Toujours discriminatoire pour les non orthodoxes
Russie: La Douma approuve la nouvelle mouture de la loi sur la liberté religieuse
Moscou, 19 septembre 1997 (APIC) La Douma, la chambre basse du Parlement russe, a adopté vendredi par 358 voix contre 6 la nouvelle mouture de la loi controversée sur la liberté religieuse en Russie. Même si elle s’attendait à ce résultat et y était préparée, l’Eglise catholique s’attend à faire face à de nouvelles difficultés, estimant que la nouvelle loi est «un grand pas en arrière» par rapport à la législation actuelle datant de 1990.
Suite aux protestations des Eglises non orthodoxes présentes sur sol russe depuis des générations et aux multiples réactions internationales – du président américain Bill Clinton au pape Jean Paul II -, le président Eltsine avait opposé le 22 juillet son veto à une première version votée par la Douma en juin dernier. Il lui a proposé des amendements début septembre. Le compromis voté vendredi contient pourtant toujours des points discriminatoires, a déclaré vendredi à l’APIC un proche collaborateur de Mgr Tadeusz Kondrusiewicz, administrateur de la Russie d’Europe.
Un recul de la liberté religieuse
«Notre position n’a pas changé depuis le début de septembre, nous considérons toujours qu’elle contient des dispositions discriminatoires; certains amendements apportés n’arrangent rien, bien au contraire», a précisé à l’APIC ce prêtre vivant à Moscou. Ce responsable catholique attend cependant de voir comment les nouvelles dispositions seront mises en œuvre au niveau local avant de se prononcer définitivement. Il relève cependant que la tendance est au durcissement depuis un moment déjà, notamment en ce qui concerne l’octroi de visas pour les prêtres étrangers, qui ne sont plus accordés que pour trois mois, pas toujours renouvelables. «Nous n’avons pas le choix, mais je ne suis pas très optimiste pour le futur. De toute façon, l’Eglise catholique survivra».
La déception et la crainte de difficultés accrues ne proviennent pas seulement du côté catholique. Trois confessions protestantes présentes en Russie – les baptistes, les pentecôtistes et les adventistes – avaient également retiré leur accord sur le projet de compromis.
Les membres d’une commission de conciliation ont déclaré en début de semaine que le texte contient toujours des points qui discriminent les religions non orthodoxes et qui contreviennent à la Constitution de la Fédération de Russie et aux traités internationaux garantissant la liberté religieuse et signés par la Russie.
L’Eglise catholique survivra
Même si la nouvelle loi sur les organisations religieuses va causer des difficultés considérables à l’Eglise catholique, l’archevêque Kondrusiewicz, qui réside à Moscou, veut garder confiance: «Quoi qu’il arrive, nous resterons, car la présence catholique en Russie est attestée depuis plusieurs siècles». Dans une interview accordée vendredi à un correspondant de l’APIC, l’administrateur apostolique de la Russie d’Europe a déploré les multiples obstacles mis sur le chemin des catholiques de la part des autorités russe, mais également de la part de l’Eglise orthodoxe.
A cet égard, Mgr Kondrusiewicz réfute les accusations de prosélytisme régulièrement adressées à l’Eglise catholique: «C’est un reproche sans aucun fondement. Il n’y a pratiquement aucune conversion d’un chrétien orthodoxe à l’Eglise catholique. Nous avons les mêmes sacrements, il n’y a donc aucune raison de se convertir. Derrière ce reproche, il y a la thèse fondamentale selon laquelle, quand on est russe, on doit être automatiquement orthodoxe. Je dois cependant laisser la liberté de conscience à un non baptisé, il doit pouvoir décider lui-même à quelle Eglise il veut appartenir».
Une hostilité persistante de la part des orthodoxes
Pour l’administrateur apostolique de la Russie d’Europe, l’une des tâches prioritaires est de faire progresser l’œcuménisme entre catholiques et orthodoxes. Ce n’est cependant pas facile d’être catholique dans la société russe, quand, en se déclarant tel, on se heurte immédiatement à l’incompréhension totale de la part des autorités. Cette ignorance, parfois feinte, ne vient pas de nulle part. En août dernier, le patriarche de Moscou, Alexis II, ne se demandait-il pas dans un grand quotidien russe où étaient les preuves historiques d’une présence catholique en Russie? Sa réponse était révélatrice: ces preuves n’existent qu’à Moscou et parmi les diplomates.
Aujourd’hui, il s’agit également pour Mgr Kondrusiewicz de préserver la position de l’Eglise catholique dans la société russe. A ce propos, il se déclare confiant: son ministère est désormais reconnu par le monde politique; il est invité aux grands événements de la vie publique, comme le 850ème anniversaire de la ville de Moscou. Malgré le fait que sur les 106 prêtres de son administration, seuls 6 ont le passeport russe – et que depuis un an les prêtres étrangers ne reçoivent plus que des visas d’une durée de trois mois -, l’Eglise catholique en Russie se développe.
Bientôt un clergé autochtone
Certes, le manque de littérature religieuse en langue russe est flagrant, les catéchistes, les religieuses et les prêtres sont trop peu nombreux, c’est un fait. Mais d’un autre côté, les catholiques possèdent depuis 1993 leur propre séminaire à Saint-Pétersbourg, où une cinquantaine de séminaristes se préparent à la prêtrise. En 1999, quatre séminaristes russes, les premiers depuis la Révolution d’Octobre !, seront ordonnés prêtres. Et les responsables de la petite commune catholique de remarquer qu’avec la constitution d’un clergé autochtone, l’Eglise catholique en Russie sera moins tributaire des humeurs de l’administration et des aléas de la politique. (apic/kna/be)



