Sénégal: La longue lutte des musulmans pour l’islamisation de la société

Dakar, 13 avril 2003 (Apic) La nouvelle proposition d’un code basé sur la charia par les musulmans sénégalais entre dans le cadre d’une longue bataille qu’ils mènent depuis 170 ans. Au milieu du 19e siècle, les colonisateurs créaient des tribunaux musulmans pour calmer les populations des villes. Avant de les supprimer 50 ans plus tard.

Cette bataille a commencé en 1832 à Saint-Louis, alors ancienne capitale de l’Afrique occidentale française, située au nord du pays. Elle s’est poursuivie en 1843, 1844, avant d’aboutir en 1847, à la création d’un tribunal musulman spécial qui juge en matière de mariage, de divorce et de succession. Ce tribunal fut créé par les autorités coloniales de l’époque à travers une ordonnance datée du 4 décembre 1847, portant réforme de l’organisation judiciaire au Sénégal et visant la création d’un Comité Consultatif. Son rôle: se prononcer sur les questions du droit musulman qui lui seront soumises par les tribunaux.

Mais cette disposition n’a pas suffit à calmer les musulmans. Le 2 mai 1857, Faidherbe, un gouverneur militaire, dans un souci d’apaisement, créa un tribunal musulman. Il en confia la charge à un cadi (juge musulman). Celui-ci rendait la justice suivant la loi coranique de rite Malikite, très répandue en Afrique de l’Ouest. Il était aidé dans sa tâche par un suppléant qui le remplaçait en cas d’absence ou d’empêchement et d’un greffier.

Face à l’importance politique et économique croissante d’autres localités du territoire, le colonisateur décida de la création, le 24 mai 1862, de tribunaux islamiques dans les localités de Dakar et Rufisque (25 km à l’est de Dakar). L’expérience fut étendue progressivement aux autres métropoles sénégalaises.

Suppression des juridictions musulmanes en 1903

Dans leurs jugements, les délibérés des cadis étaient inscrits en deux registres: ceux en français et ceux en arabe. Cette pratique durera jusqu’en 1911, date à laquelle le français est devenu langue officielle dans la colonie. Mais un décret du 10 Novembre 1903, à l’origine de la création de la justice indigène, supprimera toutes les juridictions de droits musulmans. Depuis, les chambres de justice musulmane ont disparu. A l’indépendance du pays, en 1960, elles furent remplacées d’abord par des chambres spéciales de justice de paix, puis par des tribunaux de première instance.

En 1971, les dignitaires musulmans avaient demandé à l’ancien président Léopold Sédar Senghor de créer une assemblée nationale représentative. Elle serait «utilement secondée» par une chambre de réflexion au sein de laquelle devront siéger des notables, des chefs coutumiers, des chefs religieux et des juristes en matière de droit musulman. Cette requête n’a jamais été satisfaite. (apic/ibc/bb)

13 avril 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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