Saint-Maurice: Assemblée thématique de la Communauté romande de l’apostolat des laïcs

La CRAL planche sur le thème «Etre dans le monde»

Geneviève de Simone-Cornet, pour l’Apic

Saint-Maurice, 23 janvier 2008 (Apic) «Etre dans le monde» était le thème proposé cette année aux 82 délégués des mouvements de la Communauté romande de l’apostolat des laïcs (CRAL). Ils l’ont défriché lors de leur assemblée thématique les 19 et 20 janvier au Foyer franciscain à Saint-Maurice. Ils ont réfléchi aux charismes dans l’Eglise et dans leurs mouvements, au visage de l’Eglise d’aujourd’hui et aux contours futurs de la CRAL.

La CRAL a accueilli à cette occasion l’abbé Jean-Robert Allaz, nouveau délégué de la Conférence des Ordinaires Romands (COR). En ouverture Brigitte Gobbé, coprésidente, a relevé que «ce qui se vit aujourd’hui à la CRAL est marqué par l’oecuménisme dans nos coeurs et dans nos mouvements». Elle a insisté sur la nécessité de ne pas désespérer de ce qui se vit dans le monde, de s’insérer dans tous les milieux de la société et de s’ouvrir à de nouvelles communautés. Pour marquer justement cette volonté d’ouverture, la CRAL avait invité des représentants de mouvements non membres à présenter leur spiritualité et leur action: Verbe de Vie, Points-Coeur, Communion et Libération, Notre-Dame de la Résurrection, Fondacio, Cursillos de Cristiandad, Sant’Egidio, l’Arche et les Béatitudes.

La réflexion, conduite par Mario Poloni, formateur d’adultes dans le canton de Vaud, a porté sur les charismes, examinés sous l’angle historique et ecclésial. S’appuyant sur deux textes de saint Paul, il a tenté de définir la notion de charisme. C’est un don gratuit et libre de Dieu accordé pour l’édification de la communauté. Il a sa source dans le Dieu Trinité et s’oriente vers le bien commun. Les charismes sont nombreux: de sagesse, de connaissance, de foi, de guérison, de prophétie, de discernement, de gouvernement. Ils sont donnés à tous les fidèles dans une complémentarité qui contribue à construire la communauté et leur diversité même constitue une richesse.

Des intuitions à sauvegarder

Au cours des siècles, les charismes de gouvernement ont été liés à l’imposition des mains. L’Eglise s’est institutionnalisée, a souligné Mario Poloni. En réponse ont émergé diverses expressions des charismes: le monachisme – à l’origine des laïcs optant pour le célibat -, les ordres mendiants – franciscains, dominicains – qui ont donné à l’Eglise une coloration particulière. Aujourd’hui la diversité des mouvements de la CRAL, au nombre de vingt-trois, est une expression vivante des charismes dans l’Eglise, car «les intuitions pastorales que vous portez appartiennent à sa dimension charismatique». Citant le théologien Karl Rahner, le conférencier a rappelé que «le temps est venu de protéger les charismes des excès possibles du poids de l’institution».

Les travaux de groupe ont permis d’approfondir le thème à l’aide de questions: quel est le charisme fondateur de mon mouvement? Comment est-il vécu aujourd’hui? Comment m’aide-t-il dans ma vie? Comment répond-il aux attentes de ceux que je rencontre? Les réponses, aussi variées que les spiritualités présentes et les situations de vie, ont montré une belle palette de la diversité des charismes dans l’Eglise de Suisse romande aujourd’hui.

Rejoindre les marges

Dans sa synthèse, Mario Poloni a relevé la richesse de la diversité des charismes pour la vie de l’Eglise, mais aussi la difficulté à réaliser la communion. Les mouvements de la CRAL, s’ils sont enracinés dans l’Eglise, sont ouverts aux personnes d’autres confessions et aux personnes en recherche.

Tous portent une attention au monde par la prière et l’action: leurs membres sont des chrétiens insérés dans la pâte humaine, missionnaires et capables de rejoindre les gens qui sont en marge. Qu’il s’agisse de divorcés, divorcés remariés, couples mixtes, personnes handicapées, ou de personnes qui simplement ont soif d’écoute. En fait, aller là où l’institution peine à être présente. Ils accueillent tout homme et tout l’homme, ne séparent pas la vie et la foi, «lisant le spirituel dans l’humain». Les mouvements de la CRAL sont «les divers instruments d’un orchestre symphonique».

