Un climat de peur parmi les catholiques

Russie: Mgr Kondrusiewicz se dit inquiet de l’avenir de l’Eglise catholique en Russie

Rome, 24 avril 2002 (APIC) Le président de la Conférence épiscopale de la Fédération de Russie, Mgr Tadeusz Kondrusiewicz, révèle qu’après les dernières manifestations populaires et les mesures anticatholiques prises par des instances de l’Etat, un climat de peur se développe parmi les catholiques.

L’archevêque catholique à Moscou se dit inquiet face aux différentes manifestations d’hostilité de l’Eglise orthodoxe et des autorités russes contre l’Eglise catholique. Dimanche prochain, des militants orthodoxes ont prévu de manifester devant les églises dans diverses localités contre la présence catholique en Russie.

A l’occasion de la présentation à Rome de l’encyclopédie catholique en langue russe, l’archevêque catholique à Moscou a relevé que même si les manifestants sont une minorité, il craint une «aggravation de la situation» ces prochaines semaines. Après la présentation de l’ouvrage en présence du conseiller du Premier ministre russe et de l’ambassadeur de Russie près le Saint-Siège, Mgr Kondrusiewicz a accepté de répondre en privé aux questions des journalistes présents.

Eglise orthodoxe et nationalistes russes main dans la main

Interrogé sur la situation de l’Eglise catholique présente sur le territoire russe après la création de quatre diocèses, le 11 février dernier, le prélat a affirmé que les manifestations contre l’Eglise «se font de plus en plus nombreuses». Il a notamment cité celles prévues le 28 avril prochain dans les 30 principales villes de Russie, à l’appel de l’Eglise orthodoxe et d’un mouvement nationaliste russe.

«Même si 62% des orthodoxes russes considèrent comme un fait normal l’érection de ces quatre diocèses, il n’empêche qu’un groupe de personnes autorise ces manifestations censées être interdites par la loi», a déclaré le président de la Conférence épiscopale de Russie. «Après le retrait des visas du Père Stefano Caprio et de Mgr Jerzy Mazur, évêque d’Irkoutsk, nous sommes dans l’incertitude et nous avons peur», a-t-il ajouté, précisant avoir appelé la veille l’autre évêque catholique en Russie d’origine étrangère, Mgr Clemens Pickel ­ d’origine allemande -, lui demandant de ne pas quitter le territoire pour ne pas se faire retirer son visa.

Reconnaissance officielle

Quelques instants auparavant, l’ambassadeur de Russie auprès du Saint-Siège, Vitaly Litvin, avait parlé de la nouvelle encyclopédie comme «d’une grande contribution pour dépasser les divisions historiques». De son côté, le conseiller du Premier ministre de la Fédération de Russie, Alexander Pyzykov, est intervenu pour souligner qu’»il y a quelques années, une telle publication aurait été un acte considéré comme criminel», mais qu’à présent, «le voile qui entoure le catholicisme est en train d’être déchiré».

«La présence de ces autorités gouvernementales est le signe qu’une partie de la population russe nous soutient et désire cheminer sur la voie de la réconciliation», a expliqué Mgr Kondrusiewicz. Evoquant le prochain voyage du pape en Bulgarie, au mois de mai durant lequel Jean Paul II rencontrera le patriarche orthodoxe Maxime, le prélat a conclu en souhaitant qu’il soit l’occasion d’une ouverture du patriarcat de Moscou.

Poutine se tait

L’archevêque catholique à Moscou a déploré le fait que le président russe Vladimir Poutine s’était jusqu’à présent tu à propos de l’expulsion du Père Caprio et de l’évêque d’Irkoutsk. Il doute cependant que l’ordre d’expulsion vendredi dernier de l’évêque d’origine polonaise ait été donné par Poutine. Mgr Kondrusiewicz espère que le président russe interviendra auprès des responsables pour que cette mesure soit annulée. Mardi, les autorités russes avaient refusé toute explication concernant l’interdiction d’entrée du territoire visant Mgr Mazur. Le porte-parole du Ministère russe des Affaires étrangères, Alexander Jakovenko, a seulement fait état de «graves plaintes» contre les activités de l’évêque du diocèse de Sibérie orientale. L’ambassadeur Litvin a déclaré au correspondant de l’APIC à Rome n’avoir reçu encore aucune information concernant les raisons de l’expulsion de Mgr Mazur.

Les relations entre la Russie et le Saint-Siège sont «constructives»

L’ambassadeur russe s’est cependant dit confiant que ces problèmes pourront être surmontés et a qualifié les relations entre la Russie et le Saint-Siège de «constructives». Il a cependant reconnu qu’en ce qui concerne les relations entre l’Eglise catholique romaine et l’Eglise orthodoxe russe, il y a «des hauts et des bas».

Présent à Rome pour quelques jours, Mgr Kondrusiewicz devrait en profiter pour «faire prendre conscience de la situation de l’Eglise catholique en Russie». Il devait en particulier intervenir devant les évêques européens réunis du 24 au 28 avril. «Nous avons beaucoup parlé de la collégialité lors du dernier synode, a-t-il affirmé, mais il nous faut aussi parler maintenant de la solidarité». (apic/imedia/cic/kna/be)

24 avril 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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