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Sénégal: Les cultes païens et animistes encore largement pratiqués

Dakar, 9 avril 2015 (Apic) Un lutteur sénégalais a profané, début avril 2015, la tombe de la mère de son adversaire pour s’attirer les faveurs de forces occultes et gagner le combat. L’affaire a mis en exergue la présence encore très vivace des cultes païens et animistes dans le pays.

Selon les estimations officielles, 95% des 13 millions de Sénégalais sont musulmans et 4,10% chrétiens. Le reste étant considéré comme animistes. En réalité, les croyances et les cultes préchrétiens et préislamiques imprègnent encore profondément la société sénégalaise. C’est la conclusion tirée par le journal local «Sud quotidien», qui, suite à l’affaire des lutteurs, a consacré un dossier entier à la pratique du paganisme au Sénégal.

Le 5 avril, tout le pays a assisté à un impressionnant combat de lutte-boxe entre les deux stars de l’arène, Balla Guèye II et Eumeu Sène. Le combat s’est soldé par une victoire d’Eumeu Sène en moins de cinq minutes. Mais l’entourage du vainqueur a ensuite accusé celui de Balla Guèye II d’avoir profané, la veille du combat, la tombe de la mère d’Eumeu Sène, dans un cimetière de la banlieue dakaroise, pour gagner la partie.

Malgré le respect des cinq prières quotidiennes pour les musulmans, et les messes dominicales pour les catholiques, de nombreux sénégalais portent des gris-gris pour se protéger, pour acquérir des richesses ou atteindre une certaine position sociale, note le journal. D’autres préfèrent se laver avec de l’eau aux vertus prétendument magiques, fournies par des charlatans.

Syncrétisme à l’africaine

Loin de s’estomper, ces pratiques superstitieuses prendraient des proportions inquiétantes. Djiby Diakhaté, sociologue sénégalais, explique l’engouement des habitants pour ces pratiques par le poids de la pauvreté et le désir de s’enrichir. Il y voit également une forme de valorisation de l’ego. «Chacun cherche à être le plus important, le plus vu et le plus admiré dans la société», remarque-t-il.

Pour l’islamologue Taïb Socé, le phénomène traduit «un manque de confiance en Dieu et une ignorance de sa propre religion».

Le Père catholique Paul Madiamyé, de Dakar, estime également que le recours aux pratiques occultes par les Sénégalais est dû à leur ignorance des religions révélées. «Le Sénégalais n’a pas fini d’assimiler sa religion. C’est ce qui justifie qu’il joue une sorte de ping-pong entre le culturel, l’animisme et la vraie religion musulmane ou catholique (…) finalement, ils sont au milieu des trois: religion, tradition et culture. Ils tirent des choses de la religion africaine et les mélangent avec les prescriptions des religions monothéistes». (apic/sudq/ibc/rz)

Les cultes païens et animistes sont encore largement pratiqués au Sénégal
9 avril 2015 | 14:26
par Raphaël Zbinden
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