Tensions programmées avec l’Eglise orthodoxe russe
Russie: Les administrations apostoliques vont être transformées en diocèses
Rome/Moscou, 8 février 2002 (APIC) Les relations entre l’Eglise orthodoxe russe et le Vatican risquent de se tendre à nouveau. Le Saint-Siège a en effet l’intention de transformer les administrations apostoliques de la Fédération de Russie en véritables diocèses. Une telle transformation des structures catholiques dans un pays qui se réclame souvent exclusivement de son héritage orthodoxe risque de provoquer des remous.
Les administrations apostoliques sont «une portion déterminée du peuple de Dieu qui, pour raisons spéciales et particulièrement graves, ne sont pas érigées en diocèses par le Souverain pontife». L’administrateur apostolique, qui a les responsabilités d’un «ordinaire», gouverne ce territoire au nom du pape. Dans la Fédération de Russie, on compte 4 administrations apostoliques: Russie européenne septentrionale (siège à Moscou), Russie européenne méridionale (Saratov), Sibérie occidentale (Novosibirsk) et Sibérie orientale (Irkoutsk).
A quelques jours de la visite à Moscou du cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’Unité des chrétiens, les 21 et 22 février, cette stabilisation de la structure ecclésiale catholique va à l’encontre des souhaits de l’Eglise orthodoxe russe. Elle risque de provoquer des tensions dans les relations ?cuméniques.
Une décision prise il y a déjà longtemps
A Rome, dans les milieux diplomatiques, on se dit «extrêmement déçu» de cette décision qui réduit à néant les espérances de normalisation, placées dans la visite du cardinal Kasper. Mais au Vatican, on fait remarquer que ce voyage tombe très bien et permettra au contraire de discuter de cette restructuration sur laquelle l’Eglise catholique travaille depuis longtemps.
Lorsque le nonce apostolique auprès de la Fédération de Russie à Moscou, Mgr Giorgio Zur, s’est rendu au Patriarcat de Moscou pour présenter la situation, il aurait été reçu très froidement. Les agences de presse russes ont révélé cette nouvelle de la modification des structures ecclésiales le 6 février.
Au Vatican, l’information est confirmée. On affirme que les 4 administrations apostoliques, créées pour les deux premières en avril 1991 et les deux autres en mai et novembre 1999, sont des situation provisoires. En effet, l’administration apostolique est une région administrative de l’Eglise catholique, moins «complète» qu’un diocèse et créée lorsque la situation locale le nécessite, pour des raisons de relations difficiles avec les autres Eglises ou religions, ou avec l’Etat.
Les sources vaticanes précisent que les administrateurs apostoliques russes, la Congrégation pour les évêques et la Secrétairerie d’Etat, travaillent depuis longtemps sur cette évolution destinée à améliorer le fonctionnement de l’Eglise locale et à faciliter la vie ecclésiale des fidèles catholiques. La publication de cette restructuration semble sur le point de se faire et déjà de vives réactions se font entendre de la part de l’Eglise orthodoxe russe. Cette dernière encourage en ce moment fortement un projet législatif sur les religions traditionnelles, dont l’une des applications sera de limiter les activités de l’Eglise catholique.
Moment inopportun, selon les milieux diplomatiques
A Rome, les milieux diplomatiques se disent «extrêmement déçus» par cette décision qui «ruine les espérances» liées à la visite du cardinal Kasper et l’on ne comprend pas pourquoi cette décision à été prise à ce moment là. Depuis quelques mois, des signes de normalisation dans les relations étaient perceptibles et la venue à Assise de trois représentants du patriarcat de Moscou a été appréciée de part et d’autre. Le Patriarcat de Moscou avait ensuite clairement manifesté son souhait que la visite du président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens puisse stabiliser la situation.
Face à cette déception, le Vatican fait remarquer, au contraire, que la visite du cardinal Kasper tombe très bien. Si on ne parle pas explicitement de «hasard du calendrier», on souligne que cette rencontre «providentielle» va sans doute permettre de discuter en profondeur de ce sujet qui devait, de toute manière, être abordé un jour ou l’autre. La venue du cardinal Kasper à Moscou se déroule dans le cadre des consultations régulières bilatérales entre la Fédération de Russie et le Saint-Siège. Le cardinal Kasper est déjà allé à Moscou dans ce cadre, du 23 au 25 novembre 1999 et du 12 au 14 juin 2000. Il était alors secrétaire du Conseil pontifical dont il est aujourd’hui président.
Le cardinal Kasper avait par ailleurs rencontré la patriarche de Moscou, Alexis II, lors des célébrations du 1700ème anniversaire de l’Eglise arménienne, le 23 septembre 2001 à Erevan. Autre sujet que va pouvoir aborder le cardinal Kasper, celui des catholiques de rite byzantin en Ukraine. En effet, les orthodoxes de Russie se sont clairement exprimé contre la création récente elle a été approuvée par Jean Paul II le 11 janvier d’un nouvel exarchat situé en Ukraine, celui de Donetsk-Kharkiv. C’est le Père rédemptoriste Stepan Meniok, qui a été placé à la tête de ce diocèse catholique de rite oriental par le Synode des évêques grecs catholiques d’Ukraine.
Projet de transfert du siège des grecs-catholiques de Lviv à Kiev
De plus, le cardinal Lubomyr Husar, archevêque majeur de Lviv des Ukrainiens grecs catholiques a manifesté le désir de déménager le siège des grecs catholiques ukrainiens de Lviv, situé à l’Ouest du pays, région traditionnellement catholique, à Kiev, situé à l’Est, une région à forte majorité orthodoxe. (apic/imedia/be)




