Refus des évêques d’en faire des monuments du génocide
Rwanda: Le gouvernement de Kigali confisque des églises catholiques
Kigali, 16 septembre 1997 (APIC) La volonté du gouvernement du Rwanda de confisquer des églises catholiques pour les transformer en monuments commémoratifs du génocide anti-tutsi de 1994 continue de susciter de la résistance de la part de l’épiscopat rwandais. L’affaire est délicate et indispose l’Eglise rwandaise, engagée à tous les niveaux dans un programme de réconciliation en vue du Jubilé de l’an 2000 et dans le cadre du 1er centenaire de l’évangélisation du pays.
Le lieu de culte choisi par les autorités rwandaises, l’église de Nyamata, dans l’archidiocèse de Kigali, a été officiellement transformé en monument national dimanche dernier. Interrogée par l’Agence APIC, une source à l’archevêché de Kigali a déclaré mardi: «L’affaire n’est pas encore tout à fait terminée, aucun accord n’a été matérialisé pour le moment».
Dans le projet original, approuvé en juin 1996, le gouvernement avait prévu la confiscation de 10 églises. La ferme résistance opposée par les évêques a obligé le gouvernement à renoncer à ses prétentions, mais ce dernier a exigé, toutefois, que des symboles commémoratifs du génocide soient installés dans les édifices religieux. Parmi ces témoignages, également l’installation, dans la crypte, des ossements des victimes.
Le gouvernement a communiqué ses décisions lors d’une rencontre qui a eu lieu début septembre dans la capitale, entre le premier ministre Pierre Célestin Rwigema et l’archevêque de Kigali, Mgr Thaddée Ntihinyurwa, président de la Conférence épiscopale du Rwanda.
Violation de la liberté religieuse et du droit canon
Mgr Ntihinyurwa a exprimé, au nom de tous les évêques, son désaccord total envers cette décision du gouvernement qui représente une violation du droit international sur la liberté religieuse et du droit même de l’Église, qui prescrit au numéro 1242 du Code de droit canon que seuls les papes, les cardinaux et les évêques diocésains ont le droit d’être ensevelis à l’intérieur des églises.
Une commission mixte Gouvernement-Eglise a été saisie de l’affaire, dans le but d’étudier une résolution définitive en ce qui concerne l’utilisation des églises en tant que monuments commémoratifs du génocide. Il semble cependant que le régime de Kigali a déjà délibéré sur la question. En outre, l’église de Nyamata est désormais occupée par les «rescapés» du conflit qui ont déjà creusé un grand trou à l’intérieur du bâtiment pour y construire une crypte. Les ossements des victimes du massacre ont déjà été transportés à l’intérieur de l’église. Avec la transformation des églises en monuments nationaux, le gouvernement exige encore que tout culte pratiqué à l’intérieur de ces monuments soit dédié aux victimes du conflit.
Pas de discrimination ethnique dans les églises
Les évêques rwandais considèrent ces directives gouvernementales comme une atteinte à leur liberté. L’Eglise, ont-ils ajouté, «doit rester un lieu de prière et de recueillement pour la communauté» sans aucune discrimination ethnique. Cette confiscation représente, aussi, un autre danger: que ces monuments ne rappellent qu’une partie des victimes du génocide, les tutsis massacrés par les hutus et ne rappelle pas toutes les autres victimes provoquées par l’armée du Front Patriotique Rwandais (FPR).
Son émanation, l’APR, a été accusée le mois dernier par l’ONU d’être responsable du massacre de plus de 2.500 personnes rien que dans les mois de mai et de juin, rappelle l’agence internationale FIDES à Rome. D’autres massacres ont été perpétrés dans les mois suivants. Le 3 juillet, dans l’église de Gacaca (paroisse de Ruhengeri), 45 personnes ont été tuées, y compris des enfants que les mères transportaient sur leur dos, selon FIDES. Les victimes, tuées pendant qu’elles priaient et chantaient, appartenaient toutes à la Légion de Marie. (apic/fides/be)



