Le Métropolite Kirill dresse un l’état des lieux de son Eglise

Russie: L’Eglise orthodoxe à la recherche de son identité

Bose, 24 septembre 1999 (APIC) Présent au 7e Congrès Oecuménique, réuni au monastère oecuménique de Bose, en Italie, le métropolite Kirill, no 2 dans la hiérarchie de l’Eglise orthodoxe russe, a dressé un état des lieux – mitigé – de son Eglise et de la Russie, au terme du 7e Congrès œcuménique tenu récemment au monastère œcuménique de Bose, en Italie. Il estime notamment qu’en 1992, son Eglise aurait pu avoir la majorité à la Douma, grâce à tous les popes à qui on avait demandé d’être candidats. «Nous avons cependant choisi de nous retirer de tout engagement politique», affirme-t-il, avant de relever que la crise qui se vit aujourd’hui n’est pas une crise de l’Eglise, mais une crise de la civilisation chrétienne.

Métropolite de Smolensk et de Kalingrad, ainsi que «ministre des Affaires étrangères» du Patriarche de Moscou, Alexis II, Kirill est bien conscient que «beaucoup de chrétiens en Russie n’acceptent pas une situation équilibrée», et sont au contraire «attirés par les extrêmes», des ultra-conservateurs jusqu’aux libéraux les plus radicaux. «Nous sommes, dit-il, dans un temps de transition et de mouvement», qui est loin d’être «un modèle idéal».

Les propos de Kirill sont confirmés par les brutales flambées de violence qui affectent la Russie et par l’ambiance délétère qui menace l’état moral de la société russe. Bien que n’ayant pas fait référence aux récents attentats à la bombe qui ont été perpétrés dans son pays, le métropolite a été très clair sur les responsabilités, notamment d’ordre civique, des chrétiens. «L’Eglise, en Russie, a le devoir de sauver le peuple russe, a-t-il déclaré. Elle doit insuffler une dynamique évangélique dans la vie privée de chaque citoyen aussi bien que dans la vie civile de la nation elle-même. Aujourd’hui, nous avons en Russie un grand nombre de croyants, de pratiquants scrupuleux, mais qui ne comprennent même pas quand on leur parle de la relation qu’il peut y avoir entre leur foi et leur vie quotidienne dans la cité».

«Nous souhaitons un renouveau de la foi chez les Russes, car nous sommes convaincus que c’est ainsi que l’on pourra reconstruire très concrètement des relations qui permettront à la société de se forger une identité propre respectée, de se développer économiquement, et d’avoir un rôle pacificateur dans le monde», poursuit Kirill. Dans cette optique, les responsables de l’Eglise russe prennent comme référence la «doctrine sociale» de l’Eglise catholique, dont une version orthodoxe, «élaborée sur la base d’une expérience de plusieurs années», sera présentée en l’an 2000. De plus, l’Eglise russe a renoncé à tout pouvoir politique. «En 1992, commente Kirill, nous aurions pu avoir la majorité à la Douma, grâce à tous les popes à qui on avait demandé d’être candidats ; mais nous avons choisi de nous retirer de tout engagement politique car, pour pouvoir critiquer le pouvoir, nous ne devons pas y avoir d’intérêts personnels».

La dynamique chrétienne n’est plus que qu’elle était

L’avenir des chrétiens en Russie n’est pas un problème de moyens: «Depuis dix ans, nous sommes témoins de changements radicaux dans la vie ecclésiale. Nous avons rouvert des milliers d’églises et des centaines de monastères; nous avons au moins cent leaders religieux et des douzaines d’instituts de formation théologique. Matériellement, nous avons tout ce dont nous ne pouvions même pas rêver avoir au moment du millénaire de la Russie. Bien sûr, il manque toujours des lieux de culte, mais s’il y en avait deux fois plus, ils seraient vides, comme en Europe. Bien sûr, nous pourrions ouvrir une télévision orthodoxe, mais personne ne la regarderait».

Ce n’est donc pas cela que l’Eglise russe appelle «renouveau religieux». Pour Kirill, l’enjeu est dans une médiation efficace entre la tradition culturelle et religieuse russe et des modèles modernes de civilisations qui n’ont plus rien de chrétien. Et d’expliquer: «La tragédie du chrétien aujourd’hui – et il faut être aveugle pour ne pas voir que les valeurs sont corrompues aussi bien à l’Ouest qu’à l’Est – n’est pas dans la perte d’une quelconque influence politique ou économique de l’Eglise, mais dans le fait que la dynamique chrétienne n’est plus un facteur déterminant dans la vie des gens. La crise n’est pas une crise de l’Eglise, mais une crise de la civilisation chrétienne».

Kirill met en garde: «Par l’effroyable expérience sanglante de nos martyrs, nous pouvons affirmer haut et clair que, sans la foi, aucune civilisation humaine ne peut survivre. L’Eglise orthodoxe a toujours été sous le contrôle du gouvernement. Et maintenant, pour la première fois dans son histoire millénaire, elle peut construire des relations avec l’Etat, sur une autre base. Ce qu’il faut, c’est un équilibre entre ceux qui voudraient un retour à une «Eglise nationale et les démocrates à outrance pour qui l’Orthodoxie n’est qu’une religion parmi d’autres. Mais, surtout, nous ne voulons pas nous replier sur nous-mêmes, mais être témoins dans le monde, en offrant nos souffrances et en nous battant pour l’Evangile. Nous voulons être de dignes hééritiers des milliers d’orthodoxes anonymes, martyrs du communisme, qui ont été tués dans des caves comme criminels politiques, sans que personne ne se doute de leur héroïsme». (apic/zn/pr)

24 septembre 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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