Les motifs de l’assassinat ne seraient pas complètement élucidés

Salvador: Mgr Oscar Romero ne sera vraisemblablement pas canonisé en l’an 2000

San Salvador/Rome, 3 avril 2000 (APIC) Malgré les pétitions multiples adressées à Rome, la procédure de canonisation de l’archevêque martyr de San Salvador, Mgr Oscar Arnulfo Romero, ne sera vraisemblablement pas achevée pour l’an 2000, a révélé Mgr Gregorio Rosa Chavez, évêque auxiliaire de San Salvador. Les motifs de l’assassinat de l’évêque des pauvres, abattu le 24 mars 1980 par les escadrons de la mort d’extrême-droite pendant qu’il disait la messe, n’auraient pas encore été complètement élucidés.

Entre-temps, à l’occasion de la commémoration du 20ème anniversaire de la mort de Mgr Oscar Romero, 60’000 signatures ont été collectées en un mois pour demander la béatification de l’évêque martyr, grâce à l’engagement des religieuses salésiennes. La moitié des signatures proviennent de communautés religieuses féminines. 12 registres contenant ces signatures ont été remis à la Congrégation romaine pour les causes des saints. La manifestation romaine a été organisée également par les Commissions «Justice et Paix» de l’Union Internationale des Supérieurs et des Supérieures Généraux.

A ce sujet, le responsable du bureau, le P. Franz Thoolen, a mis l’accent sur la grande participation populaire au Salvador aux cérémonies célébrées en souvenir de Mgr Romero, qui ont duré toute une semaine. Sœur Thérèse Josif, Fille de Marie Auxiliatrice (salésienne), d’origine indienne, explique qu’à travers la collecte des signatures, elle a pu vérifier que «la non-violence et le travail en commun» sont des valeurs largement partagées dans le monde.

D’après Mgr Rosa Chavez, qui était l’un des proches collaborateurs de Mgr Romero, l’archevêque assassiné est depuis longtemps vénéré par la population comme un saint martyr. Ainsi, comme pour d’autres martyrs – victimes par ex. du national-socialisme ou du communisme – il s’agit dans le cas de Mgr Romero d’un martyr qui a payé de sa vie la dénonciation des violations des droits de l’homme. A l’occasion du 20ème anniversaire de la mort de Mgr Oscar Romero, des milliers de personnes venues de tout le pays, des Etats-Unis – dont le cardinal Roger Mahony, archevêque de Los Angeles – , d’Europe, d’Asie et de toute l’Amérique latine se sont rendues dans la capitale salvadorienne pour lui rendre hommage au cours d’une semaine de cérémonies publiques, de conférences, de veillées et de marches. Des commémorations ont également eu lieu dans de nombreux pays du monde, prouvant que l’aura de l’évêque martyr est intacte vingt ans après sa mort.

Un geste significatif pour l’Eglise toute entière

Nombreux sont ceux qui, au sein de l’Eglise et même à l’extérieur, réclament la canonisation rapide de l’archevêque salvadorien, un sujet délicat pour certains prélats conservateurs qui désapprouvaient l’engagement de Mgr Romero. Mgr Vincenzo Paglia, qui soutient les démarches en vue de la canonisation, estime que ce serait «un geste significatif non seulement pour le Salvador et l’Amérique latine, mais pour l’Eglise tout entière».

En effet certains déplorent la «tiédeur» de l’archevêque actuel de San Salvador, Mgr Fernando Saenz Lacalle, un prélat conservateur d’origine espagnole appartenant à l’Opus Dei. Il préconiserait une démarche modeste, non publique, en vue de la canonisation. Selon lui, le processus doit suivre son cours normal au Vatican. Les critiques affirment que l’on cherche en haut lieu à neutraliser ce que les partisans de «l’évêque des pauvres» considèrent comme son véritable héritage, la lutte pour les droits de l’homme et la justice sociale.

Pour Edin Martinez, directeur de la Fondation Romero, organisation privée qui a collaboré à l’organisation des actes de commémoration de la semaine dernière, «il est impossible que quiconque, et notamment l’Eglise, empêche le torrent de sentiments qu’éprouvent les gens pour Oscar Romero. Sa spiritualité profonde ne peut être séparée de son action et de son martyre pour défendre la cause de la justice et de la vérité.» Et d’affirmer que «Mgr Romero reste la personne la plus aimée et aussi la plus haïe de ce pays. Et lorsque je parle de ceux qui le haïssent, je n’écarte pas certains ecclésiastiques au sein de l’Eglise.»

Des haines aussi à l’intérieur de l’Eglise

Edin Martinez rappelle que les anglicans «ont déjà pratiquement canonisé Mgr Romero» en l’honorant, à l’instar d’un Martin Luther King, comme un martyr de l’ère moderne par une statue placée dans l’abbaye de Westminster à Londres. La liste des visiteurs qui ont fait ces dernières semaine le déplacement au Salvador montre bien l’ampleur de l’hommage qui est rendu à l’archevêque martyr. En plus du cardinal Mahony, dont le diocèse comprend la plus grande communauté salvadorienne hors du pays, l’Eglise catholique était représentée par des évêques venus d’Amérique latine, des Etats-Unis, d’Australie, du Canada, d’Haïti et d’Italie. Des membres des Eglises anglicane, baptiste, méthodiste et presbytérienne se sont également rendus à San Salvador, sans compter les centaines de militants laïcs, dont le plus grand groupe, venant des Etats-Unis, combattait dans les années 80 l’intervention militaire américaine au Salvador et ailleurs en Amérique centrale. (apic/cic/cip/eni/be)

3 avril 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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