Ferme et virulente condamnation
Russie: Violente réaction de Moscou après l’érection de diocèses au Kazakhstan
Moscou, 19 mai 2003 Le patriarcat orthodoxe russe a condamné lundi en des termes très forts la création de deux diocèses catholiques au Kazakhstan, annoncé samedi par le Saint-Siège. Il dénonce en outre le lien fait par le Vatican, entre la restitution éventuelle d’une icône de la Vierge de Kazan et une visite hypothétique du pape en Russie. Le patriarcat de Moscou, qui semble oublier que le Kazakhstan n’est plus sous la coupe de l’ex-URSS, rappelle toutefois que ce pays est majoritairement orthodoxe.
L’intervention du patriarcat orthodoxe intervient alors que son chef, Alexis II vient à nouveau d’être hospitalisé pour un refroidissement, assure un bulletin de santé. Elle intervient aussi après les explications apportées par le cardinal Angelo Sodano, qui achève lundi une visite de quatre jours au Kazakhstan. Pour le secrétaire d’Etat, la création de deux diocèses catholiques dans ce pays ne relève d’aucun triomphalisme. C’est le résultat du développement de la communauté catholique dans le pays.
Le 17 mai, le Saint-Siège a annoncé l’élévation des administrations apostoliques d’Astana, capitale du Kazakhstan, et d’Almaty en archidiocèse et diocèse. Un geste qui rappelle les élévations au rang de diocèse survenues en Fédération de Russie en février 2002. Mais les relations des catholiques de cette ex-république soviétique avec les orthodoxes sont considérées comme bonnes et il existait déjà un diocèse sur place, celui de Karaganda.
Dans un communiqué, la direction orthodoxe s’en prend à Rome dans des termes très vifs. Elle estime dans un communiqué que la création des diocèses catholiques d’Almaty et d’Astana démontre le «refus du dialogue» entre les deux Eglises et refléte la «politique d’expansion» du Vatican «sur tout le territoire» de l’ex-URSS.
Refus du dialogue
Dans un entretien accordé à l’»Avvenire», le cardinal Sodano avait précisé: «En signe de courtoisie, le patriarcat de Moscou a déjà été avisé de cette décision». Une décision prise pour «répondre à l’exigence d’un développement ordonné de la communauté catholique au Kazakhstan, dont les fidèles ont le droit d’avoir un évêque et une structure stable».
Interrogé sur sa crainte d’éventuelles réactions de la part de Moscou, le cardinal Sodano a quelque peu balayé la question: Le Kazakhstan est un «de pays nouveaux, un Etats indépendants». Il se montrait du reste confiant que «tous comprendront le sens pastoral de ces mesures pontificales».
Moscou semble ne pas le prendre sur le même ton. Pour le patriarcat, la décision du Vatican n’a pas été discutée avec le patriarcat de Moscou, soulignant que la majorité des chrétiens vivant au Kazakhstan sont orthodoxes. Aux yeux de Moscou, la démarche romaine «confirme définitivement que la direction actuelle du Vatican ne souhaite pas tenir de consultations sur des questions intéressant les deux Eglises et vaut refus de fait du dialogue pour élaborer en commun des décisions constructives».
Décision inacceptable?
«L’Eglise orthodoxe russe refuse catégoriquement d’accepter la décision sur la création de nouveaux diocèses au Kazakhstan et considère cette démarche comme un nouveau coup sérieux porté à l’ensemble des relations entre orthodoxes et catholiques», déclare encore le patriarcat. «La responsabilité des conséquences repose entièrement sur la partie ayant pris cette décision», conclut le communiqué.
Dans un autre communiqué, le patriarcat réagit à une déclaration du porte- parole du pape, Joaquin Navarro Valls, qui avait prudemment évoqué la possibilité d’une visite de Jean Paul II en Russie pour restituer aux orthodoxes une icône de la Vierge de Kazan.
Particulièrement virulent, le communiqué dénonce «les tentatives de lier la restitution de l’icône en question avec la question d’une visite du pape, d’autant plus étonnantes que le Vatican ne mène aucun pourparler avec l’Eglise orthodoxe russe au sujet d’une telle visite». Le communiqué réaffirme les conditions posées à la venue de Jean Paul II: l’arrêt du «prosélytisme» catholique et l’élimination des problèmes des orthodoxes en Ukraine occidentale.
Les menaces de Kirll
Opposé à toutes relations avec l’Eglise catholique et possible successeur d’Alexis II , l’archevêque Kirill, chef du diocèse orthodoxe russe de Jaroslavl, exige pour sa part de Rome la suppression des quatre diocèses catholiques érigés par le Vatican en février 2002 sur le territoire de la Russie.
Dans une interview accordée dimanche au correspondant de l’Apic à Munich, sans doute avant d’apprendre l’érection de deux nouveaux diocèses au Kazakhstan, l’archevêque Kirill a également demandé que le Vatican ne nomme plus aucun métropolite en Russie. Aux yeux de l’archevêque de Jaroslavl, ce sont là des conditions indispensables pour un processus de réconciliation entre les deux Eglises soeurs.
Kirill a rejeté les spéculations sur une éventuelle visite en Russie du pape Jean Paul II cette année encore. «Actuellement, les conditions pour une telle visite ne sont pas positives», a-t-il lancé. «L’Eglise catholique romaine est ainsi en train de s’étendre en Russie et pas en train de s’entendre avec le patriarcat de Moscou».
L’érection de quatre diocèses en Russie avait provoqué les foudres de Moscou. Bien qu’il s’en défende, le patriarcat est sans doute derrière les expulsions – ou les non renouvellement de visas – de plusieurs prélats. (apic/ag/imedia/be/pr)



