Nette volonté de moraliser la vie nationale
Sénégal: Le gouvernement fait saisir plus de 5’000 publications pornographiques
Dakar, 4 février 2001 (APIC) Le gouvernement sénégalais, les chefs religieux et une association islamiste modérée du Sénégal ont décidé de moraliser la vie nationale. Ils ont déclaré la guerre à tout ce qui porte atteinte aux bonnes mœurs et est contraire aux valeurs culturelles et morales du pays. Pour la première fois depuis près de 30 ans, le Ministère sénégalais de la culture et de la communication a fait saisir par les services de douane, un lot de publication pornographiques.
Plus de 5’000 journaux et revues, ainsi que des CD et des vidéos pornographiques, représentant une valeur globale d’environ 200 millions de francs CFA (50’000 francs suisses) ont été saisis. Même officiellement interdite, leur vente dans les kiosques et boutiques à journaux du pays a été jusqu’ici tolérée.
Une loi de 1923 et une convention internationale de 1942, applicable au Sénégal, toujours en vigueur, précisent que «tous imprimés, dessins, films, affiches, etc. pornographiques, contraires aux bonnes mœurs, sont interdits à la vente». Le gouvernement sénégalais ignorait ces dispositions non encore supprimées, lorsqu’il a demandé, le mois dernier à l’Agence de Distribution de Presse (ADP), de soumettre désormais à visa, auprès des service du Ministère de la culture et de la communication, tout exemplaire de publication à caractère pornographique. L’ADP qui exerce un monopole de fait sur l’importation et la distribution des journaux, revues et magazines au Sénégal, est une filiale des Nouvelles Messageries de Paris.
Elle s’est déclarée surprise par l’existence de la loi et de la convention sur les œuvres pornographiques. A chaque importation de ce genre de revues, l’agence en a informé les autorités compétentes, en envoyant des exemplaires au Ministère de la culture et de la communication pour «dépôt légal», a déclaré un responsable de l’ADP, une structure présente au Sénégal depuis les années 40. «Nous n’avons jamais imaginé qu’il y avait un texte de loi interdisant l’importation et la vente de ce genre de titres», a-t-il poursuivi, faisant remarquer que sa société a décidé de suspendre toute importation de revues cIassées dans la rubrique «presse de chambre». En réponse, une source douanière a souligné que «le simple fait d’importer ces revues est illégal, les présenter au dépôt légal et les vendre est encore plus grave».
Les islamistes entrent dans la danse
Pour sa part, le président d’une association islamiste modérée, «Jamra» (nom musulman d’une pierre utilisée sur les lieux saints de l’islam pour lapider le symbole de Satan), s’est félicité de la mesure gouvernementale. Latif Guèye, qui est accusé d’être derrière la décision du gouvernement dont son l’organisation est l’alliée depuis l’élection présidentielle de l’année dernière, a affirmé qu’il est de son «devoir de mettre un holà à l’importation des revues pornographiques, en coupant la racine du mal».
En août dernier, M. Guèye et son association avaient bruyamment manifesté dans les rues de Dakar contre les images obscènes diffusées par la télévision nationale. Quelques semaines auparavant, ils avaient protesté contre un défilé d’hommes travestis en femmes dans une boîte de nuit située à la station touristique de Saly Portudal (environ 80 km au sud de Dakar).
Boîtes de nuit sous surveillance
Leurs premières actions de dénonciation a porté sur un concours du «sexe le plus beau», organisé dans la boîte de nuit d’un ressortissant français à Mboro, sur le Littoral nord. Cette manifestation qui a heurté toutes les sensibilités religieuses au Sénégal, avait amené les nouvelles autorités du pays à renforcer les mesures de surveillance des lieux de réjouissances. Il a fait injonction aux préfets de département et gouverneurs de région, de suivre de près les activités des boîtes de nuit de leur ressort et de réprimer toute manifestation d’obscénité.
De leurs côtés, les marabouts s’étaient toujours offusqués de certaines images ou scènes de films à la télévision, d’émissions radiophoniques ou de photos dans les journaux. Ils les qualifiaient d’immorales et d’insensées pour un pays à 96% musulmans, soulignant qu’elles portaient atteintes à la religion. (apic/ibc/be)



