Une approche plus pragmatique sur le terrain
Sénégal: Déclaration commune des dignitaires religieux contre le préservatif
Dakar, 10 novembre 1997 (APIC) Unanimité entre musulmans et chrétiens contre l’usage du préservatif au Sénégal. Les chefs religieux des deux religions déclarent ensemble ne pas vouloir encourager le préservatif. Ceci équivaudrait à «prôner la facilité, le laisser-aller, la fornication et le vagabondage sexuels», ont déclaré l’imam de la grande mosquée de Dakar, El-hadj Maoudo Sylla, et Mgr Théodore-Adrien Sarr, archevêque de Kaolack et président de la Conférence épiscopale du Sénégal.
Cette déclaration commune a été prononcée en lien avec de la première conférence internationale «sida et religion» qui a eu lieu à Dakar du 31 octobre au 2 novembre. La Conférence a fait apparaître une forte opposition entre les courants traditionalistes, musulmans et chrétiens, et une approche plus pragmatique sur le terrain. Pour les milieux traditionalistes, les seuls moyens de lutter efficacement contre l’épidémie sont la fidélité dans le mariage et l’abstinence.
Le Sénégal est l’un des pays africains qui compte le moins de malades du sida, avec environ 2’168 cas confirmés à la fin de l’année dernière. Soit 1% de la population totale du pays, estimée à près de 8 millions d’habitants. Les spécialistes estiment que le nombre de personnes vivant avec le virus du sida serait de l’ordre de 60’000 personnes en 1998.
Pour lutter contre le sida, le pays s’est engagé dès 1986 sur la piste communautaire. Fortement religieux (94% de musulmans et 4,9% de chrétiens), le Sénégal a mis à profit son dialogue interreligieux pour initier des actions de sensibilisation et de prévention sur le sida. Ces actions sont menées à travers des mouvements associatifs: regroupements de femmes, associations sportives et culturelles de jeunes, regroupements religieux, organisations non gouvernementales locales. Toutes ces organisations sont des relais servant à apporter les réponses efficaces à n’importe quel problème dans ce pays qui a érigé en coutume et tradition, le dialogue et la concertation.
Démarche commune de soutien aux malades
Les organisations musulmanes et chrétiennes de lutte contre le sida ont une démarche commune de soutien aux malades. Elles ne perdent pas non plus de vue l’accueil et l’accompagnement des malades, car pour les religieux des deux communautés, la «prédication ne suffit plus, les religions doivent aller à la rencontre des malades».
Dans leurs stratégies d’implication des religions dans la lutte contre le sida, les responsables sénégalais de la santé ont organisé deux grandes conférences nationales séparées, en 1995 et 1996. La première, sur le rôle de l’islam dans la lutte contre la maladie, la seconde sur la «réponse des Eglises chrétiennes» face au sida.
Selon une religieuse chrétienne, soeur Marie-Luc, de la Congrégation Saint-Thomas de Villeneuve, l’Eglise, par la voix du «pape n’a jamais dit non au préservatif» parce que le Saint-Père «n’a jamais utilisé ce terme dans ses discours et dans ses messages».
Soeur Marie-Luc est membre fondateur, en 1992, d’un «sida-service», créé par l’Eglise catholique, pour aider les «ceux et celles qui souffrent» de la maladie. Cette association est présente dans l’ensemble des 6 diocèses du pays et forme plusieurs membres sur les techniques d’animation et de sensibilisation. (apic/ibc/ba)



