Catholiques et protestants dans la mire des communistes-patriotes

Russie: L’Eglise orthodoxe russe travaillée par un dangereux courant fondamentaliste

Paris/Moscou, 6 octobre 1998 (APIC) L’Eglise orthodoxe russe est depuis un certain temps la cible d’un dangereux courant fondamentaliste, dont les «composantes obligatoires sont la haine du protestantisme et surtout du catholicisme». Ce mouvement prétend défendre en Russie une «orthodoxie pure» sous la forme d’»un mélange de nationalisme et d’isolationnisme religieux teinté d’un sentiment de supériorité de l’orthodoxie», dénonce Eugène Komarov, ancien rédacteur en chef du «Journal Moskovskoï Patriarkhii», la revue officielle du patriarcat de Moscou.

Ce mouvement ultranationaliste, qui adhère dans le domaine politique aux slogans «rouges-bruns véhiculés par l’alliance communistes-patriotes», mène la chasse aux ennemis et aux traîtres à l’intérieur même de l’orthodoxie, affirme le journaliste russe, dont les propos sont rapportés dans la dernière édition du Service orthodoxe de presse (SOP) à Paris.

Eugène Komarov, bon connaisseur de l’Eglise russe, rapporte dans le journal russe «Novye Izvestija» qu’un évêque orthodoxe russe a été agressé l’été dernier par des «fondamentalistes orthodoxes» dans sa résidence de Tchéliabinsk, une ville du Sud de l’Oural. Les agresseurs lui reprocheraient des «prises de position pas assez conservatrices à leur yeux», même s’il est loin de faire figure de «réformateur», affirme Eugène Komarov.

La courroie de transmission des fondamentalistes: l’association moscovite «Radonège»

Le journaliste russe affirme que la principale courroie de transmission de cette idéologie «à caractère nationaliste et fondamentaliste» est l’association moscovite «Radonège», créée 1992 à des fins éducatives et culturelles, mais qui cherche depuis à jouer un rôle plus politique. Cette organisation dispose d’appuis, tant parmi le clergé qu’en dehors de l’Eglise, et elle exerce une forte pression sur la hiérarchie ecclésiale, en prétendant exprimer l’opinion du peuple des croyants par le biais de la revue «Radonège» et de la station de radio du même nom.

Le Service orthodoxe de presse note par ailleurs que plusieurs prêtres moscovites, connus pour leur ouverture et leur engagement œcuménique, ont été relevé de leurs fonctions durant l’été: le Père Ignace Krekchine a été relevé de ses fonctions de supérieur du monastère de Bobrenevo, près de Kolomna, à 80 kilomètres au sud-est de Moscou. Le Père Krekchine avait déjà été relevé précédemment de ses fonctions au séminaire de théologie de Kolomna, où il enseignait depuis sept ans, ainsi qu’à la commission synodale chargée des canonisations et à la commission théologique synodale (ancienne commission pour l’unité des chrétiens), dont il était membre.

Deux autres membres de la communauté de Bobrenevo, le père Ambroise et le père Dimitri, ont également été mis «en disponibilité», au début du mois d’août, a-t-on appris de sources bien informées. Par ailleurs, un autre prêtre, le père Martyre Baguine, recteur de la paroisse de Tous-les-Saints, à Moscou, a été lui aussi relevé de ses fonctions, le 8 juillet, par décision de l’archevêque Arsen d’Istra, auxiliaire patriarcal, chargé du clergé de la ville. Là encore, sous couvert de problèmes administratifs, il est reproché au père Baguine de faire preuve d’un esprit d’ouverture et d’initiative pastorale dans une paroisse jeune, située en plein centre ville et qui est connue pour ses actions dans le domaine de la bienfaisance et de l’aide médicale.

’»Activités schismatiques» et autodafés

Une polémique s’est en outre développée en Russie à la suite de la destruction de livres de plusieurs théologiens orthodoxes contemporains, brûlés au collège ecclésiastique d’Ekaterinbourg (Oural) en mai dernier, sur ordre de l’ordinaire du lieu, l’évêque Nikon (Mironov). Un prêtre de la ville, le père Oleg Vokhmianine, a également été interdit a divinis en raison de son refus de «mettre un terme à la diffusion des dangereux égarements hérétiques» contenus dans les ouvrages des auteurs incriminés, les Pères Alexandre Men, Alexandre Schmemann et Jean Meyendorff. L’absence de toute réaction officielle de la part du patriarcat de Moscou suscite une réelle émotion au sein de l’Eglise russe.

Sus aux «hérétiques»

Si les opinions du Père Alexandre Men, un témoin inébranlable de l’Evangile au sein de la société soviétique, assassiné en 1990, ont parfois été controversées en raison d’une trop grande ouverture œcuménique, les deux autres théologiens, les Pères Schmemann et Meyendorff sont considérés comme les meilleurs représentants de la pensée théologique orthodoxe dans la seconde moitié du 20e siècle, relève le SOP. Leurs livres, après avoir été longtemps interdits en Russie à l’époque soviétique, sont aujourd’hui largement diffusés dans le pays, bien qu’acceptés avec réserve dans certains milieux théologiques. Des accusations d’hérésie paraissent cependant d’autant plus inexplicables que le patriarche Alexis II lui-même a souvent exprimé son admiration pour ces deux théologiens. (apic/sop/be)

27 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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