Il avait survécu au massacre des jésuites de l’UCA
Salvador: Décès du Père jésuite Jon de Cortina, une figure de l’Eglise populaire
San Salvador, 21 décembre 2005 (Apic) Le Père Jon de Cortina Garaigorta, militant des droits de l’homme et professeur à l’Université catholique centroaméricaine de San Salvador, est décédé le 12 décembre dernier à l’Hospital El Pilar de Ciudad de Guatemala, des suites d’une hémorragie cérébrale, communique la Compagnie de Jésus en Espagne. Sur la liste noire des «escadrons de la mort», c’était une figure de l’Eglise populaire salvadorienne.
Le jésuite d’origine basque, âgé de 71 ans, fondateur et directeur de l’Association pour la recherche des enfants disparus durant la guerre civile au Salvador (Asociacion Pro Busqueda de Ninos y Ninas), avait échappé au massacre de six de ses confrères le 16 novembre 1989.
Des soldats du bataillon Atlacatl, une unité d’élite de l’armée salvadorienne, les avait froidement abattus à l’intérieur de l’UCA, l’Université catholique centroaméricaine «José Siméon Canas», en compagnie de la cuisinière et de sa fille (*). Le jésuite basque avait fondé, après la guerre civile qui a ensanglanté ce petit pays d’Amérique centrale de 1980 à 1992, une association pour la recherche des centaines d’enfants disparus et séparés de leur famille.
Retrouver les enfants volés et vendus par les militaires
Certains de ces enfants avaient été donnés en adoption ou vendus à l’étranger par les militaires qui les avaient capturés dans le cadre d’opérations militaires. Une partie d’entre eux se trouvaient en France, en Italie, en Hollande, aux Etats-Unis, au Guatemala, au Honduras…
La «Commission de la Vérité», mise sur pied par les Nations Unies pour étudier les violations des droits humains durant la guerre, n’avait pas voulu s’en occuper, raison pour laquelle le jésuite avait fondé son association pour rechercher ces enfants «disparus». Le sort de près de deux cents d’entre eux – sur près de 600 – a ainsi pu être éclairci.
Sur la liste noire des «escadrons de la mort»
Le Père Jon de Cortina accompagnait comme prêtre les communautés rurales de Chalatenango, une zone où la guérilla était très active durant la guerre civile. Cet ingénieur de formation enseignait également à la UCA. Il était arrivé au Salvador en 1955 quand il avait 21 ans, et cet ardent défenseur de la théologie de la libération s’est toujours engagé dans la lutte pour la justice et la défense des droits humains et des dépossédés. Il était sur la liste noire des «escadrons de la mort» pour ses dénonciations publiques des violations commises par les Forces armées salvadoriennes.
Jon de Cortina est né à Bilbao le 8 décembre 1934 et est entré dans la Compagnie de Jésus le 6 octobre 1954. Il fut ordonné prêtre le 13 juillet 1968. Il a reçu divers prix pour son engagement, notamment le IVe Prix de la Fondation pour la Justice de Valence en 2004. Il avait récemment présenté en Catalogne son livre «Secuestrados por la guerra» (Editorial Debate). JB
(*) Ignacio Ellacuría, recteur, les Pères Ignacio Martín-Baró, Segundo Montes, Joaquín López y López, Amando López, Juan Ramón Moreno, la cuisinière Elba Ramos et sa fille Celina. (apic/be)



