Polémique avec les jésuites sur les assassinats de 1986

Salvador: Visite de 70 religieuses américaines

San Salvador, 28 décembre (APIC) Une délégation des Supérieures religieuses des Etats-Unis vient d’achever une visite au Salvador, tandis que les militaires entrent en polémique avec les jésuites sur les assassinats de 1986 à l’Université Centraméricaine.

Une délégation de 70 religieuses envoyée par la Conférence des Supérieures Américaines (LCWR) a exprimé à l’occasion de cette visite sa solidarité avec les congrégations qui ont eu des victimes au Salvador durant les années de la répression militaire. La mission s’est intéressée aux cas de quatre religieuses américaines – deux missionnaires de Maryknoll, une ursuline et une missionnaire laïque – tuées il y a vingt ans et des six Jésuites assassinés en 1986 à l’Université Centraméricaine avec deux femmes du personnel de service.

Deux religieuses de Maryknoll, une ursuline et une missionnaire laïque américaines furent arrêtées par des hommes de la Garde Nationale salvadorienne, violentées et tuées le 2 décembre 1980. Les militaires responsables du crime ne furent arrêtés, jugés et condamnés à 30 ans de prison que quatre ans plus tard, après avoir dénoncé comme commanditaires l’ancien ministre de la défense et l’ancien directeur de la Garde Nationale. Ces deux derniers, réfugiés aux Etats-Unis depuis 1989, ont été lavés des accusations relatives à l’homicide le mois dernier par une cour de la Floride.

Une nouvel base militaire au Salvador

Dans son communiqué final, la délégation se dit surtout «déconcertée» en apprenant que les Etats-Unis sont en train d’envisager la construction d’une nouvelle base militaire dans le pays. «Nous demandons au gouvernement d’investir l’argent des contribuables dans des projets de développement humain plutôt que d’étendre le militarisme américain à cet hémisphère», réagit-elle.

En ce qui concerne la Compagnie de Jésus, elle a été durement attaquée ces jours-ci par les quatre officiers accusés d’être les auteurs de l’assassinat des six jésuites de l’Université Centraméricaine (UCA) en 1989. «La Compagnie de Jésus déteste l’armée. Nous avons oublié le passé, mais eux n’arrivent pas à oublier leur haine», a en effet déclaré le général Emilio Ponce, à l’époque ministre de la Défense.

Les jésuites ont répondu via un communiqué publié par l’UCA, soulignant leur volonté de continuer la recherche de la vérité et de la justice. En effet, l’affaire «n’appartient pas au passé, il s’agit d’un cas d’impunité encore pendant aujourd’hui et qui doit être radicalement résolu si vraiment nous voulons construire un avenir meilleur», indique le communiqué. Du point de vue juridique, la bataille légale continue après le refus de la justice salvadorienne de faire droit à requête des Jésuites qui exigent une nouvelle enquête.

Si, le 12 décembre, le magistrat chargé du dossier a déclaré que le crime était tombé en prescription, le délai de dix ans fixé par la loi pour punir les accusés ayant expiré, un autre juge a décrété que les exécutants et les auteurs de ce massacre ne sont pas concernés par l’amnistie de 1993. Le recteur de l’Université, le Père José Maria Tojeira, a souhaité que désormais «le cas soit sérieusement discuté dans un contexte judiciaire». (apic/cip/vd)

29 décembre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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