Les marabouts observent une neutralité inhabituelle
Sénégal: Campagne électorale présidentielle
Dakar, 19 février 2007 (Apic) Les marabouts, autrefois prompts à donner des consignes de vote en faveur d’un candidat de leur choix, lors d’élections au Sénégal, se montrent plus discrets cette année. La campagne pour la présidentielle du 25 février en fait foi.
La politique était traditionnellement sous une certaine influence des marabouts au Sénégal. Ces derniers ont toujours été considérés comme des «faiseurs de roi», depuis la période coloniale, rappelle le correspondant de l’Apic au Sénégal, Ibrahima Cissé. Privilégiés économiquement et socialement, ils sont considérés comme de «grands électeurs» du fait de leur influence sur les millions de leurs disciples. Et ceux-ci, hommes ou femmes, se retrouvent dans toutes les couches de la société. Parmi leurs fidèles, on trouve des ministres, hauts fonctionnaires de l’Etat, directeurs, simple fonctionnaires, paysans, entre autres.
Jusqu’en 2000, leurs instructions étaient suivies rigoureusement, lors d’élections, présidentielle, législatives ou locales. Or, depuis le début la campagne qui s’achèvera le 23 février, aucun guide religieux n’a fait de déclaration en faveur de tel ou tel candidat, malgré les nombreuses visites que leur rendent les hommes politiques. Le khalif général des mourides, Sérigne Saliou Mbacké, avait annoncé la couleur. En juillet 2006, il avait interdit aux hommes politiques tout rassemblement dans sa cité religieuse de Touba (centre-est).
Les hommes politiques font partie de la clientèle des khalifs généraux des tidjanes, à Tivaouane (nord), des mourides à Touba, ainsi que ceux d’autres familles de confréries musulmanes.Toutes les confréries et familles religieuses musulmanes au Sénégal sont traversées par des courants politiques. On y retrouve l’ensemble des sensibilités politiques du pays, et les formations politiques, qu’elles soient de droite, de gauche, comptent en leur sein des militants ou sympathisants.
Les consignes de vote émanent surtout des chefferies musulmanes, le clergé catholique ne prenant jamais position en faveur des hommes politiques. Les hauts prélats de l’Eglise catholique, qui compte environ 5% de la population, estimée à près de 12 millions d’habitants, ont toujours déclaré qu’ils ne donnent pas de consignes de vote aux laïcs, préférant les laisser voter selon leur conscience. En privé, des hommes politiques se sont félicités de la nouvelle attitude des marabouts, estimant que c’est une «bonne chose pour la démocratie» dans le pays.
Le Sénégal vit une campagne électorale présidentielle de 21 jours (4-23 février) durant laquelle certains candidats, particulièrement le président sortant, Abdoulaye Wade, proclament publiquement leur appartenance à l’islam et à une confrérie. La loi sénégalaise interdit pourtant, pendant une campagne électorale, toute identification à une religion, à un sexe, à une région et à une ethnie.
Candidat du Front pour le socialisme et la démocratie (FSD), Cheikh Bamba Dièye a pour sa part fustigé, face aux journalistes qui l’accompagnent dans sa campagne, les hommes politiques qui prennent l’islam comme «habit». Ils ne peuvent pas tromper les marabouts sérieux et vertueux, a-t-il encore indiqué. L’usage de l’islam et de versets du Coran a été condamné par le Collectif des jeunes chefs religieux du Sénégal (CJCRS). Association regroupant de jeunes marabouts intellectuels, dont certains ont fait des études dans les universités et instituts des pays arabes, du Coran pendant la campagne électorale. (apic/ibc/be/vb)




