Rwanda: Le procès de Mgr Misago est une nouvelle fois ajourné
Accusé de «planification» du génocide, il parle de machination
Kigali, 17 septembre 1999 (APIC) Le pocès de Mgr Augustin Misago, accusé par le procureur de Kigali de «faire partie de ceux qui ont planifié le génocide» qui a coûté la vie à plus de 800’000 personnes au Rwanda en 1994, a été une nouvelle fois ajourné. Il devrait reprendre la semaine prochaine devant la chambre spécialisée du Tribunal de première instance de Kigali. Si l’évêque est reconnu coupable, il risque la peine de mort. Son arrestation a mis à mal les relations entre le Saint-Siège et le Rwanda.
L’évêque du diocèse de Gikongoro, au sud-ouest du pays, qui croupit dans les geôles rwandaises depuis le 14 avril dernier, affirme être victime d’une «pure machination» visant l’Eglise catholique et menée par de hauts responsables politiques à Kigali. Mgr Misago a catégoriquement rejeté toutes les accusations de génocide et crimes contre l’humanité, non assistance à personnes en danger, participation aux milices génocidaires et meurtres, dont ceux de trois prêtres catholiques et trente étudiantes tués dans son diocèse.
«Je plaide non coupable, messieurs les juges, je n’accepte rien de tout ce dont je suis accusé», a lancé Mgr Misago, vêtu de l’uniforme rose des détenus rwandais, lors de la réouverture du procès mardi. Questionné sur ses rencontres avec des responsables du gouvernement de l’époque, notamment avec l’ancien Premier Ministre Jean Kambanda, Mgr Misago a expliqué qu’il était intervenu pour demander la fin des tueries et pour chercher des possibilités d’acheminer des vivres pour les personnes déplacées par les combats.
Agé de 56 ans, Mgr Misago a des problèmes de santé, mais le parquet n’a pas voulu lui accorder une libération provisoire, sous prétexte qu’il risquait de s’enfuir voire de causer des troubles de l’ordre public.
Reprise le 23 septembre
Le procès devrait reprendre le 23 septembre avec l’audition des témoins. Mgr Misago a révélé qu’il n’y avait aucun dossier judiciaire sur lui lors de son arrestation le 14 avril dernier, une semaine après avoir été désigné à la vindicte populaire par le président rwandais Pasteur Bizimungu. Le chef de l’Etat l’a en effet accusé de génocide le 7 avril dernier tout en affirmant que si son innocence était prouvée, «nous demanderons malgré tout au Vatican de nous débarrasser de cet homme, qu’il soit nommé évêque ailleurs qu’au Rwanda».
L’avocat de Mgr Misago a qualifié le débat de burlesque et motivé politiquement, et les allégations des témoins de fausses et mensongères. Le procureur de Kigali Emmanuel Rukangira a déclaré que des religieuses et des prêtres du diocèse de Gikongoro ainsi que des survivants du génocide allaient témoigner contre l’évêque lors de la reprise du procès. (apic/pana/bia/be)



