Satish Kumar: moine à 9 ans, activiste en Inde, professeur et écrivain en Angleterre

Réchauffement climatique, inégalités sociales, guerres et tensions politiques, la planète terre est menacée par une crise systémique, causée par la main de l’Homme. «Il faut agir, sans attendre que les gouvernements, l’industrie, le business finissent par bouger. Si les gens, à la base, ne changent pas, le gouvernement ne va pas changer!», lance Satish Kumar, écologiste, pacifiste, écrivain et conférencier.

S’inspirant du Mahatma Gandhi, qui a été pour lui une grande source d’inspiration, Satish Kumar lance: «nous devons être nous-mêmes le changement, pas seulement aux plans environnemental, économique et social, mais également au plan spirituel».

Adepte de Gandhi

Le sage d’origine indienne –  il est né en 1936 dans la campagne du Rajasthan, un Etat du nord-ouest de l’Inde – est l’un des invités vedettes, jeudi 22 février 2018, d’une journée placée sous le signe de la transition qui s’est tenue à Berne à l’initiative des œuvres d’entraide Pain pour le prochain et Action de Carême.

Ce personnage hors du commun, qui vit dans le Devon, en Angleterre, a plusieurs vies: à 9 ans, il quitte la ferme familiale et décide de son plein gré d’entrer dans un ordre religieux, de devenir moine itinérant de la communauté Jaïn, une très ancienne religion de l’Inde qui met l’accent sur la pratique active de la non-violence et sur un immense respect du vivant.

Ma mère, mon premier maître

«Ma spiritualité vient de ma mère, mon premier maître, confie-t-il à cath.ch. Mon père était un homme d’affaires, et c’est elle qui tenait la ferme, qui labourait, qui fabriquait le beurre. C’est inhabituel chez les Jaïns, qui ne travaillent pas la terre, mais ma mère était une rebelle!»

A 18 ans, après s’être rendu compte, à la lecture de Gandhi, que s’il était un être baigné de spiritualité, il était hors du monde, il a quitté son ordre monastique. Il lui fallait «venir dans le monde». Il n’avait que 11 ans lorsque le Mahatma a été assassiné à Delhi en janvier 1948, mais ses écrits et son exemple l’ont marqué. Il s’est rendu compte que les moines étaient déconnectés de la vie réelle, de la réalité concrète. Il a alors voulu apporter un regain de spiritualité dans un monde qui met en premier lieu l’argent et le pouvoir. «C’est la mentalité dominante dans les grandes métropoles indiennes, pas encore dans les campagnes!»

Ma spiritualité vient de ma mère, affime l’activiste Satish Kumar | © Jacques Berset

Ecologiste et pacifiste indien

Mais l’écologiste et pacifiste indien – il a lutté pour la réforme agraire en Inde et contre l’armement nucléaire – se refuse à mettre des étiquettes sur les gens: «on ne doit pas juger les personnes selon leur statut, qu’elles soient riches ou pauvres, ce sont des êtres humains. Il faut se libérer des catégories, nous sommes tous reliés à la nature. Si l’argent est devenu notre Dieu, si nous sommes esclaves du temps, toujours pris par le travail, sans prendre le temps de réfléchir, de méditer, de prendre de la distance, c’est finalement notre choix!»

En 1973, le militant indien s’installe au Royaume-Uni, où il dirige depuis lors le magazine alternatif  Resurgence, devenant une référence en matière d’initiatives écologiques et éducationnelles qui ont reçu un écho international. Il fonde, dans le sud du Devon, le Schumacher College, où il est toujours professeur invité.

Depuis plus de deux décennies, ce centre de recherche et d’expérimentations, situé dans le sud-ouest de l’Angleterre, près des Cornouailles, reçoit des activistes du monde entier autour de sujets de transitions économique, écologique et de spiritualité.

Le Schumacher College à Totnes, dans le Devon, au sud-ouest de l’Angleterre | www.schumachercollege.org.uk

Demain

Le Schumacher College est situé dans la petite ville de Totnes, 8’000 habitants, là où a démarré en 2006 le mouvement Transition Towns (»villes en transition»). Ses habitants visent à l’autonomie énergétique (utilisation de l’énergie solaire, biogaz, par ex.) ainsi qu’à l’autarcie alimentaire. La ville s’est même proclamée «capitale mondiale de la transition», voulant ainsi montrer le chemin au reste de la planète. L’objectif est de préparer l’humanité à l’ère de l’après-pétrole et de la sortie du nucléaire.

La ville est citée en exemple dans Demain, film documentaire français, réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent, montrant des alternatives dans dix pays autour du monde. C’est à Totnes que l’enseignant en permaculture Rob Hopkins, également professeur au Schumacher College, a lancé le Mouvement des Villes en Transition.

Villes en transition

Tout comme le film Demain, qui se refuse au catastrophisme, Satish Kumar se veut optimiste.   Il propose des exemples d’alternatives au système globalisé, dans les domaines de l’agriculture, de l’énergie, de l’économie, de l’éducation ou de la gouvernance, en insistant sur la dimension spirituelle. Tout en précisant que cette spiritualité se retrouve au-delà de toutes les religions, «qui malheureusement sont trop souvent fermées sur elles-mêmes, dogmatiques et exclusivistes, maintes fois utilisées à des fins politiques et idéologiques, menant à la séparation entre les Hommes».

Prêcher par l’exemple, commencer soi-même le changement

Conséquent avec sa vision de l’univers, Satish Kumar a choisi de vivre «simplement» et de faire sa «transition personnelle», en consommant moins mais mieux, et en mettant l’accent sur la vie familiale et spirituelle. Entre les livres qu’il lit et commente en compagnie de son épouse tous les matins durant une heure, ceux qu’il écrit et les cours hebdomadaires qu’il dispense au Schumacher College, il cultive son jardin, sur un terrain de deux acres, récolte ses légumes (il est végétarien) et les fruits de ses cinquante pommiers. 


Marche antinucléaire de Moscou à Washington

Sensible à l’avenir de la planète, Satish Kumar est très inquiet de la course à l’armement nucléaire. A l’âge de 24 ans, inspiré par le penseur Bertrand Russell, qui a beaucoup écrit sur la désobéissance civile, Satish Kumar et son ami E. P. Menon décident d’entreprendre une marche pour la paix sans un sou en poche. Ils veulent rallier à pied les 4 capitales du monde nucléaire de l’époque: Moscou, Paris, Londres et Washington. Ils tiennent leur pari et ne survivent que grâce au sens du partage des gens qu’ils rencontrent sur leur route. Satish Kumar rencontrera dans son long parcours le penseur indien Krishnamurti, Bertrand Russel, le pasteur Martin Luther King, ou encore l’économiste Fritz Schumacher, rencontres qui sont autant d’invitations à une réflexion en profondeur sur notre monde actuel et ses dérives.  (cath.ch/be)

En français, lire: Tu es, donc je suis  Satish Kumar, Belfond.

Satish Kumar, écologiste, pacifiste, écrivain et conférencier | © Jacques Berset
22 février 2018 | 11:25
par Jacques Berset
Partagez!