Forte résistance des milieux conservateurs musulmans

Sénégal: Le président Diouf préconise l’interdiction de l’excision

Dakar, 5 février 1998 (APIC) Le président sénégalais, Abdou Diouf, a préconisé mardi en Conseil des ministres à Dakar, l’élaboration d’une loi interdisant l’excision. Pratique courante au Sénégal depuis des temps ancestraux, l’excision est considérée dans les milieux traditionnels du pays comme un acte religieux. Elle est du reste recommandée par l’islam, religion dominante dans le pays, avec 96% de musulmans sur une population totale estimée à près de 9 millions d’habitants.

Conscient qu’une loi heurterait de plein fouet les sensibilités des populations les plus conservateurs et pourrait entraîner un désordre social, le président sénégalais a insisté pour l’instauration d’un «grand dialogue national» et de débats, afin de mieux sensibiliser les populations sur les méfaits de l’infibulation.

C’est la première fois que le président sénégalais appel à la mise en oeuvre d’une disposition pour bannir une pratique qu’il sera cependant difficile d’exterminer dans les esprits des plus conservateurs, estimaient-on mercredi à Dakar. Aussi, le projet du président sénégalais marque-t-il un tournant dans la lutte contre l’excision, dans un pays ou on estime qu’au moins un cinquième de la population féminine a subi ce rituelle.

Dans le passé, le gouvernement a été souvent critiqué par des organisations féminines pour n’avoir entrepris aucune étude d’évaluation d’impact du phénomène, ou pris des dispositions, à défaut de créer une structure de sensibilisation et de lutte, se contentant de «déplorer l’existence» de ces pratiques.

L’infibulation était auparavant appliquée sur les filles de 14 ans. Elle se fait de plus en plus sur les nourrissons, deux semaines seulement après leur naissance. Dans les régions nord-est et sud-est du Sénégal, la société accepte difficilement une fille non excisée. Cette contrainte est une caractéristique de la forte emprise de la tradition dans ces milieux. (apic/ibc/pr)

10 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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