Sant’Egidio: Pas de mandat officiel du Saint-Siège

Dans une interview accordée à l’APIC, le fondateur de Sant’Egidio, Andréa Riccardi, professeur d’histoire du christianisme à l’Université romaine «La Sapienza», explique le charisme de son mouvement. Les membres de Sant’Egidio – entre 15 et 20’000 dans tous les continents sauf l’Océanie – sont des laïcs vivant en petites communautés et travaillant avec les pauvres. «Nous nous retrouvons pour écouter la parole de Dieu, dans un lien de fraternité sans frontières… Si la communauté a débuté en 1968 à Rome, pas besoin d’être Romain pour être de Sant’Egidio!».

«Notre charisme, c’est d’être l’Eglise de tous, et surtout des pauvres…être des chrétiens avec les démunis, insérés dans le monde contemporain. Nous sommes dans le quartier du Trastevere, au centre de Rome, dans la banlieue, et un peu partout. Nous nous consacrons aux personnes âgées, aux malades du sida, aux prisonniers. Nous prions ensemble.» Algérie, Burundi, Soudan, Mozambique, Guatemala, Kosovo, sont parmi les endroits chauds du globe où Sant’Egidio offre ses services pour la paix.

«Au Mozambique, nous avons joué le rôle de médiateurs… Le Frelimo et la Renamo, qui se sont affrontés militairement pendant 16 ans, ont négocié durant deux ans et demi à la Communauté de la Piazza S. Egidio. La paix a été signée chez nous le 4 octobre 1992.»

Au Kosovo, la violence était programmée

«Au Kosovo, nous avons travaillé pour la réouverture des écoles et de l’Université de Pristina dont étaient exclus les jeunes Albanais. Nous avons gardé des contacts avec les Serbes, pour maintenir l’accord scolaire signé par Slobodan Milosevic et Ibrahim Rugova. On avait bien expliqué au pouvoir serbe que c’était une folie de fermer les écoles pour les Albanais. On aurait dû continuer avec des accords différenciés sur le terrain. L’option de la lutte armée, celle de l’UCK, est une option que nous avions prévue depuis toujours. Les Kosovars ont perdu patience. La voie de la guérilla et des attentats n’est jamais une bonne voie. Ibrahim Rugova avait cherché la voie politique non-violente et nous avons appuyé les tentatives de réconciliation. Mais c’est aux Kosovars de choisir leur voie.

Un mandat de la part du Saint-Siège pour ce travail de médiation? «Nous n’avons reçu ni mission officielle ni officieuse du Vatican, mais nous pensons qu’aujourd’hui, un chrétien doit être ouvert aux horizons du monde. Le Vatican a sa diplomatie propre, ses chemins… Mais cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas d’autres chemins pour les chrétiens… Sant’Egidio ne cherche cependant pas une voie alternative. Le pape Jean Paul II a dit que notre action ne connaît pas de frontières, sinon les frontières de la charité».

Sant’Egidio bénéficie en effet d’un grand courant de sympathie dans les milieux d’Eglise pour son engagement en faveur de la paix. Mais certaines initiatives lui ont valu quelques solides inimitiés. Ainsi celle qui a abouti à la signature, le 13 janvier 1995, de la «Plate-forme de Rome» par les partis de l’opposition algérienne, réunis à Rome dans les locaux de la Communauté de Sant’Egidio. Cette «Plate-forme de Rome» a soulevé pas mal de questions, notamment de la part de Mgr Pierre Claverie, l’évêque d’Oran. Ce dernier estimait, dans un entretien accordé à l’agence APIC peu de temps avant son assassinat le 1er août 1996, qu’elle faisait la part trop belle au FIS, le Front islamique du salut, dont le refus de la violence armée était loin d’être explicite. (apic/be)

3 mars 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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