«Sans la vérité, l’homme ne peut saisir le sens de sa vie»

Rome: Extraits du second tome de «Jésus de Nazareth» de Benoît XVI

Rome, 2 mars 2011 (Apic) Le Vatican a publié, le 2 mars 2011, quelques extraits de trois chapitres du second tome du «Jésus de Nazareth – seconde partie», de Benoît XVI, sur la Passion et la Résurrection du Christ. Cette diffusion anticipée, une semaine avant la parution officielle, intervient alors que certains passages ont été révélés par la presse italienne, rapporte l’agence I.MEDIA, le 2 mars.

Dans ce 2e volume, portant la double signature de Joseph Ratzinger/Benoît XVI, le pape aborde l’entrée de Jésus dans Jérusalem jusqu’à la Résurrection. Il revient longuement sur le thème de la vérité et de son rapport avec la politique. Il apporte des clarifications sur la responsabilité des juifs dans la condamnation à mort de Jésus.

La vérité (extraits du chapitre 7: «Le procès de Jésus»)

«Si Jésus fait reposer son concept de royauté et de règne sur la vérité comme catégorie fondamentale, il est alors très compréhensible que le pragmatique Pilate demande: ’Qu’est-ce que la vérité?’ (Jean 18, 38)». «C’est la question que se pose aussi la doctrine moderne de l’Etat: est-ce que la politique peut prendre la vérité comme catégorie pour sa structure?, rappelle Benoît XVI. Ou bien faut-il laisser la vérité, comme dimension inaccessible, à la subjectivité, et s’efforcer au contraire de réussir à établir la paix et la justice avec les instruments disponibles dans le domaine du pouvoir? Etant donné l’impossibilité d’un consensus sur la vérité et en s’appuyant sur elle, la politique ne se fait-elle pas l’instrument de certaines traditions qui, en réalité, ne sont que des formes de conservation du pouvoir?», s’interroge le pape.

Mais «que se passe-t-il si la vérité ne compte pour rien? Quelle justice alors sera possible? Est-ce qu’il ne doit pas y avoir des critères communs qui garantissent véritablement la justice pour tous – critères soustraits à l’arbitraire des opinions changeantes et aux concentrations du pouvoir? N’est-il pas vrai que les grandes dictatures se sont maintenues par la force du mensonge idéologique, et que c’est la vérité seule qui a pu apporter la libération?»,

La question: «Qu’est-ce que la vérité?» n’a pas été mise de côté uniquement par Pilate, rapporte le souverain pontife. «De nos jours aussi, dans le débat politique tout comme dans la discussion à propos de la formation du droit, on éprouve en général une certaine difficulté à son égard. Mais sans la vérité, l’homme ne peut saisir le sens de sa vie; il laisse alors le champ libre aux plus forts».

La condamnation (extrait du chapitre 7: «Le procès de Jésus»)

«On dit souvent que les Evangiles, en raison d’une tendance favorable aux Romains pour des motifs politiques, auraient présenté [la condamnation] de manière toujours plus positive, en jetant progressivement sur les Juifs la responsabilité de la mort de Jésus. En fait, il n’y avait aucune raison qui permette de soutenir cette tendance dans la situation historique des évangélistes, affirme Benoît XVI. Lorsque les Evangiles furent rédigés, la persécution de Néron avait déjà montré les aspects cruels de l’Etat romain et tout l’arbitraire du pouvoir impérial. Si nous pouvons dater l’Apocalypse plus ou moins à l’époque où fut composé l’Evangile de Jean, il apparaît évident que le quatrième Evangile ne s’est pas formé dans un contexte qui aurait permis un cadre ’philo-romain’», poursuit le pape.

«Mais Pilate savait que Jésus n’avait pas suscité un mouvement révolutionnaire. D’après tout ce qu’il avait entendu dire, Jésus devait lui être apparu comme un exalté religieux qui, peut-être, violait des prescriptions judaïques concernant le droit et la foi, mais cela ne l’intéressait pas. C’était aux Juifs eux-mêmes qu’il revenait de juger de cela. Au regard des règlements romains concernant la juridiction et le pouvoir, qui entraient dans ses compétences, il n’y avait rien de sérieux contre Jésus», analyse le souverain pontife.

