Sao Paulo: Le cardinal Paulo Evaristo Arns fait ses adieux à ses diocésains
«Pasteur et prophète de notre ville»
Sao Paulo, 18 mai 1998 (APIC) Plus de 5’000 personnes de l’archidiocèse de Sao Paulo, 300 prêtres et 17 évêques ont fêté dimanche le cardinal Paulo Evaristo Arns, qui célébrait sa dernière messe à la cathédrale en tant qu’archevêque de Sao Paulo. Le 15 avril dernier, Jean Paul II avait en effet accepté sa demande de démission, pour raison d’âge, après 28 ans à la tête de l’archidiocèse.
Durant deux heures et demi, les participants ont remercié leur cher «dom Paulo» par une liturgie remplie de symboles et de gestes liés à la lutte et à la foi du peuple de la grande métropole industrielle du Brésil. Des banderoles et des écriteaux remplissaient la cathédrale en évoquant les qualités principales du pasteur: On pouvait lire, entre autres, «Dom Paulo, tu nous as aidés à rendre témoignage», ou «Dom Paulo, pasteur et prophète de notre ville».
Parmi les évêques, on remarquait le cardinal Aloisio Lorscheider, archevêque d’Aparecida do Norte (Etat de Sao Paulo), franciscain comme dom Paulo, et l’évêque anglican Gluaco Soares, président du Conseil national des Eglises chrétiennes (CONIC).
Avant la messe, plusieurs évêques ont donné une interview collective aux journalistes présents. Le cardinal Arns, ému, a déclaré. «Je ne m’en vais pas. Je veux rester avec le peuple et je demeure aux côtés de ceux qui souffrent. Il est vrai que l’Eglise catholique passe par un moment de stagnation. Il y a une disproportion entre l’augmentation de la population de la ville de Sao Paulo et le nombre des fidèles pratiquants». Le problème, à ses yeux, est cependant provisoire. «Ce phénomène arrive presque toujours à la fin de chaque siècle. Certains catholiques sont attirés par d’autres religions. Il ne faut pas trop se plaindre et avoir foi dans l’avenir. Quand nous entrerons dans le nouveau millénaire, il faudra dire joyeusement: «Regarde, tout commence de nouveau. Crois avec l’espérance plein le cœur!» Par ailleurs, a-t-il ajouté, la division de l’Eglise entre une aile progressiste et une aile conservatrice durera jusqu’à la fin des temps».
Le cardinal Arns a également répondu à une question sur les catholiques engagés dans la «Rénovation charismatique». «Ce mouvement doit être respecté quand il se présente sous sa forme «orthodoxe», mais il doit éviter de grandes exagérations quand il parle de guérisons et de miracles immédiats et d’autres baptêmes dans l’Esprit-Saint qui ne sont pas conformes à l’enseignement de l’Eglise.
Appui aux victimes de la sécheresse
Puis revenant sur les invasions, par les victimes de la sécheresse, des supermarchés ou des hangars d’aliments dans le Nord-Est, il les a une nouvelle fois justifiées en affirmant que «Jésus donne raison à ceux qui a ont faim et qui font tout ce qui est possible pour tuer cette faim. Par contre, dévaliser les grands magasins, sans qu’une extrême nécessité l’exige, est un désastre».
Le cardinal Aloisio Lorscheider, de son côté, a minimisé les craintes émises par certains à l’occasion de la nomination du successeur de Dom Paulo Arns. «Les changements qu’a inaugurés dom Paulo sont irréversibles. Son successeur, Claudio Hummes, peut avoir une vision un peu différente de celui que nous fêtons aujourd’hui, mais il continuera le travail accompli. J’en ai la certitude».
La présence prophétique de dom Paulo
Un des évêques auxiliaires de Sao Paulo, Mgr Antonio Celso de Queiroz, de la région Ipiranga, a expliqué que sans la présence de dom Paulo, l’Eglise de Sao Paulo n’aurait pas donné un signal prophétique en lien avec la réalité vécue par le peuple. Elle aurait succombé avec facilité à la tentation ecclésiastique, assez fréquente, de se regarder elle-même, ne se préoccupant que de ’questions domestiques’. Sans la présence de dom Paulo, notre Eglise ne se serait pas courageusement engagée dans les quartiers pauvres de la périphérie de la grande ville. Sans lui, notre Eglise se serait mise à l’écart de la lutte ouvrière, des mouvements sociaux et des grands problèmes politiques de notre pays».
Mgr Queiroz a ajouté: «Dans les moments difficiles de la dictature militaire, la présence forte de Dom Paulo a été fondamentale et exemplaire. Une présence faite de prophétisme contre les responsables des violations des droits de l’homme et de douceur pour les prisonniers torturés. Et aujourd’hui, en se retirant de la direction de l’archidiocèse, il laisse en outre un héritage précieux pour toute l’Eglise du Brésil». (apic/plp/ba)




