pommes de terre, les oignons et les champignons sont les aliments de base de la cuisine russe, mais de nombreux restaurants moscovites à la mode rivalisent d’ingéniosité pour proposer de savoureux menus de Carême. Parmi les plats figurent des salades de fruits de mer avec poulpes et calamars. «Les truffes font aussi partie du Carême!» peut-on lire sur une publicité pour un restaurant italien, Da Giacomo.
Loin du compte
«Les clients ont plutôt l’impression de se trouver au milieu d’une fête gastronomique et nullement dans la cellule d’un moine», a fait remarquer Anna Karmanova, critique gastronomique de Kommersant, un quotidien économique, à propos de la manière d’observer le Carême dans les restaurants.
D’après une enquête du centre Levada, réalisée en février peu avant le début du Carême, pas plus de 2 % des Russes ont l’intention d’observer un jeune strict pendant toute la durée du Carême, 15 % seulement une partie du Carême et 2 % encore entendent suivre un jeune strict pendant la Semaine Sainte.
Pour l’Eglise orthodoxe russe, un jeune strict implique que l’on observe les règles monastiques en s’abstenant de consommer de la viande et des produits laitiers, la plupart des fruits de mer pour et même des huiles. Pour faire pénitence, certaines personnes ne font qu’un seul repas par jour. Une petite quantité de vin est permise le dimanche et certains jours de vacances, mais la vodka ne l’est pas. (apic/eni/pr)



