Davantage d’informations religieuses dans la presse profane

Saint-Maurice: Première journée des médias chrétiens romands

Bernard Bovigny, Apic

Saint-Maurice, 11 juin 2006 (Apic) C’est à Saint-Maurice, en Valais, que les journalistes de la presse chrétienne se sont donnés rendez-vous, samedi, pour une journée de rencontre et de partage. Lors de l’assemblée de l’association catholique pour la presse, les membres ont souligné l’importance d’une information religieuse fiable dans la presse profane.

C’est à l’occasion du centenaire des Soeurs de St-Augustin, présentes à Saint-Maurice et actives dans le domaine de la communication, que les gens des médias chrétiens de Suisse se sont retrouvés en Valais pour cette journée de rencontre, première du nom. Durant la matinée, une trentaine de participants ont suivi l’assemblée générale de l’association catholique pour la presse. Dans son rapport, le président Markus Vögtlin a rappelé que « aucune institution, entreprise ou Eglise ne peut subsister sans moyens de communication efficaces tant en son sein qu’à l’extérieur ».

Prenant en exemple les Soeurs de Saint-Augustin, il a souligné l’importance d’une information religieuse de qualité dans les médias profanes « Ce sont tout de même eux qui forment l’opinion publique », a-t-il lancé. C’est ainsi que l’Association catholique pour la presse débourse chaque année 25’000 frs pour financer une page hebdomadaire intitulée « Christ und Welt » (Chrétien et monde ) produite par la Neue Luzerner Zeitung et distribuée dans plusieurs quotidiens alémaniques.

Alois Hartmann, président de l’association Kipa-Apic (Agence de presse internationale catholique) a lancé pour sa part un appel auprès des autorités catholiques pour que leurs informations soient davantage complètes et plus précises.

Les comptes de l’association, qui gère le secrétariat de la presse catholique suisse à Fribourg et soutient les activités de l’Apic, se sont soldés par un déficit de 12’664 frs, alors que le budget prévoyait une perte de 27’400 frs. Ce résultat « honorable » a tout de même incité le secrétaire général Hans Rahm à tirer la sonnette d’alarme. « Nous ne pourrons pas toujours vivre sur les réserves », a-t-il lancé à l’assemblée. Le budget 2006 table d’ailleurs sur une perte de 22’600 frs.

Le rapport du président et les comptes 2005 ont été approuvés à l’unanimité des quelque trente membres individuels ou collectifs présents.

L’information religieuse : plus maltraitée que valorisée

Après une visite des locaux des Soeurs de Saint-Augustin, une cinquantaine de participants se sont retrouvés durant l’après-midi pour un débat sur le thème « L’information religieuse, survalorisée ou maltraitée ? » « Une survalorisation ? En tous cas pas ! Les sujets religieux n’intéressent pas beaucoup. Mauvais traitement ? Oui. Il est difficile d’assurer une information posée sur les thèmes religieux. Mais s’il y a polémique, oui. Cela intéresse les médias. D’où la tendance à déformer les sujets religieux ». Le ton était donné d’entrée par Nicole Métral, rédactrice responsable de l’agence Protesinfo, qui a répondu de façon on ne peut plus claire à la question de l’animateur André Kolly, directeur du Centre catholique de radio et télévision (CCRT).

Si mal traitée l’information religieuse? Le sociologue Claude Bovay s’est voulu plus analytique. Pour lui, on assiste actuellement à une présence accrue de la religion dans les médias, et qui plus est dans les rubriques profanes de la presse. Or, ce traitement échappe aux auteurs de l’information et en particulier aux autorités religieuses. Ce phénomène est considéré comme positif par le sociologue, car il permet de sortir le religieux du domaine des pages spécialisées.

Le jésuite Albert Longchamp, ancien rédacteur en chef de l’Echo Magazine et de la revue Choisir, a souligné que si l’Eglise catholique est championne dans le domaine de la communication, elle est faible pour ce qui touche l’information. « Elle n’aime pas trop le débat. Or les médias réclament la liberté de presse et de commentaire ». Et de rappeler que la revue romande des jésuites Choisir, au milieu des années 60, avait obéi de façon particulière au « censeur » du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg qui demandait le retrait d’un article jugé subversif. En lieu et place du texte prévu, la rédaction avait tiré quatre pages blanches en signe de protestation. « Il y a un travail de conciliation à faire entre la presse et l’Eglise », a lancé le Père Longchamp, tout en reconnaissant que la presse s’intéresse d’abord à ce qui déroge au banal du quotidien, « or c’est souvent ce qui va mal ».

L’islam mangé à toutes les sauces

Hafiq Ouardiri, représentant de la mosquée de Genève, a déploré la façon négative dont la presse traite l’islam et les nombreuses erreurs qui s’infiltrent dans les articles. « Il est vrai que nous sommes souvent au coeur des médias. Mais quand je recense et je compare tout ce qui nous concerne, j’ai l’impression que l’islam est un caméléon qui traverse une couverture écossaise ».

Et de déplorer que jusqu’il y a peu, l’islam subissait la communication, alors que ses représentants n’étaient pas sollicités pour intervenir. Et de lancer un appel à la collaboration auprès des médias chrétiens, afin de diffuser ensemble une information religieuse complète et de qualité. « La question n’est pas : Voulons-nous le débat ? Il est clair que nous le voulons. Ce que nous combattons, c’est la déformation de l’information. Et parfois ne passe dans les médias que ce qui est politiquement correct, quitte à maltraiter l’islam », a lancé le responsable musulman, tout en soulignant qu’il ne mettait pas en question la liberté de la presse. « Un des problèmes, c’est que les journalistes doivent faire face à l’urgence et ne prennent pas toujours le temps de s’informer correctement », a-t-il expliqué.

Le sociologue Claude Bovay a tenu à rappeler que la société a besoin de la presse, et d’une presse libre. Face à une société déchristianisée, les médias restent un des rares moyens pour la population de rester en contact avec le domaine religieux.

Constatant une convergence des intervenants et de l’assemblée à souligner les lacunes dans le traitement des sujets religieux par les journalistes non spécialisés, l’animateur André Kolly et l’organisateur de la journée Bernard Litzler, rédacteur en chef de l’Echo Magazine, ont promis d’intervenir auprès du Centre romand de formation des journalistes pour mettre en place des modules de formation religieuse.

Photos de l’agence CIRIC à disposition

(apic/bb)

11 juin 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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