La charité sans la vérité est une comédie

Russie: Mgr Kondrusiewicz demande à Moscou de discuter dans la vérité

Moscou, 30 avril 2002 (APIC) «C’est le moment de discuter dans la vérité», déclare Mgr Tadeusz Kondrusiewicz, archevêque de Russie,de passage à Rome. Le prélat a commenté les récentes mesures d’expulsion du Père Caprio et de Mgr Mazur, ainsi que les rapports avec l’Eglise orthodoxe et l’Etat.

«Nous devons finalement commencer le dialogue entre les Eglises, car la charité sans la vérité est une comédie». C’est ce qu’a déclaré Mgr Tadeusz Kondrusiewicz lors d’un entretien avec l’agence de presse vaticane Fides. Le prélat est actuellement à Rome pour la présentation du premier volume de l’Encyclopédie Catholique russe. L’archevêque de Moscou a constaté un déchaînement d’agressivité contre l’Eglise catholique, notamment de la part des politiciens nationalistes, après l’érection par le Vatican de quatre diocèses en Russie.

Q: Les mesures d’expulsion prises à l’égard de Mgr Jerzy Mazur et du prêtre Stefano Caprio, montrent que quelque chose est en train de changer dans les rapports entre l’Eglise catholique en Russie et l’Etat, mais aussi dans les rapports avec l’Eglise orthodoxe russe.

Mgr T.K.: Toute cette situation après l’élévation des administrations apostoliques au rang de diocèses est pour nous en Russie un moment de vérité, «pour que soient révélées les pensées de nombreux coeurs». J’ai parlé avec le cardinal Walter Kasper, président du Conseil Pontifical pour l’Unité des Chrétiens. Il a souligné que, dans la spiritualité de l’oecuménisme, il ne peut manquer la «caritas in veritate», la charité dans la vérité. La charité sans la vérité est finie. Nous devons donc agir dans la vérité dans les relations entre les Eglises. Je n’ai jamais rien dit contre l’Eglise orthodoxe russe, et je veux pas le faire aujourd’hui. Mais nous devons commencer le dialogue pour définir ce qu’est le prosélytisme, où il commence et où il finit. Cela vaut pour le domaine canonique, sinon nous ne pouvons pas aller de l’avant. D’après moi, la création des diocèses aide grandement la vérité dans les rapports avec l’Etat et avec l’Eglise orthodoxe.

Le Père Caprio et Mgr Mazur ont souffert de leur expulsion. Mais ceux qui souffrent, ce sont surtout les fidèles qui sont restés sans pasteurs, des fidèles qui sont des citoyens de la Fédération de Russie. Sont-ils des citoyens de deuxième catégorie? Leurs ancêtres ont été amenés ici de force pour vivre en Sibérie ou dans d’autres parties de la Russie, d’autres y sont venus sur invitation, d’autres enfin y sont venus pour travailler il y a un siècle. Maintenant, devons-nous les déporter à nouveau? Cela équivaudrait à mettre les citoyens de la Russie hors de la Russie. Mais ce n’est pas possible! Il est question ici de droits constitutionnels.

Q: Dans le cas où les autorités voudraient expulser d’autres prêtres qui ne sont pas des citoyens russes, que se passerait-il?

Mgr T.K.: J’espère que cela ne se réalisera pas et que les prêtres étrangers ne seront pas expulsés. 85% des prêtres n’ont pas et ne peuvent pas obtenir la citoyenneté russe. Mais ils travaillent honnêtement, au service des citoyens russes, et cela, je dois le souligner. Un prêtre est contraint de passer dans les paroisses pour assurer le dimanche en plusieurs endroits distancés . Ce n’est pas comme en Europe de l’Ouest où l’on arrive en voiture en quelques minutes d’une paroisse à une autre. Ce serait un désastre si tous les prêtres étrangers étaient expulsés. On ne peut détruire l’Eglise, dont la foi a survécu aux décennies du communisme. Ce serait un véritable désastre pour la pastorale. Nous espérons que cela ne se produira pas.

Q: Comme président de la Conférence épiscopale, vous devez pourvoir à présent aux besoins du diocèse d’Irkoutsk privé de son pasteur .

