A la mémoire de tous les saints de Russie
Russie: Projet de construction d’une église sur le lieu de l’assassinat des Romanov
Iekaterinbourg, 24 juillet 1998 (APIC) Le projet de construction d’une église dédiée à «tous les saints de Russie» sur les lieux même du massacre de la famille impériale par les Bolcheviks en 1918, à Iekaterinbourg, refait surface. Une semaine après l’inhumation des dépouilles mortelles du dernier tsar, Nicolas II, de son épouse et de trois de leurs cinq enfants, à Saint-Pétersbourg, le souvenir de leur mort brutale, il y a 80 ans, resurgit dans cette ville industrielle à la frontière de la Russie et de la Sibérie.
Aujourd’hui, le site est clos par un mur de béton. Il va devenir un chantier de construction. Lorsqu’ils ont transformé la maison de l’ingénieur Ipatiev en prison pour la famille impériale, en 1918, les bolcheviks l’ont entourée d’une palissade de bois. Malgré cette clôture, l’endroit est vite devenu un lieu de pèlerinage secret et, en 1977, les autorités soviétiques ont pris la décision de démolir la maison.
L’idée de la construction de l’église d’Iekaterinbourg date déjà du début des années 1990. Mais le prêtre responsable du fonds initial de construction, auquel avaient contribué des émigrés russes, s’est enfui avec la caisse.
Les habitants rechignent devant le coût du projet
La semaine dernière, le gouverneur Rossel a déclaré lors d’une conférence de presse qu’il assumait personnellement la responsabilité du nouveau fonds. Il a indiqué que le coût estimatif du projet était de 120 millions de roubles (28 millions de francs suisses).
Le gouverneur, a tout tenté pour faire enterrer les Romanov dans la nouvelle église. Cet honneur lui a échappé au profit de Saint-Pétersbourg. L’édifice pourrait comporter des mausolées à la mémoire de la famille impériale. «Le coût importe peu, cette église n’est pas construite pour le présent, mais pour exprimer les valeurs morales du peuple russe», a déclaré le gouverneur.
L’importance des coûts a pourtant une grande signification pour les habitants d’Iekaterinbourg, touchés par une crise économique profonde. Indifférents aux funérailles impériales, certains les considèrent un gaspillage d’argent. «Qu’avons-nous donc besoin d’une église, qui coûte si cher» se demande Vladimir Tobolnitsky, un chauffeur de 41 ans. «Je pense qu’ils devraient d’abord payer les salaires.»
Entre-temps, l’Eglise orthodoxe russe a érigé une nouvelle croix commémorative de bronze devant la chapelle de bois qui se trouve près du lieu de l’exécution. Des artisans ont travaillé jour et nuit pour la terminer avant vendredi dernier, 80e anniversaire du meurtre des Romanov. Le socle de marbre de la croix porte ces mots: «Agenouille-toi, Russie, au pied de la croix du tsar».
Les deux corps manquants
Cette année, le géologue et historien amateur Alexander Avdonin, qui avait découvert les restes des neuf corps à la fin des années 70, a annoncé qu’il avait trouvé l’endroit où sont probablement ensevelis les deux corps manquants, celui du tsarévitch Alexei et celui de sa soeur Maria.
Le gouverneur Rossel a déclaré qu’il était prêt à autoriser des fouilles après les funérailles du tsar. Certaines entreprises de la ville ont déjà promis de contribuer à leur financement.
Alexander Avdonin a toutefois indiqué qu’il n’était pas certain de vouloir cette exhumation. Contrairement aux dépouilles exhumées en 1991, qui étaient des squelettes plus ou moins complets, les restes en question ne sont probablement que quelques ossements calcinés. L’identification des neuf corps, qui a pris sept ans, a soulevé une grande controverse. Celle des restes d’Alexei et de Maria pourrait s’avérer encore plus difficile. (apic/eni/ab)



