La dernière audience de son procès est renvoyée au 9 mai

Rwanda: Mgr Misago n’est pas en état de comparaître devant le tribunal

Kigali, 26 avril 2000 (APIC) Mgr Augustin Misago, accusé d’avoir trempé dans le génocide, n’est pas en mesure de comparaître au procès intenté contre lui, en raison de son état de santé. La dernière, audience de son procès est renvoyée au 9 mai prochain.

La conclusion du procès pour génocide instruit depuis un an contre Mgr Augustin Misago, l’évêque de Gikongoro, au Rwanda, prévue pour le 12 avril, puis renvoyée au 17 avril, est fixée finalement au 9 mai. Ainsi en a-t-il été décidé au terme de l’audience du 24 avril. Ce n’est pas cette fois la mauvaise volonté de la partie civile qui est en cause, mais bien l’état de santé du prélat, victime d’un malaise cardiaque.

Incarcéré depuis le 16 avril 1999 et inculpé de complicité dans le génocide de 1994, Mgr Misago a, depuis le 20 août dernier, a comparu une vingtaine de fois devant la Chambre spéciale du Tribunal de Première Instance de Kigali. Ses trois avocats ont eu fort à faire pour contrer les accusations sans preuves du ministère public ou des parties civiles, ainsi que les nombreuses tentatives d’intimidation de témoins à la décharge de l’évêque.

Ses défenseurs sont toutefois de plus en plus optimistes sur l’issue du procès. En l’absence de preuves circonstanciées pour établir les faits que l’on reproche à l’évêque, les accusateurs de Mgr Misago ont admis pour la première fois, fin février, la possibilité de son innocence.

Le procès est entré dans sa phase de conclusion le 17 avril. Une nouvelle audience avait été fixée au 24 avril. Cependant, elle n’a pas eu lieu «suite à l’état de santé du prélat qui s’est fort dégradé», indique un communiqué de la Conférence épiscopale rwandaise. Ce qui n’a pas empêché la Chambre spéciale du Tribunal de Première Instance de siéger, malgré l’absence du prévenu.

Invités par le président du tribunal à fournir une preuve que l’évêque n’est pas en état de comparaître, les avocats de Mgr Misago ont expliqué que l’état de leur client était «très préoccupant, suite à sa maladie cardiaque qui s’est aggravée la semaine dernière». Ils ont ajouté que Mgr Misago demandait seulement une semaine de repos, alors que le médecin de l’Hôpital Roi Fayçal qui l’a examiné a signé un certificat recommandant deux semaines de repos, ajoutant que «son état de santé nécessite par ailleurs une hospitalisation pour un suivi médical quotidien».

Nouvelle contestation

Me François Rwangampwe, avocat de la partie civile, a contesté le certificat médical qui, a-t-il argué, devait porter le cachet et la signature du directeur de la prison. De son côté, après avoir vu Mgr Misago en prison le matin même, «dans un état qui ne lui permettait pas de comparaître», le Ministère public a pris acte que le prélat avait exprimé le souhait de comparaître après une semaine de repos ; il s’est par ailleurs demandé pourquoi le certificat médical portait la date du 24 avril, alors que le prélat n’avait pas vu le médecin ce jour-là.

Me Alfred Pognon, chef du collège de défense de l’évêque, a dit une fois encore son indignation face à cette nouvelle suspicion. «Moi, je ne suis pas médecin, a-t-il déclaré. Ce n’est pas moi non plus qui suis allé chercher ce certificat médical. C’est le secrétaire général de la Conférence épiscopale, qui en a reçu la mission à la demande du Tribunal, qui avait besoin d’un document officiel attestant que Mgr Misago est effectivement malade».

Un procès qui n’a que trop duré

L’avocat s’est étonné de voir la valeur de ce document contestée alors qu’il porte la signature du cardiologue de l’Hôpital Roi Fayçal. Il a ajouté, rapporte le communiqué de la Conférence épiscopale, que «la défense et le prévenu lui-même auraient souhaité qu’on en finisse avec ce procès qui n’a que trop duré, mais que, étant donné l’avis des médecins de Mgr Misago qui requièrent pour lui deux semaines avant de poursuivre le procès, tout le monde devrait s’y conformer, car c’est une question de responsabilité».

Me Pognon a aussi relevé que les hautes autorités sont déjà au courant de l’état de santé du prélat, vu que le ministre de la Justice en personne l’a visité en prison et l’a rencontré à l’Hôpital Roi Fayçal. Le président du Tribunal a mis fin aux discussions en rappelant notamment que l’officier du Ministère public avait vu Mgr Misago le matin même et l’avait effectivement trouvé malade et que, en outre, son certificat médical recommandait quinze jours de repos médical et de soins, soit du 24 avril au 8 mai. La première audience de la dernière phase du procès est dès lors fixée au 9 mai. (apic/cip/pr)

26 avril 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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