Mgr T.K.: Je suis très préoccupé pour Irkoutsk, le plus grand diocèse du monde, confié à Mgr Mazur. Le Siège n’est toutefois pas empêché, c’est-à- dire que l’évêque peut continuer à gouverner le diocèse, ou bien par l’intermédiaire du vicaire général ou bien par des lettres, par des télécopies, etc. S’il en était empêché, nous agirions selon les normes canoniques. La situation, du reste, évolue rapidement. La semaine dernière, dans un entretien le patriarche Alexis II déclarait qu’il était prêt à rencontrer le pape, si cela pouvait servir à résoudre les problèmes. Auparavant il avait parlé d’une toute autre manière: «Tout d’abord, résolvons les problèmes et seulement après, peut-être, nous nous rencontrerons». J’ai dit mille fois que la rencontre sert à résoudre les problèmes. C’est donc pour moi une perspective nouvelle, positive, un changement dans l’attitude du patriarche.

L’expulsion de Mgr Mazur est survenue peu de temps après les paroles du patriarche. Ce n’est donc pas l’Eglise orthodoxe qui l’a encouragée, même si cela ne lui a pas déplu, comme l’a déclaré son porte-parole. Je voudrais toutefois citer des exemples concrets. Ces dix ou onze dernières années, quand j’ai demandé la permission de construire une église catholique ou de rentrer en possession de l’église qui existait déjà, l’administration régionale ou provinciale m’a toujours posé la question: «Et l’évêque orthodoxe, qu’en pense-t-il?» Logiquement, je me demande si nous vivons dans un pays démocratique, où tous les citoyens sont égaux, d’autant que l’Eglise catholique existait bien avant. Pourquoi l’évêque orthodoxe interviendrait-il dans ce genre d’affaire?

Q: Etant donné que le patriarcat de Moscou a admis pour la première fois la possibilité de rencontrer le pape, comment commentez-vous l’opinion du journal «Nezavisimaja Gazeta» selon lequel les expulsions auraient été faites avec un soi-disant accord du patriarche avec le Kremlin, qui veut la visite du pape Jean Paul II?

Mgr T.K.: Après le 11 février, date de la création des diocèses, la polémique s’est déchaînée. L’Eglise orthodoxe a déclaré que ce n’était pas un pas amical. Certes, chacun est libre de donner son opinion sur ce qu’il considère comme amical ou non. Dans la monde politique on a entendu des voix pour affirmer que ces diocèses étaient un danger pour la Russie. A Pskov, l’évêque orthodoxe et son conseil diocésain ont demandé directement au président Poutine d’interdire la construction de l’église catholique dans la ville. Et pourtant, l’église catholique avait été construite à Pskov en 1864, puis elle avait été enlevée aux fidèles. Il y a aussi une école, mais ils ne la rendent pas. En échange ils nous ont prêté un terrain pour en construire une nouvelle, mais les travaux ont été arrêtés. A Novosibirsk, il y a eu une manifestation anti-catholique devant notre cathédrale. Cela est interdit par la loi sur la liberté des religions, mais personne ne dit rien. A Irkoutsk, ils sont même entrés dans la cathédrale durant la cérémonie et on jeté des tracts agressifs. Et la manifestation avait reçu la permission des autorités.

Cette situation difficile est exploitée par les hommes politiques d’orientation nationaliste. La Douma veut s’occuper des diocèses catholiques, comme s’il n’y avait pas d’autres problème en Russie. Au parlement, on n’a jamais autant parlé, même de la menace des sectes. Il semble vraiment que nous soyons devenus pires que tous.

Le problème de la préfecture apostolique de Karafuto a pu être résolu. A cause d’une méprise, dans les décrets de création du diocèse, la partie méridionale de l’île de Sahalin, face au Japon, a été indiquée sous son ancien nom japonais, Karafuto. Avant la guerre entre la Russie et le Japon, l’île appartenait en effet au Japon. Cette préfecture a été désormais abolie, et l’évêque Mazur a été nommé administrateur apostolique du territoire. C’est une décision en faveur de l’Etat russe, dans la mesure où un évêque de Russie est à présent pasteur des Iles Sahalin et Cutrili. (apic/fides/bb)

30 avril 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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