Se montrer souple

Organisé par le dominicain Jean-Bernard Dousse, l’abbé Martial Python et Sœur Véronique, en charge de la préparation de la confirmation et de la communion des gens de la route, et cela indépendamment de leur âge, ce pèlerinage mobilise de plus en plus de jenischs de Suisse, mais en particulier de Romandie, explique le Père Dousse. «Pendant longtemps, admet-il, l’Eglise catholique ne s’est pas beaucoup occupée d’eux. Aujourd’hui, quelque chose se met en place. C’est d’autant plus nécessaire que les gens du voyages sont motivés et traditionnellement croyants».

Le premier rendez-vous de ce genre remonte à 1995. «Dans le cadre de la préparation à la confirmation, nous avions pensé parachever la dernière journée de catéchèse en la faisant coïncider avec un pèlerinage. Qui s’est répété. A la demande des gens du voyage, nous avons décidé de mettre sur pied une nouvelle confirmation cette année. La première des quatre sessions s’est déroulée à la fin de l’automne dernier: deux heures de catéchèse intensives et denses à chaque fois, puis une messe».

Il est clair, poursuit le Père Dousse, que nous devons nous montrer souple, disponibles, c’est-à-dire d’être là au moment où eux sont là. De fin octobre à début mars, ces gens s’arrêtent généralement, se font plus sédentaires, dans leurs caravanes voire, pour certains, dans des appartements. Il faut donc tenir compte du fait qu’ils sont très peu en place, et pas très longtemps. En d’autres termes, il convient de connaître un minimum leur vie et accepter de s’adapter à eux.

Pour le Père dominicain, s’il fallait appliquer en matière de préparation à la communion ou à la confirmation exactement les mêmes critèères que pour les autres enfants et jeunes, ces Jenischs ne seraient jamais ni communiés, ni confirmés. A nous de nous montrer souple, à l’Eglise aussi. En mars prochain, un grand-père du voyage fera sa première communion en même temps que son petit-fils. Le côté familial particulièrement vécu, l’aspect convivial, solidaire et chaleureux des gens du voyage a frappé plus d’une fois le dominicain. Une quarantaine de personnes accompagnent généralement les «candidats» à la confirmation, lors des sessions de préparation. «Les grands-parents, les parents ou les conjoints se joignent spontanément à nous».

L’exemple de la France

L’Eglise catholique en Suisse, contrairement à la France, qui dispose d’une aumônerie particulièrement présente, organisée et performante, n’a pour l’heure jamais vraiment jugé utile de mettre en place une pastorale adaptée aux gens du voyage. Il y a bien eu un essai, il y a quelques années, avec un prêtre chargé des forains et des gens du cirque – un autre groupe de personnes encore. L’exprience s’est finalement soldée par un échec. Le prêtre en question ne s’était pas senti suffisamment soutenu, explique le Père Dousse. Avant de préciser: «Dès que le diocèse aura un nouvel évêque, nous lui proposeront une structure, en même temps que proposition sera faite de se donner les moyens d’une pastorale destinée au gens du voyage. Mgr Farine y est favorable. C’est d’ailleurs lui qui confirmera en mars prochain».

La mise sur pied d’une telle structure est d’autant plus nécessaire que nombreux de jeunes issus de gens de la route sont «happés» par des sectes ou des mouvements pentecôtistes. «Certaines familles commencent à être divisées à cause des sectes…»

Le phénomène n’est pas propre à la Suisse. En Espagne, le directeur national de la pastorale gitane, Enrique Gimenez, a en effet indiqué à Madrid qu’il était temps de mettre en place une pastorale plus indiquée afin d’éviter la désertion massive des gitans pour des mouvements pentecôtistes et des sectes. «La relation historique entre le monde gitan et l’Eglise est, relève E. Gimenez, gitan lui même, quelque chose de beaucoup trop fort pour être aujourd’hui négligée». Dans le cadre de la béatification de Ceferino, «El Pelé» (1861 – 1936), les évêques espagnols ont du reste publié un document à travers lequel ils confessent «avec horreur d’avoir traité les gitans comme des assistés, sans jamais tenir compte de leurs nécessités apostoliques». (apic/pierre rottet)

14 février 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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