Vagues de protestations des islamistes
Sénégal: Diffusion controversée d’un téléfilm sur la mendicité et l’exploitation des enfants
Dakar, 14 juillet 2002 (APIC) La diffusion à la télévision sénégalaise d’un téléfilm sur l’exploitation des enfants suscite une polémique dans le pays. Religieux musulmans, réalisateurs du film et hommes politiques s’affrontent depuis une semaine autour de la séquence. Les détracteurs reprochent au film de jeter le discret sur les écoles coraniques au Sénégal et de salir l’islam.
Le film s’attaque à l’épineuse question de la mendicité et de l’exploitation des enfants des écoles coraniques au Sénégal. Réalisé et diffusé en woloff, une langue locale très parlée au Sénégal, il montre un enseignant du coran se livrant à l’adultère et l’un de ses élèves, se livrer au jeu de hasard. L’islam bannit ces deux pratiques. L’homme est aussi montré entrain d’exploiter au maximum les adolescents qui lui sont confiés pour l’apprentissage du livre saint. Ces élèves, vivant dans de la mendicité, sont tenus de lui apporter chaque jour une certaine somme d’argent, sous peine de punitions corporelles parfois cruelles.
Intitulé: «Almoudo» (élève de l’école coranique), il a déjà été projeté lors de grands festivals internationaux de film au Burkina-Faso, en Italie et au Canada. Il enregistre un succès grandissant.
Au-delà de la fiction, ce film reflète une triste réalité. A Dakar comme dans les grands centres urbains du Sénégal, de nombreux enfants confiés à des maîtres coraniques pour l’apprentissage du coran, sillonnent quotidiennement les rues et ruelles pour quémander «l’aumône». Mal nourris, mal entretenus, le corps parfois couverts de plaies, pieds nus, avec de vieux pots à la main, on les rencontre en groupe entrain de demander la charité. Dans les rues, ainsi qu’aux carrefours des feux de signalisations, ils interpellent les passants. On les voit aussi manger des restes d’aliments.
Depuis plus de 10 ans, le gouvernement et des ONG tentent de lutter contre ce phénomène. Même si son ampleur a baissé, il est cependant loin d’être vaincu. L’exode rural lié à la sécheresse à l’intérieur du pays pour cause de déficit pluviométrique et à la pauvreté grandissante dans le pays, explique, entre autres, cette résistance.
Retrait du film réclamé
Choqués par l’image que le film laisse, les islamistes réclament son retrait dans le circuit de la diffusion nationale. Immédiatement après la diffusion du téléfilm, le 2 juillet dernier, l’Union des maîtres et élèves coraniques du Sénégal (UMECS) est montée au créneau pour protester. L’UMECS s’est aussi interrogé sur «les raisons véritables» du tournage de cette oeuvre sur les «comportements indignes prêtés dans le théâtre aux maîtres coraniques (adultère, jeux de hasard, exploitation mercantile du talibé)».
L’imam Babacar Sall, de la mosquée Omar, aux Parcelles Assainies, l’un des quartiers populaires les plus peuplées au nord de Dakar, s’est lui aussi insurgé contre la dramatique. Dans un discours essentiellement consacré au téléfilm, il a estimé que ses auteurs se jouent de l’islam.
Plusieurs autres associations islamistes ont fustigé le téléfilm. De nombreux auditeurs se sont relayés, la semaine dernière sur les antennes d’une radio privée pour condamner sa diffusion.
Pour sa part, le producteur du film, Amadou Thior, a déclaré n’avoir «rien inventé». Est-il possible, au troisième millénaire, de donner une éducation coranique à nos enfants sans les faire mendier?, s’interroge-t-il.
Face à cette levée de boucliers, Abdoulaye Babou, député d’un parti de l’opposition à l’assemblée nationale, a critiqué la politique gouvernementale en matière de culture. La création d’oeuvre, dit-il, doit être encouragée mais ne doit pas «heurter les croyances des Sénégalais».
Ce n’est pas la première fois qu’une oeuvre télévisuelle suscite des remous au Sénégal. (apic/ibc/pr)