Au service de l’humanité

Mario Poloni a replacé les charismes dans la vision de l’Eglise d’hier et d’aujourd’hui, celle du Concile de Trente (1545-1563) et celle de Vatican II (1962-1965). L’Eglise du Concile de Trente, marquée par les sacrements – dont le nombre a alors été fixé à sept -, mettait en avant la figure du prêtre, autour de qui tout s’organisait. Le cultuel étant le lieu presque exclusif de la rencontre de Dieu, le chrétien modèle était celui qui allait à la messe et dont la vie était structurée par les sacrements.

Changement de perspective avec Vatican II: l’Eglise est communion et peuple de Dieu, ce qui confère aux fidèles une égale dignité. Elle est aussi au service de l’humanité à qui elle apporte le projet de Dieu: que l’homme vive en plénitude. La notion de sacrement s’élargit. L’Eglise étant le premier sacrement, le premier signe, elle devient un trait d’union entre Dieu et le monde au service du Royaume et à la suite de Jésus.

Elle manifeste le Royaume dans les quatre piliers qui soutiennent sa pastorale: la diaconie, la communion, l’annonce et la liturgie. Ainsi les ministres sont au service de la communauté, elle-même au service de l’humanité. «Si l’Eglise parle encore aux hommes de ce temps, c’est par sa diaconie». Dans la perspective de Vatican II, participer à l’eucharistie c’est «être envoyé en mission sur les places au milieu des hommes». Car «le prochain est lui aussi le lieu de la rencontre avec le Christ, sacrement de sa présence. Le service de l’homme est le lieu de vérification de l’action pastorale et de la mission de l’Eglise». Aujourd’hui, a conclu Mario Poloni reprenant le cardinal Charles Journet, «les frontières de l’Eglise passent par le coeur de chacun». Il a invité les participants à reconnaître les charismes que l’Esprit suscite, en particulier à travers les mouvements d’apostolat des laïcs.

Attitudes évangéliques

Le dimanche, les délégués ont accueilli Mgr Joseph Roduit, abbé de Saint-Maurice, qui a partagé sa vision de la CRAL. L’apostolat des laïcs, il connaît: «L’Action catholique c’est comme la potion magique, je suis tombé dedans lorsque j’étais jeune». De Mgr Henri Teissier, archevêque d’Alger, il a appris que la présence des chrétiens commence par la charité et que la notion de pratiquant ne doit pas se définir par l’assistance à la messe dominicale. Mgr Teissier disait ainsi que la pratique de l’Evangile se vit à tout instant, en pensées, en paroles et en actions.

Voilà ce que les mouvements d’apostolat sont invités à faire: enseigner des attitudes évangéliques. Jésus lui-même a commencé par là. Il s’est fait homme, il a vécu le plus simplement du monde parmi les hommes. Ce n’est qu’ensuite qu’il a annoncé l’Evangile. Paul VI disait: «Il y a un Evangile sans paroles», tous les gens qui vivent bien, ne disent rien, pratiquent l’Evangile et sont porteurs d’espérance. «Nous avons à redécouvrir cette manière de faire. La foi doit être l’expression de toute la vie».

Nécessaire renouvellement

Mgr Roduit s’est félicité de la diversité des mouvements de la CRAL. «Quand on dit charismatiques, il n y a pas à s’effrayer, a-t-il dit, car ils ont besoin de l’expérience des anciens à qui ils peuvent apporter un souffle nouveau.

Chacun selon son charisme, les communautés de vie comme les groupes de prière sont des fruits de la nouvelle évangélisation, a-t-il souligné. Si certains mouvements sont en perte de vitesse, d’autres les remplacent. «Il faut que vous portiez votre réflexion sur les milieux qui ne reçoivent plus l’annonce de l’Evangile. Il ne suffit pas de tourner en rond avec les mêmes, il faut penser au renouvellement des personnes et des idées, des méthodes et des objectifs», a rappelé l’abbé de Saint-Maurice.

Témoins et laboureurs

La tâche des laïcs en Eglise ne diminue pas malgré la réduction du personnel consacré et la pratique dominicale en baisse. En paroisse, il leur revient d’aider les prêtres et de diversifier les services. «Heureusement les laïcs s’engagent de plus en plus et prennent leur mission au sérieux».

Mgr Roduit a invité les membres des mouvements à être témoins d’espérance: «Gardiens d’une tradition, nous n’avons pas à vivre dans l’immobilisme ou la peur». Et des laboureurs confiants: ils ont bien travaillé la terre et semé, le reste, c’est l’affaire du temps et du climat. «Nous avons à préparer le terrain dans les coeurs, à annoncer la Parole. Le Seigneur fera le reste, lui qui nous a inspiré de labourer et de semer.» (apic/gsc/be)

23 janvier 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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