ENI-94-0097çF

RUSSIE: LA RESTITUTION DES BIENS D’EGLISES PROVOQUE DES TENSIONS

Moscou, le 15 décembre (ENI) – Le gouvernement de Russie est accusé de

discrimination par des Eglises minoritaires et des associations religieuses

à qui l’on ne propose la restitution que d’une vingtaine de lieux de culte

confisqués sous le régime communiste et qui devraient être redonnés aux

Eglises avant la fin de l’année prochaine.

Le mois dernier, le gouvernement russe avait publié une liste de plus de

340 biens d’Eglise devant être restitués. La plupart avaient été

transformés en salles de concerts et entrepôts après avoir été saisis ou

nationalisés sous le régime soviétique, et de grands travaux de rénovation

seront nécessaires.

Toutefois, alors que 322 lieux de culte seront restitués à l’Eglise

orthodoxe russe, qui prédomine en Russie, seulement quatorze seront

retournés aux communautés luthériennes, trois aux communautés musulmanes,

un aux communautés juives et un aux vieux-croyants.

L’Eglise catholique romaine, forte de 300 000 membres en Russie européenne,

qui possédait plus de 150 églises avant la révolution de 1917, en recevra

deux, qui s’ajouteront aux six églises et chapelles qúelle a actuellement.

Si la loi passe, elle permettra seulement aux associations religieuses

enregistrées avant octobre 1990, lorsque la loi sur la liberté de

conscience a été promulguée, de demander la restitution de locaux

confisqués sous le régime communiste. De nombreuses paroisses protestantes

et catholiques romaines n’ont été enregistrées qúaprès cette date.

Cette liste a suscité de nombreuses réactions, entre autres celle du

rédacteur du magasine protestant de l’Eglise baptiste, Vladimir

Solodovnikov; alors que les communautés protestantes avaient accueilli

«positivement» le principe de la restitution des églises, a-t-il déclaré au

correspondant d’ENI, cette dernière proposition est loin de répondre aux

besoins et demandes.

«L’attitude du gouvernement et du parlement russes face aux demandes des

confessions protestantes correspond en général à la législation actuelle

sur les relations entre l’Etat et les associations religieuses», a souligné

V. Solodovnikov.

«Toutefois, le nombre de biens qui seront restitués est trop insuffisant,

et ne permettra pas de remédier au manque de locaux auquel doivent faire

face les baptistes et les autres Eglises protestantes.»

Les baptistes pratiquants seraient environ 90 000 en Russie, répartis en

plus de 1 000 groupes locaux. Il y a deux paroisses réformées enregistrées,

à Moscou et à Tver. L’Eglise évangélique luthérienne de Russie et des

autres Etats compte environ 20 paroisses dans diverses régions du pays.

Une banque privée, ouverte par l’Eglise orthodoxe l’an dernier pour

financer la rénovation des locaux qui avaient été fermés sous le régime

communiste, aurait, selon un rapport paru en juillet 1993, plus de 30

millions de dollars EU de fonds, pour la plupart donnés par des financiers

orthodoxes de Grèce, de Chypre, et des Etats Unis.

Dans une déclaration publiée à l’issue de la réunion du Conseil des évêques

à Moscou au début décembre, l’Eglise orthodoxe russe a déclaré qúelle

«n’insistera pas pour obtenir la restitution de tous les biens» confisqués

depuis la révolution, reconnaissant qú»une telle insistance pourrait

provoquer des tensions sociales».

Cependant, elle a réitéré sa demande de restitution de «tous les lieux

saints, églises, objets et biens indispensables aux diocèses, monastères,

paroisses et autres institutions pour leurs oeuvres charitables et sociales

et leurs activités éducatives». (543 mots)

15 décembre 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
Partagez!