Foi chrétienne et engagement professionnel

Saint-Maurice : Beaucoup de monde aux Rencontres St-Nicolas et Dorothée de Flüe

Saint-Maurice, 2 décembre 2007 (Apic) Les rencontres St-Nicolas et Dorothée de Flüe organisées par la Communauté Eucharistein d’Epinassey et l’Institut Philanthropos de Bourguillon, ont rencontré un franc succès. Du 30 novembre au 2 décembre, plus de 250 personnes ont participé aux conférences et cérémonies religieuses à Saint-Maurice. Des orateurs de premier ordre ont présenté leur témoignage de chrétiens dans leur vie professionnelle.

Organisée depuis 1994, la Rencontre annuelle Saint-Nicolas et Dorothée de Flüe offre un temps fort de réflexion sur l’engagement chrétien dans la société contemporaine. Analyses et témoignages viennent susciter des échanges entre des personnalités de différents horizons professionnels, culturels et sociaux.

Un système économique à discuter

Philippe de Woot, professeur émérite de l’Université de Louvain et ancien conseiller de la Commission européenne, a suggéré une fine analyse du système économique pour en montrer les richesses et les dangers. Le système économique de marché concurrentiel constitue, à ses yeux, un immense progrès dans l’humanisation par rapport au temps de la rapine et la razzia. Le marché et l’échange civilisent l’humanité. Le professeur considère que l’aspect concurrentiel du marché engendre un effort de productivité et suscite l’esprit créatif. Pour lui, la concurrence est une attitude supérieure au dirigisme et à la planification, en dépit des risques qu’il fait prendre à l’entrepreneur. Au cours des deux derniers siècles, la population mondiale s’est multipliée par six pour une productivité multipliée par cinquante, rappelle-t-il. Ce qui constitue un réel bienfait pour la satisfaction des besoins fondamentaux de l’être humain. Mais cette concurrence est ambiguë, en ce sens que le prix social à payer est souvent très élevé. Efficace et créatif, le système économique n’en est pas moins brutal. De plus, le système entraîne un poids énorme sur les ressources de la planète, avec pour conséquences une déréglementation des marché, une prise de pouvoir sur la science, une toute-puissance financière, un contrôle sur les grands réseaux. Philippe de Woot considère cette mainmise inquiétante, car le pouvoir économique se coupe du pouvoir politique et aussi de l’éthique. L’idéologie du «tout au marché» fait naître la pensée unique où le maître mot est «profit». Les dérives du système sont considérables : augmentation des inégalités, diminution de la biodiversité, marché commandé uniquement par la rentabilité, mondialisation de l’ensemble de la vie humaine. Le conférencier voit cependant un espoir pour un chrétien de vivre dans ce système économique, mais à condition de mener une réflexion urgente ayant pour but de remplacer la notion de profit par celle de progrès où l’homme est vu comme co-créateur, de remettre l’éthique au coeur de l’activité humaine et de veiller à ce que le politique s’engage dans la voie du développement durable.

Le Bien commun critère du nouveau monde

Pour Nicolas Michel, secrétaire général adjoint de l’ONU, la doctrine sociale de l’Eglise, sans être un modèle politique, définit clairement le but de l’activité humaine en énonçant un certain nombre de principes de réflexion valables pour tout engagement. Selon le Catéchisme de l’Eglise catholique, le Bien commun est «l’ensemble des conditions sociales qui permettent tant aux groupes qu’à leurs membres d’atteindre la perfection d’une façon plus totale et plus aisée.» L’anthropologie sur laquelle se fonde cette doctrine se réfère au texte de la Genèse où la dignité de l’homme réside dans le fait d’être co-créateur. Le Bien commun exige alors le respect de la personne humaine, le bien-être social et le développement du groupe lui-même, ainsi que la paix et la sécurité de la société et de ses membres. A l’aide d’exemples tirés de son expérience aux Nations Unies, Nicolas Michel montre comment les différents acquis en faveur de la paix et de la sécurité sont le fruit de longs échanges et d’une patiente marche dans l’élaboration des traités internationaux.

Paix et force armée

Dans cette la ligne, le Général français Jean-Claude Lafourcade relate son expérience comme chrétien, chef d’armée, lors du génocide au Rwanda. Après un historique, il décrit les difficultés des décisions à prendre dans des situations aussi explosives que celle-là : opter de ne pas surprotéger les soldats de la troupe française choisie par l’ONU pour ne pas se présenter en belligérants, mais en défenseurs de la paix et de la sécurité ; déterminer comme priorité absolue la constitution d’un hôpital pour enrayer l’épidémie de choléra (80’000 morts en 48 heures) ; mettre en place des structures administratives pour éviter l’exode massif vers l’ex Zaïre (République démocratique du Congo). Sa mission au Rwanda l’a, comme il le dit lui-même, «fait mûrir» et l’a affermi dans sa conviction que l’armée est «légitime» pour défendre «les causes justes», lorsque tous les autres moyens ont été utilisés.

Corps et esprit : une unité

L’un des témoignages les plus éloquents est celui de Pascal Ide, dr en médecine, en philosophie et en théologie, consacré à l’image du corps dans la société contemporaine, à sa surexposition, son exploitation, le réduisant souvent au corps-objet, au corps-machine que l’on peut dominer, manipuler. Pour lui, les critères esthétiques contemporains sont des fictions, aucun corps ne correspondant réellement à ces canons. Face à cette tendance et à son opposé qui dévalorise purement et simplement le corps au profit de l’esprit, Pascal Ide insiste sur la valeur inaliénable du corps, qui est d’abord donné à l’être humain, et qui est aussi appelé à se donner. Savoir écouter son corps, c’est faire preuve de l’humilité qui est exigée de tout chrétien ; en prendre soin est un devoir pour pouvoir vivre une relation harmonieuse avec les autres et avec Dieu. JS.

Encadré

Les Rencontres du Groupe St-Nicolas et Dorothée de Flüe

Le Groupe St-Nicolas et Dorothée de Flüe a été fondé en 1994 par des chrétiens qui ont ressenti la nécessité d’une formation inspirée de la doctrine sociale de l’Eglise et l’urgence d’une vie de prière. Il s’agissait d’ assumer leurs responsabilités professionnelles au coeur de la société, de chercher à rassembler tous ceux qui désirent vivre leur engagement professionnel à la lumière de la foi chrétienne. Pour ce faire, le Groupe propose une rencontre annuelle où interviennent des personnalités choisies en fonction de leur témoignage chrétien au coeur du monde économique, politique, social et culturel. Chaque Rencontre est organisée autour de conférences, ponctuée par la prière, la messe et les offices liturgiques. La démarche spirituelle accompagne ainsi la réflexion philosophique.

(apic/js)

2 décembre 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!