Salvador : «On ne peut rouvrir l’affaire des jésuites assassinés»
C’est du moins l’avis de Mgr Saenz Lacalle
San Salvador, 12 avril 2000 (APIC) «On ne peut rouvrir le cas de l’assassinat de six jésuites lors de l’incursion de l’armée à l’Université catholique centraméricaine (UCA) de San Salvador le 16 novembre 1989», a expliqué Mgr Fernando Saenz Lacalle, archevêque de San Salvador.
Selon Mgr Saenz, un évêque membre de la prélature de l’Opus Dei, les lois en vigueur, comme celle de l’amnistie, sont précises sur l’orientation que prendrait ce dossier. «Il faut respecter ces législations», a-t-il affirmé. «Les lois sont faites pour tous. Qui dit justice dit équité, les lois sont les mêmes pour tout le monde», a encore relevé l’archevêque. Or, la législation ne permet pas de rouvrir le cas, «c’est un fait, que cela plaise ou non est une autre affaire», a-t-il ajouté.
L’archevêque de San Salvador réagit de cette manière à l’annonce de la Compagnie de Jésus qui se dit prête à entamer une bataille légale pour faire la lumière sur cette affaire. José Maria Tojeira, recteur de l’UCA, a en effet demandé au Parquet général de la République de rouvrir une enquête, afin que soient clarifiées notamment les attitudes de l’ancien président Alfredo Cristiani et du colonel Rafael Humberto Larios, accusés de n’avoir rien fait pour empêcher ces assassinats.
En décembre de l’an dernier, le procureur Belisario Artiga avait affirmé que le cas pouvait être archivé après l’amnistie générale décrétée par l’Assemblée Législative en 1993, une mesure qui prescrivait tous les crimes commis durant les douze années de guerre civile (1980-1992). Neuf militaires, considérés comme les auteurs matériels des homicides, avaient subi un procès, mais sept d’entre avaient été acquittés en 1991. Le colonel Guillermo Alfredo Benavides et le lieutenant Yusshy Mendoza, reconnus coupables, avaient, eux, bénéficié de la loi d’amnistie, approuvée avec les suffrages de l’Alliance républicaine nationaliste (Arena) alors au gouvernement.
L’Eglise luthérienne appuie les jésuites de l’UCA.
Les jésuites de l’UCA ne sont pas seuls dan ce combat. L’Eglise luthérienne demande la réouverture de l’affaire. Aux yeux du Synode luthérien, celle-ci n’a pas pour but de créer l’instabilité, mais de «réparer une erreur qui pèse lourdement sur la conscience historique nationale». La repousser «ne peut qu’entraîner des effets destructeurs».
Selon ce qu’a déclaré devant le juge le lieutenant Yusshy René Mendoza, commandant du bataillon d’élite Atlacatl, dans la nuit du 15 novembre 1989, le colonel Alfredo Benavides Moreno lui a ordonné de réaliser une opération à l’UCA. Le but, rappelle le synode luthérien, était de réduire au silence son recteur «gauchiste», le jésuite espagnol Ignacio Ellacuria. La consigne étant de ne pas laisser de témoins, les cinq soldats, trois lieutenants et un colonel qui ont effectué l’opération ont également «réduit au silence» un prêtre salvadorien et quatre autres prêtres espagnols, ainsi que la cuisinière de l’université et sa fille. Le crime devait être imputé au Front Farabundo Marti.
C’est sur la pression des Etats-Unis que le gouvernement d’Alfredo Cristiani a inculpé les militaires impliqués, mais après l’accord de paix signé entre le gouvernement et la guérilla en janvier 1992, les militaires ont bénéficié d’une loi d’amnistie. «Une loi déécrétée en obéissant à une conjoncture forcée et hâtive, qui sans que soient créés l’esprit et le climat propices pour assumer les responsabilités signalées par la Commission de la Vérité. Ce qui aurait amené la confession et le repentir des personnes impliquées dans les crimes de lèse-humanité», déplore le synode luthérien.
L’Eglise luthérienne note qu’en cette année du Jubilé 2000, dans laquelle Jean Paul II a demandé pardon pour les péchés commis par l’Eglise dans le passé, la demande des jésuites doit être vue comme «une acte prophétique, courageux et patriotique» dont le but est de guérir une fois pour toutes les blessures laissées par douze années de guerre civile. (apic/cip/mk)




