800’000 détenus en attente de jugement

Rwanda: Les premiers procès du génocide commencent

Kigali, Rwanda, 10 mars 2005 (Apic) Après de nombreux renvois, les premiers procès devant les tribunaux populaires (gacaca),chargés de juger les auteurs présumés du génocide au Rwanda en 1994, s’ouvrent jeudi 10 mars

Des milliers de tribunaux populaires aptes à juger une partie des cas liés au génocide rwandais de 1994 sont en place. Les autorités espèrent que ces procès favoriseront la réconciliation dans un pays saigné par les massacres. Selon le gouvernement rwandais, 800’000 détenus sont en attente de jugement.

9’000 cours spéciales instituées par le gouvernement vont commencer leur travail. «Le moment est venu», a confié au quotidien pro gouvernemental The New Times, de Kigali, la porte parole du secrétariat national pour les tribunaux populaires (gacaca). «Nous pouvons confirmer que tout est prêt. Les premiers procès vont commencer».

L’ouverture de milliers de tribunaux traditionnels dans les villages donneront la possibilité aux prisonniers et aux survivants des massacres de masse de témoigner publiquement devant les juges élus sur une base villageoise.

Ces tribunaux fonctionnent sous la bannière de «Vérité, justice, réconciliation», en référence à la Commission Vérité et Réconciliation instaurée en Afrique du sud après la fin de l’apartheid.

La quasi-totalité du personnel judiciaire a disparu

La quasi-totalité du personnel judiciaire a disparu ou a été tué en 1994. C’est pourquoi les tribunaux populaires ont été créés pour épauler une justice décimée par les massacres. Ces juridictions populaires, les gacaca, s’inspirent des anciennes assemblées villageoises. Elles sont habilitées à juger les «exécutants» du génocide, mais pas les organisateurs des tueries ni les violeurs, qui sont jugés par des tribunaux habituels ou par la juridiction de l’Onu installée à Arusha (Tanzanie). Ces tribunaux populaires peuvent prononcer des peines allant des travaux d’intérêt public à la prison à vie.

«On commencera par les gens qui ont avoué et qui ont été libérés provisoirement. Si leurs aveux sont acceptés par la juridiction gacaca, ils ne retourneront pas en prison mais ils feront des travaux d’intérêt général», a expliqué jeudi à la presse le secrétaire exécutif du département des gacaca.

Les suspects qui passent aux aveux bénéficient d’une remise de peine. Les juridictions gacaca ont été critiquées par certaines organisations de défense des droits de l’Homme pour qui les droits des suspects ne sont pas garantis dans un système de justice populaire. Il n’y a en effet pas d’avocat, et l’accusé se défend directement. Les membres du jury ne sont pas de professionnels de la justice mais sont élus par la population en vertu de «qualités morales».

Quoi qu’il en soit, pour certains observateurs, diminuer la population carcérale du pays des Mille collines est une nécessité qui prime d’autres considérations.

Entre avril et juillet 1994, au Rwanda ont été massacrés entre 600’000 et 800’000 Tutsis (ethnie minoritaire) de la main des extrémistes hutus. Des milliers d’autres personnes ont été tuées au cours de la vengeance tutsi dans les mois suivants (apic/misna/ag)

10 mars 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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