Plaudoyer pour la doctrine sociale de l’Eglise

Second jour du voyage du pape en Lettonie (090993)

Riga, 9septembre(APIC) Le pape Jean Paul II, qui s’est rendu jeudi matin

au sanctuaire marial d’Aglona, a brossé dans la soirée un tableau de la

doctrine sociale de l’Eglise catholique. En relevant devant des représentants du monde culturel que si l’Eglise a condamné le communisme, elle

s’est également distancée de l’»idéologie capitalise». Une pensée qu’il devait préciser en rappelant l’encyclique «Quadragesimo anno», de Pie XI, qui

critiquait déjà «l’impérialisme international de l’argent».

Au second jour de son voyage en Lettonie, le pape Jean Paul II, lors

d’une messe célébrée le matin au sanctuaire marial d’Aglona, a appelé à un

renforcement et à une intensification de l’oecuménisme. «J’espère de tout

coeur que parmi les chrétiens l’effort oecuménique pour l’unité ne soit jamais laissé de côté», a déclaré Jean Paul II au sanctuaire d’Aglona, situé

à quelque 200 km à l’est de la capitale Riga.

Dans son homélie, dont une partie a été consacrée au mystère de Marie,

le pape a encore exprimé sa joie de voir les pèlerinages publics à Aglona

reprendre dans tout le pays à la suite de la nouvelle liberté religieuse

retrouvée après «de longues années de silence sur Dieu».

Jean Paul II s’est en outre réjoui de la présence à Aglona «de frères

chrétiens appartenant à d’autres confessions, orthodoxes et luthériens, désireux de partager une initiative commune de prière si importante…»

S’adressant à ces derniers, le pape les a assurés qu’une telle présence

«constitue un motif d’espoir sur le chemin de l’oecuménisme».

La doctrine sociale de l’Eglise

Après avoir dialogué avec les évêques et les prêtres lettons, le pape

s’est rendu en fin d’après-midi à l’Université de Riga pour y rencontrer le

monde de la culture. Dans son discours, Jean Paul II a rappelé les points

saillants de la doctrine sociale de l’Eglise, en commençant par la contribution des chrétiens à la construction du pays. «En premier lieu, a-t-il

dit, il ne s’agit pas d’une doctrine politique ou encore moins d’une doctrine économique, mais de domaines dont l’autonomie doit être respectée et

promue».

Le pape a rappelé que l’Eglise ne propose pas de choix techniques, lesquels relèvent de l’Etat ou de la société. En outre, a-t-il précisé, la

doctrine sociale catholique n’est pas une approbation du capitalisme car,

tandis qu’elle condamne avec décision le socialisme, «depuis l’encyclique

’Rerum novarum’ de Léon XIII, l’Eglise s’est toujours distancée de l’idéologie capitaliste, jugée responsable de graves injustices sociales». Pie XI

a fait de même avec «Quadragesimo anno», en critiquant «l’impérialisme international de l’argent».

Enfin, a expliqué Jean Paul II, «la doctrine sociale de l’Eglise n’est

pas une troisième voie entre capitalisme et communisme. Son but n’est pas

de dessiner un «système», mais de montrer des limites qu’on ne peut dépasser et de suggérer des itinéraires dignes de l’homme et conforme à la loi

naturelle».

Après avoir rappelé le caractère brutal de la chute du «socialisme réel»

– «où il n’est pas difficile de voir la main de Dieu» -, le pape a souligné

que «les exigences de départ de ce système étaient réelles et graves». En

effet, «la situation d’exploitation à laquelle un capitalisme inhumain soumettait le prolétariat depuis le début de la société industrielle était une

iniquité condamnée ouvertement par la doctrine sociale de l’Eglise»: voilà

ce qu’il y avait au coeur de la vérité du marxisme, qui explique son attrait même dans les sociétés occidentales. Un système qui, pour le pape,

était appelé à faire faillite, «faute d’une référence transcendante».

«Au coeur de l’ordre social, il y a l’homme dans sa dignité inaliénable

de créature créée à l’image de Dieu. L’importance de la société dérive de

celle de l’homme et non le contraire». Et Jean Paul II d’énumérer quelques

principes «incontournables» énoncés dans la doctrine sociale de l’Eglise:

la destination universelle des biens; la légitimité de la propriété privée;

la reconnaissance de l’importance du travail; une écologie authentique; une

conception équilibrée de l’Etat, dépourvue de totalitarisme, Etat de droit

en même temps qu’Etat social avec les garanties que cela comporte.

Pour la réconciliation des nationalités en lettonie

Durant la messe du matin, le pape a improvisé quelques mots en russe sur

la réconciliation des nationalités, problème de première importance en Lettonie, où plus du tiers de la population est d’origine russe.

Les intellectuels lettons réagissent à la russification de la Lettonie

Les diverses mises en garde du pape contre le nationalisme et le plaidoyer en faveur de la réconciliation des nationalités ne semblent pas avoir

été entendus par un groupe d’intellectuels lettons. Dans une déclaration

publiée à Riga à l’occasion de la visite de Jean Paul II, ceux-ci condamnent la russification de la Lettonie par l’Union Soviétique après la seconde guerre mondiale. Selon ce groupe, environ 800’000 citoyens ont été amenées des territoires russes dans les villes lettones, dont 60% dans la seule ville de Riga. Les auteurs de la déclaration, qui pensent que les nouvelles lois sur les étrangers et la citoyenneté doivent tenir compte de

cette réalité, estiment que les Lettons étaient considérés comme «des citoyens de seconde classe» sous le régime communiste. (apic/cip/cic/pr)

9 septembre 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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