Un témoin à déécharge menacé

Rwanda: Poursuite du procès politique contre Mgr Augustin Misago, accusé de génocide

Kigali, 19 janvier 2000 (APIC) Un témoin à décharge a une nouvelle fois été victime de menaces pour avoir parlé en faveur de Mgr Augustin Misago, évêque de Gikongoro, au sud-ouest du Rwanda. Mgr Misago, arrêté le 14 avril dernier, est accusé de génocide dans le cadre d’un procès qui s’apparente plutôt à un règlement de compte politique visant à faire taire ce qui reste d’opposition dans le pays.

Au cours de la 15ème séance qui s’est déroulée mardi devant le tribunal de Kigali, une employée d’un centre de nutrition de Kigeme a justifié le comportement de l’évêque et pris sa défense face à certains chefs d’accusation très graves lancés par le procureur contre le prélat. Mgr Misago, âgé de 57 ans, est entre autres accusé d’avoir conduit à la mort 10 étudiants en les emmenant à l’hôpital de Kigeme.

L’accusation avait déjà subi un grave revers le 1er décembre dernier quand un des jeunes gens qui avait été déclaré mort, Jérôme Rugema, est réapparu devant le tribunal pour prendre la défnse de l’évêque. A la grande déception du procureur, le survivant avait déclaré que c’était justement grâce à l’action de Mgr Misago qu’il devait d’avoir eu la vie sauve. Mgr Misago a toujours clamé son innocence et son arrestation avait été sévèrement fustigée par le Vatican. Les observateurs relèvent que le procureur a plusieurs fois modifié les accusations formulées contre l’évêque.

Les témoins à décharge contredisent l’acte d’accusation

L’employée qui a témoigné lors de la 15ème séance a déclaré avoir vu le groupe de garçons blessés emmenés à l’hôpital par l’évêque pour se faire soigner. Elle a précisé qu’ils ont été assistés par la Caritas jusqu’à l’arrivée des miliciens génocidaires.

Un autre témoin, Pascal Rwayitare, a également témoigné de l’action de pacification menée par l’évêque dans l’école de Marie Merci de Kibeho, où cohabitaient les étudiants hutus et tutsis. Selon l’accusation, l’évêque n’avait pas protégé les étudiantes tutsies, tandis que le témoin a déclaré que Mgr Misago s’était employé à pacifier les deux groupes et à renforcer la protection du collège contre les incursions des miliciens.

Le troisième témoignage, que l’accusation a tenté jusqu’au bout d’empêcher de parler devant le tribunal, a été celui du séminariste Anicer Nahayo, élève du collège de Marie Merci. Il a lui aussi confirmé l’engagement pacificateur de l’évêque, accusé par le pouvoir en place à Kigali d’avoir participé à la planification du génocide qui a coûté la vie en 1994 à près de 800’000 tutsis et hutus modérés. Ce procès, dont le sérieux est fortement mis en doute par de nombreux observateurs, reprendra jeudi pour sa 16ème audience. D’autres audiences sont prévues les 25, 27 et 28 janvier, avec l’audition d’une vingtaine de témoins à décharge.

Au Rwanda sévissent de véritables «syndicats de délateurs»

L’évêque de Gikongoro est la cible d’une campagne médiatique principalement de la part de l’organisation de défense des droits de l’homme «African Rights», relève l’agence d’information vaticane FIDES. Même si elle collabore avec d’autres organisations humanitaires, African Rights est la seule à accuser Mgr Misago. Selon la revue belge «Dialogue», African Rights défend le régime dirigé par l’homme fort de Kigali, le vice-président Paul Kagame, président du Front Patriotique Rwandais et ministre de la défense. «Reporters Sans Frontières» met également en cause l’impartialité de l’organisation, jugeant que sa sympathie pour le régime actuel est connue de tous. Amnesty International et d’autres organisations ont dénoncé l’existence au Rwanda de véritables «syndicats de délateurs» qui accusent des innocents pour des intérêts économiques et politiques.

Selon le dernier rapport de la Ligue rwandaise pour la promotion et la défense des droits de l’homme (LIPRODHOR), durant le semestre de décembre 1998 à juin 1999, les mineurs détenus sous l’accusation de génocide au Rwanda sont passés de 2674 à 4454. D’après les données récoltées par la Ligue, les tribunaux rwandais ont jugé jusqu’à aujourd’hui 1908 inculpés et 296 (le 15,5%) ont été condamnés à mort. 600 autres inculpés (31,4%) ont été condamnés à la prison à vie tandis que le reste l’a été à des peines de détention variables. Mais les procès continuent à se dérouler à un rythme très lent: le total des détenus pour des crimes liés au génocide atteint quelque 130’000 personnes. Moins du 1,5% des détenus ont été jugés. (apic/fides/be)

19 janvier 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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