La lutte contre le fléau s’organise à un niveau international

Sénégal: En voulant se blanchir la peau, les femmes mettent leur santé en danger

Dakar, 10 février 2002 (APIC) Les dermatologues et chirurgiens sénégalais luttent depuis trente quatre ans contre la dépigmentation. Ils viennent de créer à Dakar une Association Internationale d’information sur la dépigmentation (AIID). Franchissant ainsi une nouvelle étape dans leur combat contre le blanchissement artificiel de la couleur de la peau chez les femmes.

Le Sénégal est l’un des pays d’Afrique noire le plus touché par le fléau du changement artificiel de couleur de peau. Il y est pratiqué depuis plus d’un quart de siècle. Le phénomène est très répandu auprès des sénégalaises de toutes les couches sociales, vivant aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural. Il est fréquent de rencontrer des femmes avec deux teints différents. Le visage et les doigts des mains clairs, mais les pieds noirs. Elles consacrent, en moyenne, chaque mois plus de 5’000 francs CFA (12,5 frs) à l’achat de produits de dépigmentation pour satisfaire cette exigence esthétique.

Selon les résultats d’une enquête publiés par l’AIID, 67 % des sénégalaises s’efforcent d’obtenir un teint clair en utilisant notamment des produits pharmaceutiques détournés, tels que de l’eau oxygénée, en encore des médicaments conçus pour soigner l’eczéma.

Les femmes qui se dépigmentent vont jusqu’à fabriquer elles-mêmes leur produit, le mélange est plutôt détonnant: eau de Javel, shampooing et jus de citron. Tous ces produits pharmaceutiques ou artisanaux causent des dommages graves à l’épiderme. Les dermatologues ne cessent d’évoquer le danger pour les femmes de se dépigmenter. La presse aussi. Mais en vain. La pratique continue d’attirer toujours plus d’adeptes. «C’est par mimétisme», a déclaré à l’APIC la fondatrice de l’AIID, le Dr Fatouma Ly.

Selon les dermatologues et chirurgiens, la dépigmentation est la première cause d’hospitalisation des femmes au Sénégal. Les produits «cosmétiques» utilisés pour cette pratique détruisent les bactéries utiles sur la peau et provoquent une infection du système pileux. Ils détruisent aussi les fibres élastiques qui se trouvent sous la peau, rendant celle-ci transparente, perméable et sensible.

«A la longue, a expliqué, Mamadou Hanne, un dermatologue de l’hôpital Aristide Le Dantec à Dakar, on voit les veines de la peau en transparence». De plus, les femmes qui se dépigmentent de peau rencontrent des complications gynécologiques. Il y a également une relation évidente entre la dépigmentation et le diabète. «Nous expliquons à nos patientes et à leurs conjoints, les inconvénients de la dépigmentation, en leur montrant que la beauté tirée de l’utilisation des produits éclaircissant la peau est éphémère», a ajouté M. Hanne.

Selon le Dr Bassirou Ndiaye, dermatologue au Centre hospitalier universitaire de l’hôpital de Fann à Dakar, «l’éradication de la pratique du blanchissement de la peau permettrait de réduire sensiblement les hospitalisations de femmes dans le pays».

Le Sénégal est loin d’être le seul pays touché. Le pourcentage de cette pratique varie selon les pays, mais se retrouve à peu près dans toute l’Afrique centrale et de l’Ouest, ainsi qu’en Afrique du Sud. (apic/ibc/sh)

11 février 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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