La Pâque de Jésus (extrait du chapitre 5: «La dernière Cène»)

«Mais alors, que fut vraiment la dernière Cène de Jésus?, s’interroge le pape. Et comment est-on arrivé à la conception certainement très ancienne de son caractère pascal? La réponse de Meier est étonnamment simple et convaincante sous de nombreux aspects. Jésus était conscient de sa mort imminente. Il savait qu’il n’aurait pas pu manger la Pâque. Dans cette claire conscience, il invita ses disciples à une dernière Cène de caractère très particulier, une Cène qui n’appartenait à aucun rite juif déterminé, mais qui était ses adieux, dans lesquels il donnait quelque chose de nouveau, il se donnait lui-même comme le véritable Agneau, instituant ainsi sa Pâque».

«Une chose est évidente dans toute la tradition, rappelle Benoît XVI: l’essentiel de cette Cène de congé n’a pas été la Pâque ancienne, mais la nouveauté que Jésus a réalisée dans ce contexte. Même si ce banquet de Jésus avec les Douze n’a pas été un repas pascal, selon les prescriptions rituelles du judaïsme… : c’était la Pâque de Jésus. Et, en ce sens, il a célébré la Pâque et il ne l’a pas célébrée: les rites anciens ne pouvaient pas être pratiqués; quand vint leur moment, Jésus était déjà mort. Mais il s’était donné lui-même et ainsi il avait vraiment célébré la Pâque avec eux. De cette façon, l’ancien rite n’avait pas été nié, mais il avait seulement été porté ainsi à son sens plénier», précise le pape.

La trahison de Judas (extrait du chapitre 3: «Le lavement des pieds»)

«Ce qui est arrivé à Judas, selon Jean, n’est plus psychologiquement explicable. Il est tombé sous le pouvoir de quelqu’un d’autre: celui qui brise l’amitié avec Jésus, celui qui se débarrasse de son ’joug aisé’ n’arrive pas à la liberté, il ne devient pas libre, mais il devient au contraire l’esclave d’autres puissances – ou plutôt: le fait de trahir cette amitié découle alors de l’intervention d’un autre pouvoir auquel on s’est ouvert».

«Sa deuxième tragédie – après la trahison – est qu’il ne réussit plus à croire à un pardon. Sa repentance devient désespoir. Il ne voit plus désormais que lui-même et ses ténèbres, il ne voit plus la lumière de Jésus – cette lumière qui peut illuminer et même outrepasser les ténèbres. Il nous fait ainsi découvrir la forme erronée du repentir: un repentir qui n’arrive plus à espérer, mais qui ne voit désormais que sa propre obscurité. Il est destructeur et n’est donc pas un authentique repentir. La certitude de l’espérance est inhérente au juste repentir – une certitude qui naît de la foi dans la puissance supérieure de la Lumière qui s’est faite chair en Jésus».

Encadré

Neuf chapitres et un épilogue

Le premier chapitre traite de «l’entrée à Jérusalem et de la purification du Temple».

Le second est dédié au «discours eschatologique de Jésus», dans lequel sont abordés les thèmes de la destruction de Jérusalem, le jugement dernier et la fin du monde.

Le troisième chapitre est consacré au «lavement des pieds», que le Christ accomplit avec ses disciples, au «mystère du traître», Judas, et aux «deux conversations avec Pierre».

Le quatrième chapitre aborde «la prière sacerdotale de Jésus».

Le cinquième chapitre est entièrement consacré à «la dernière cène» et à la théologie de l’institution eucharistique.

Dans le sixième chapitre, Benoît XVI évoque Gethsémani et décrit la prière du Seigneur.

Le septième chapitre est dédié au «procès de Jésus» devant le sanhédrin, à la présence de Jésus face aux chefs juifs et à Ponce Pilate.

Le huitième chapitre parle de la crucifixion, de la sépulture et de la mort de Jésus. Benoît XVI s’arrête notamment sur les paroles du Christ en croix, sur l’abandon de Jésus, sur les vêtements tirés au sort et sur les femmes au pied de la croix.

Le neuvième et dernier chapitre porte sur la résurrection de Jésus et sa signification historique. Le pape parle de l’»énigme de la tombe vide», du «troisième jour», jour de la résurrection de Jésus, et des premiers témoins.

L’épilogue est consacré à l’ascension de Jésus, 40 jours après la résurrection. (apic/imedia/lb/ggc)

2 mars 2011 | 17:32
par webmaster@kath.ch
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