Les réactions n’ont pas tardé à la suite de la publication de ce rapport. Le groupe de travail catholique sur les nouveaux mouvements religieux de la Conférence des évêques suisses rappelle que les Eglises nationales ne reconnaissent pas la scientologie comme une Eglise ou une religion, mais comme un groupement a visée idéologique. Dans de nombreux cas, des anciens adeptes de la secte ou leurs proches sont sortis brisés des conflits avec la scientologie et ils ont besoin d’une aide juridique et spirituelle durant des années, constate le groupe de travail.
Satisfaction du côté du groupe de travail catholique de la CES
Plus nuancé, en revanche, est la réaction du pasteur genevois Jean-Claude Basset, initiateur du projet du «Centre de liaison et d’information sur les minorités spirituelles», créé récemment avec l’abbé Alain-René Arbez, de Genève également. Dans une déclaration faite au Service de presse protestant (SPP), Jean-Claude Basset disait récemment vouloir «refuser la diabolisation systématique des mouvements religieux minoritaires, même s’ils bousculent nos modes de pensée, et cela sans pour autant les cautionner, encore moins justifier les dérives». Reste que coup sur coup, deux sectes – raël et la scientologie – invitées à la plate-forme de dialogue «pour comprendre le succès des mouvements religieux», viennent de faire la une de l’actualité. Et pas en leur faveur.
L’initiative ne tombe-t-elle pas à point nommé pour les responsables des sectes räel, scientologue et moon trop contents de trouver un paravent et un alibi dans la démarche du pasteur et de l’abbé genevois? «Je n’ai pas lu le rapport… Les auteurs ne constatent aucune infiltration au niveau de l’Etat», déclare le pasteur Basset. Ce dernier, qui estime que le public est très mal informé, va dans le sens de la demande du rapport, qui se prononce pour la création d’un observatoire.
Manipuler? «Dialoguer avec quelqu’un ne veut pas dire qu’on est d’accord avec lui. Il faut commencer à parler avec lui, et lorsque les faits sont avérés, je suis le premier à dire qu’il faut dénoncer les dérives sectaires. On s’est du reste donné les moyens d’intervenir là où il y a des problèmes au niveau des faits… et pas au niveau de l’imaginaire», commente le pasteur Basset, qui ne se considère absolument pas comme l’alibi des responsables des sectes. Selon lui, on amalgame beaucoup de chose sur le mot secte, que nous n’avons pas réussi à définir jusqu’à aujourd’hui. «Il y a une sorte de discours complètement contradictoire entre ce que disent les sociologues de la religion – je pense à Roland Campiche et à Roland Mayer… des milieux universitaires – et l’image populaire véhiculée par les médias notamment. Ce que je voudrais, c’est rapprocher les deux. Parce que je ne veux pas dire que l’un à raison contre l’autre».
Quand à l’abbé Alain René Arbez, aumônier à la prison de Chandolon, il se déclare favorable à l’idée de voir l’Etat prendre ses responsabilités. «Je vois d’un bon oeil des organes de surveillance, pas au sens policier de pays totalitaires, mais bien des organes de surveillance de tous les mouvements qui affichent des idées religieuses ou des visions du monde différentes de ce que l’on connaît dans les Eglises historiques».
L’abbé Arbez, qui se félicite de voir les autorités prendre leurs responsabilités en matière de sectes, se dit favorable à l’observatoire souhaité dans le rapport du Département fédéral, «indispensable», même si cela ne répond pas à tout. Au niveau de la proximité, estime-t-il, des associations d’aide aux victimes des dérives sectaires peuvent avoir leur utilité, comme du reste le Centre créé par le pasteur Basset. «Ces approches ont leurs utilités sociales, chacune à leur niveau».
Pour le prêtre genevois, «il est nécessaire de passer du laxisme à une maîtrise de la situation, sans pour autant pratiquer une chasse aux sorcières, et diaboliser à priori tous les groupes minoritaires. D’un autre côté, avoir une sorte d’irénisme qui se résumerait à dire: tout le monde peut exister sur cette terre et ne pas y regarder de plus près serait extrêmement dangereux», souligne en conclusion encore l’abbé Arbez. (apic/pr)



